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Cet article est paru dans le Journal du sida n°180 (n°180 - Novembre 2005)

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Une rencontre laborieuse

Editorial du Jds n°180

S'ignorer serait tellement plus facile.

La psychiatrie et le VIH peinent à se regarder en face. Qu'il s'agisse de prendre en charge les patients doublement atteints du VIH et de troubles mentaux ou de développer des actions de prévention sida dans les services psychiatriques, les obstacles sont légion. Ce n'est pourtant pas faute d'un cadre légal. La circulaire du 5 août 1996 avait ouvert la voie à une articulation intelligente de la psychiatrie et de la médecine somatique, prévoyant l'intervention de psychiatres dans les services de médecine et au domicile des patients séropositifs, ainsi qu'un rapprochement des médecins somaticiens et des services psychiatriques. Elle énonçait par ailleurs la création de comités sida destinés à élaborer une réflexion et des programmes pour parler sexualité et prévention dans chaque établissement psychiatrique.

Quelques individus isolés et quelques équipes très impliquées ont heureusement pris le risque d'agir ensemble et ont pu mettre en place des suivis performants. Mais ailleurs, les cloisonnements sont demeurés vivaces. Les services d'infectiologie et de psychiatrie se renvoient souvent la balle pour ne pas avoir à s'occuper de patients atteints par les deux pathologies. Un constat qui concerne plus que tout les patients dont la pathologie psychiatrique – souvent consécutive au VIH et à la précarité de leur vie – est mal caractérisée. Des gens dont personne ne veut parce qu'ils ont des problèmes trop imbriqués les uns aux autres et face auxquels les structures, tant VIH que psychiatriques, se sentent démunies. Ce sont pourtant ces patients très fragilisés qui décèdent le plus rapidement de maladies opportunistes.

Côté prévention, les actions des comités sida se heurtent aux résistances de certains chefs de service, psychiatres et soignants, à considérer que leurs patients sont des êtres sexués. L'interdit plus ou moins explicite des relations sexuelles au sein des structures psychiatriques empêche nombre de ces personnels de santé de penser sereinement leur rôle en prévention sida. La crise actuelle de la psychiatrie n'arrange rien à l'affaire. Si quelques initiatives intéressantes ont vu et continuent de voir le jour, elles dépendent toujours du bon vouloir de personnes clés, avec le risque de devoir sans cesse tout recommencer du fait de la mobilité des personnels. L'enjeu est cependant de taille, car le VIH, outre qu'il impose de penser une prévention pour des personnes fragilisées au plan psychique, ouvre la voie à une relation plus riche entre soignants et soignés en milieu psychiatrique : une relation capable d'appréhender le patient dans sa globalité, notamment dans sa dimension affective et sexuelle. Cette chance-là n'a pas encore été saisie ou commence à peine à l'être.

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