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Le cas de New-York

« Super virus » ?

Publiée dans la presse new-yorkaise le 12 février, aussitôt reprise par les médias français, l’annonce de l’existence d’un « super virus » résistant à tout a été exploitée de tous bords pour servir de support à divers messages, bons ou mauvais, d’agitation comme de prévention. Malgré les informations en nombre ou peut-être justement à cause d’elles, il convient de revenir sur les faits présentés lors d’une session spéciale de la dernière CROI, la Conférence sur les rétrovirus qui s’est tenue à Boston du 22 au 25 février.

Selon Martin Markowitz qui le suit au Aaron Diamond Aids Research Center de New York, il s’agit d’un homme d’une quarantaine d’années qui se retrouve séropositif au VIH-1 à la suite de rapports sexuels non protégés avec des partenaires multiples masculins. Sa séropositivité est connue depuis la mi-décembre 2004. Il a effectué ce test à la suite d’un épisode fiévreux accompagné de fatigue et de pharyngite en novembre. Son dernier test de sérologie VIH négatif date de mai 2003.

Ce qui fait l’importance de ce cas, c’est qu’il se retrouve fin décembre à n’avoir plus que 80 lymphocytes T CD4/mm 3 et une charge virale de 280 000 copies/mL. Les récents résultats d’analyse permettent de situer sa contamination dans une fenêtre de quatre à vingt mois. Accusant une forte perte de poids, son état clinique actuel le classe en stade sida. Une analyse de la souche virale dont il est porteur a permis de déterminer près de trente mutations interprétées comme conférant une forte résistance aux inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse ainsi qu’à la névirapine. Il est également résistant à tous les inhibiteurs de protéase. Le mélange de mutations variées à certains endroits de même que l’utilisation par ces virus des deux co-récepteurs d’entrée, CCR5 et CXCR4 – ce dernier étant prédominant – pourrait provenir de la coexistence de différents virus. Les premières analyses n’ont pas permis de trouver des prédispositions génétiques permettant d’expliquer la progression aussi rapide de la maladie. Début février, il en est à 39 CD4/mm 3 et suit un traitement composé d’enfuvirtide et d’efavirenz, les deux seules molécules auquel son virus est sensible.

Ce cas appelle plusieurs remarques

C oncernant tout d’abord sa contamination, l’étude rapporte qu’il a eu des partenaires en grand nombre ces dernières années, une situation souvent accompagnée de prise de méthamphétamine, une drogue connue pour son effet très désinhibiteur. Il pense avoir été infecté au cours de relations sexuelles multiples à risques en octobre dernier.

Pour ce qui est de la progression rapide de sa maladie, ce n’est pas un cas atypique. Dans les données de diverses cohortes de séropositifs, on observe que la progression dans la maladie n’est pas du tout homogène même s’il se dégage une valeur moyenne autour de huit ans. Le nombre de personnes à progression rapide est certes faible, mais il a toujours existé. Ces statistiques permettent aussi de voir que bien souvent la progression rapide est liée à des facteurs génétiques, ce que l’on n’a pas mis en évidence jusque-là chez le patient new-yorkais.

Enfin, depuis que l’on utilise des antirétroviraux, la transmission de virus résistants n’a cessé de croître. Elle tend à stagner ces dernières années de manière non significative. Néanmoins, on constate que malgré la capacité réplicative plus faible des virus résistants – jusqu’à un cinquième de celle de virus sauvages – ceux qui sont transmis provoquent des montées de charge virale comparable aux virus sauvages. Ainsi, la transmission de virus résistants s’accompagne de la sélection des plus efficaces.

S’il n’est pas prouvé que le cas de New York soit à l’origine d’une nouvelle étape de l’épidémie, il doit néanmoins nous servir d’alerte et de base de réflexion pour améliorer la prévention. En effet, ce n’est pas tant le cas, mais les circonstances dans lesquelles il s’est produit qui doivent servir d’exemple afin de lutter contre les effets dévastateurs que pourrait causer la transmission non contrôlée des virus évoluant vers toujours plus de dangerosité.

 

Hugues FISCHER

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