Accueil > Nos publications > Le Journal du sida > Article

Paru dans...

Couverture du JDs

Cet article est paru dans le Journal du sida n°177 (n°177 - Juillet 2005)

Abonnez-vous en ligne

 

Editorial du JDs n°177 - juillet 2005

Médias et VIH : une mésentente cordiale

Entre super virus, recherche vaccinale, pénalisation, bareback, grande cause nationale sida ou traitement étouffant de la mort du Pape pendant le Sidaction, les médias n'ont pas, admettons-le, épargné les malades depuis quelques mois. Manque de nuances dans certains cas, absence totale de réactivité dans d'autres. Il semblerait que l'ensemble de ces dossiers traités par les médias suive une logique unique de compétitivité de l'information. Cette dernière doit être courte, intense, et surtout meilleure que celle du concurrent. Or le sida ne répond à aucune de ces logiques. Il s'inscrit dans la durée, se voit moins qu'auparavant, et engage celui qui traite le sujet dans de nombreuses problématiques sociales, économiques et sanitaires complexes. Pas vraiment compétitif il est vrai. Mais au-delà de cette logique médiatique, c'est bien l'ensemble de la lutte contre le sida qui est à nouveau ébranlé.

Pourtant, les bénéfices d'un investissement positif des médias dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida ont eu, et continuent à avoir, un impact considérable en matière de prévention ou de lutte contre les discrimi-nations. Mais repus de leur nourriture des mois précédents, les médias ne semblent pas véritablement sur la voie d'un change-ment d'attitudes… Au contraire, un scandale de détournements de fonds collectés ou l'annonce de la séropositivité d'un membre du nouveau gouvernement alimenterait encore un peu plus la chaîne de la désinformation. Consommation de masse, médiatisation de masse. Le principe est similaire et leurs conséquences non moins catastrophiques : normalisation de la détresse ordinaire, de l'exclusion, du sida. Cumuler infortune économique, déracinement culturel et contamination par le VIH ne constitue plus un scoop. Être homosexuel et devenir séropositif à la suite d'un rapport non protégé non plus. Le scoop, il n'en demeure qu'un seul dans le sida : un vaccin, pour que l'on mette enfin un terme à cette pandémie qui dure et qui n'intéresse plus. Alors on n'hésite pas à sacrifier le travail quotidien des soignants, des accompagnants, des associations, et surtout l'espoir des malades.

Nous, militants, accompagnants et malades rêvons alors d'une presse qui accepterait sa mission pédagogique, d'une presse à nouveau engagée, loin du carriérisme, de la gestion des risques tiède et du clientélisme surpuissant. Une presse qui afficherait dans sa ligne éditoriale un volontarisme novateur et des choix courageux. Une presse, enfin, qui consentirait à se placer sur le devant de la scène, sans foulard ni cape. Sa responsabilité dans la transmission des savoirs, croyances ou autres représentations lui appartient désormais. Et le sida en profite. Plus que jamais.

Le JDS

© Arcat 2001-2008 - Mentions légales - Site réalisé par Presscode - Contact :