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Cet article est paru dans le Journal du sida n°181 (n°181 - Décembre 2005)

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Edito

Leurs parents ne s'attendaient pas à les voir grandir. Pourtant, l'arrivée des trithérapies a permis à une génération d'enfants séropositifs d'atteindre aujourd'hui l'adolescence. Généralement en bonne santé, c'est au psychisme qu'ils ont mal. Mal à cause du poids du secret qui entoure presque toujours le VIH dans leur famille et qui en recouvre souvent d'autres, comme celui de la contamination des parents. Même lorsqu'il n'a pas été explicitement formulé, le devoir de se taire est profondément intériorisé par ces adolescents. Par peur de trahir l'histoire familiale, de subir le rejet et la discrimination, par honte aussi, ils choisissent de se taire et tâchent tant bien que mal de se construire autour de cet interdit. Mais comment se construire, quand on ne sait pas jusqu'où notre histoire nous appartient et jusqu'où elle est familiale ? Comment se construire face à des parents souvent eux-mêmes meurtris par la séropositivité ? Comment s'opposer à eux sans s'exposer à une culpabilité abyssale ? Comment se construire à un âge où l'on voudrait pouvoir tout dire à ses amis, ne faire plus qu'un, mais où il faut garder le silence ? Comment vivre ses premières relations amoureuses quand le désir de se mettre à nu se heurte à l'angoisse d'être rejeté ?

Une seule certitude : s'il n'est pas facile d'être ado tout court, être ado et séropositif l'est encore moins. Il n'est pas rare que les adolescents séropositifs réagissent à cette difficulté en se mettant en danger, par la non-observance ou les rapports sexuels non protégés. Parfois, par peur que leur séropositivité soit découverte, parfois parce que c'est le seul moyen qu'ils trouvent pour définir leur espace de liberté et s'affranchir des normes, comme on en a besoin à cet âge. Pour d'autres, ces conduites à risques relèvent de tendances mortifères qui nécessitent la plus grande attention de la part des équipes médicales.

Il existe malheureusement trop peu d'initiatives pour aider ces adolescents à briser leur solitude et à grandir moins douloureusement. Tague le mouton est l'unique structure en France à leur être entièrement dédiée. Loisirs, accompagnement social et éducatif, médiation familiale, soutien psychologique : les adolescents trouvent là un lieu de confiance, où ils peuvent parler de ce qui les préoccupe et échanger avec d'autres jeunes dans la même situation qu'eux. Dans ce même esprit de rencontre, quelques groupes de parole pour adolescents séropositifs ont aussi vu le jour. Une évaluation scientifique de l'intérêt d'un de ces groupes, mis en place à l'hôpital Necker, montre que les adolescents, qui y ont participé, ont acquis une plus grande estime d'eux-mêmes et observent mieux leur traitement. Souhaitons que ces expériences, qui libèrent la parole de ces jeunes trop souvent emmurés dans le silence, puissent se multiplier.

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