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Cet article est paru dans le Journal du sida n°179 (n°179 - Septembre 2005)

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Editorial du JDs n°179 - septembre 2005

Prévention auprès des gays : la panne ?

Ce n'est pas la torpeur estivale qui aura empêché les volontaires des associations de lutte contre le sida de battre la campagne. De Navarrenx à Bandol, de Malo-Les-Bains à l'île d'Oléron, ils ont repris leur bâton de pèlerin pour vanter les vertus du préservatif sur les plages naturistes, inciter au dépistage dans les centres de vacances, montrer tracts, affiches et films sur les marchés, capter un public jeune fréquentant les festivals. Car en cette année de Grande cause nationale, le collectif du même nom, qui avait placé le mois d'août sous le signe de la prévention, annonçait : « Cet été, la prévention ne prendra pas de vacances… »

Si 228 actions s'enregistraient sur le site Internet ouvert pour l'occasion (1), qui pourra dire ou calculer leur impact ? Qui cherchera à savoir si les préservatifs distribués dans les discothèques ont été utilisés ? Les tracts lus, les messages compris ? Alors que les chiffres de l'enquête Presse gay montrent une forte augmentation des prises de risques chez les homosexuels, il y a urgence à se poser les bonnes questions, notamment en ce qui concerne ce public.

La prévention n'est pas une science exacte : certains se sentent bien informés, voire soumis à trop de messages, d'autres diront qu'ils n'étaient pas au courant. Le manque de connaissances, chez les jeunes, des modes de transmission du VIH désespère n'importe quel acteur de la lutte : une visite sur les forums de Sida info service (2) suffit à s'en convaincre. Les problématiques en germe ces dernières années (« Le bareback : fantasme ou réalité ? », « La responsabilité partagée : dogme ou belle idée ? ») ont semblé exploser au vu et au su de tous. Voilà, vous savez : les gays ont abandonné la capote. Ils se contaminent – en 2004, une personne sur quatre qui découvre sa séropositivité est homosexuelle – et l'épidémie est endémique. Les valeurs de solidarité et d'entraide, à l'œuvre au début de l'épidémie, la capacité de la communauté homosexuelle à se mobiliser pour imposer des attitudes de safe sex et gagner sa légitimité sociale dans ce combat se sont effritées. Vingt ans de lutte, des troupes affaiblies, une multitude de raisons pour expliquer ou justifier la lassitude face au tout-préservatif. Et des ressorts moins sexy, tout de même, comme l'individualisme, le consumérisme, la dureté d'une communauté qui a érigé la jeunesse en valeur, érotisé les corps parfaits et inventé le sérotriage, ou le choix d'un partenaire selon son statut sérologique. A cela s'ajoutent des voix associatives discordantes…

Vingt ans après, de nouvelles problématiques sont apparues. Comment les acteurs se saisiront-ils des nouveaux défis que leur posent les gays ? Que sera la prévention de demain ? Aucune solution miracle ne se profile. Mais une bonne nouvelle cependant : les associations semblent prêtes à agir ensemble…

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