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Cet article est paru dans le Journal du sida n°181 (n°181 - Décembre 2005)

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Conférence AIDS VACCINE 2005

Resituer la recherche vaccinale

A Montréal, s'est tenue du 6 au 9 septembre la conférence annuelle sur la recherche vaccinale « AIDS VACCINE 2005 », l'occasion de faire le point sur une des questions scientifiques essentielles pour la prévention du sida.

a « Aids Vaccine », c'est un forum de spécialistes. Mais on devrait dire de passionnés car toutes les personnes présentes ici partagent une ferveur extraordinaire, celle de faire aboutir coûte que coûte la recherche d'un vaccin contre le sida. Depuis vingt ans que cette recherche est en marche, de nombreuses déceptions en ont déjà découragé plus d'un, mais elles ont aussi renforcé la détermination des autres. Ainsi, ces dernières années ont vu de grandes avancées se réaliser, pas tant en matière de découvertes scientifiques que sur le plan de l'organisation de la recherche. En effet, après les années sombres qui ont suivi les premières déconvenues, les plus passionnés ont compris qu'on n'y parviendrait pas aussi facilement, que l'affaire était un défi gigantesque et qu'il fallait s'organiser efficacement pour tout reprendre à zéro, tout réétudier, tout revoir. Mais en même temps, le développement de l'épidémie dans le monde démontre tous les jours plus durement l'impérieux besoin d'un vaccin. Le Pr Gilbert Bukenya, vice-président de l'Ouganda, a su résumer cela simplement, d'une phrase tombée comme un couperet lors de la plénière d'ouverture de la conférence : « Le vaccin, nous en avions besoin hier ».

Où en est la recherche d'un vaccin préventif ?

La chercheuse américaine Judith N. Wasserheit a proposé une synthèse de l'état de la recherche vaccinale contre le sida. Elle a rappelé qu'entre 1985 et 1999, plus de 35 essais utilisant des protéines recombinantes de l'enveloppe du VIH ont été réalisés. Puis en 2003, les résultats des essais de phase III montés par VaxGen avec une protéine recombinante de la GP120 concluaient à l'échec. Ainsi, la voie traditionnelle, la production d'anticorps neutralisants, s'avère totalement mise en échec. En effet, la partie « visible » du VIH, les protéines de surface GP120, présentent une extrême variabilité qui met le virus à l'abri des réponses immunitaires, naturelles ou stimulées, montées par les lymphocytes B producteurs d'anticorps. Devant cette difficulté, la recherche ne s'avoue pas vaincue. Si l'on ne peut s'attaquer directement au virus, on peut peut-être l'empêcher de se reproduire en attaquant les cellules qui le fabriquent. Cette deuxième voie consiste à stimuler efficacement les lymphocytes T CD8, dits cytotoxiques ou CTL, capables de reconnaître et de détruire les cellules infectées par le VIH. Ainsi, en 2005, plus de 25 essais de phase I et II testent de multiples approches qui explorent cette voie. De plus, deux essais d'efficacité sont en cours depuis 2003 et d'autres sont en préparation.

Judith N. Wasserheit a aussi tenté de tirer les leçons de ces années de recherche afin de mieux envisager l'avenir. Elle a notamment rappelé que tous les essais ont été menés avec une grande sécurité, un seul effet indésirable grave étant survenu pour plus de 50 candidats vaccins testés. Elle suggère donc qu'à l'avenir la procédure de suspension soit réservée aux essais sur des produits entièrement nouveaux. Elle note également que la réorientation de la recherche vers une stimulation de la réponse CTL s'est accompagnée de nombreuses innovations. Ainsi, la collaboration entre équipes complémentaires, l'introduction d'une éducation des communautés devant participer à la recherche, l'amélioration tant des règles que du fonctionnement des autorités régulatrices, l'accès aux soins et aux antirétroviraux pour les volontaires devenant séropositifs en cours d'essai, sont autant de changements apportés par un travail mené sur le long terme. Mais elle déplore aussi la difficulté pour mettre en place les structures nécessaires aux futurs essais de longue durée, qui ne pourront exister sans la volonté politique des dirigeants au plus haut niveau.

Organiser les forces et financer la recherche

Souligné par Stephen Lewis, l'envoyé spécial des Nations unies sur le sida en Afrique dans la session plénière d'ouverture de la conférence, comme dans les conclusions de l'ambassadeur de France pour le sida, le professeur Michel Kasatchkine, le financement de la recherche sur le vaccin contre le sida n'est pas toujours considéré par les bailleurs de fonds comme partie intégrante de la lutte contre l'épidémie. Devant la pénurie – le fonds mondial est loin d'atteindre les besoins – et à cause de ses échecs, la recherche vaccinale apparaît comme une hypothèse à long terme et rend sceptiques des décideurs plus soucieux de résultats tangibles. Pour faire face à l'ampleur de la tâche et mettre à profit le mieux possible les moyens qui leur sont accordés, les principaux leaders de la recherche vaccinale ont créé il y a deux ans un appareil nouveau : la Global Aids Vaccine Enterprise. Pour qu'elle ne soit pas une initiative de plus à côté des groupes déjà existants, l'Enterprise se veut un rassemblement des équipes existantes capable de donner une cohérence aux travaux isolés à travers l'élaboration d'un plan de travail établi en commun. Deux ans après sa création, elle rassemble les plus grandes agences et laboratoires de recherche sur le vaccin VIH, les promoteurs et fondations qui financent ces recherches ainsi que les coalitions activistes qui militent pour la même cause. Entre-temps, le forum réunissant les acteurs de la recherche a établi le scientific strategic plan. Ses principaux axes comportent l'organisation de la recherche de candidats vaccins mais aussi la standardisation des méthodes d'analyse des résultats, le développement et la production de produits, les capacités à monter des essais cliniques ainsi que les processus de régulation et la question de la propriété intellectuelle.

L'autre forum de l'Enterprise réunit les financiers. La recherche d'un vaccin contre le VIH a été dotée d'un financement global de 662 millions de dollars l'an dernier, dont la répartition était très inégale. Le président américain G.-W. Bush ayant fait de cette recherche une priorité, le secteur public des Etats-Unis est donc de très loin le plus grand contributeur avec 530 millions de dollars. Comparativement, la contribution de l'Union européenne pour la recherche vaccinale semble ridicule puisqu'elle atteint péniblement 41 millions de dollars, auxquels les Etats-membres y ajoutent 11 millions de dollars. Les industriels du secteur dépensent, quant à eux, 59 millions de dollars et diverses contributions d'autres pays et de fonds privés amènent les 21 millions restants. Plusieurs initiatives ont été annoncées lors de la conférence. Issues du secteur public américain et de la fondation Bill et Melinda Gates, elles viennent encore renforcer l'impressionnant déséquilibre d'intérêt pour le vaccin entre les deux côtés de l'Atlantique.

Plaider, mais pour quel vaccin ?

Devant ce constat, il était facile de comprendre à qui notre ambassadeur, Michel Kasatchkine, adressait son discours de clôture lorsqu'il précisait que les moyens sont toujours insuffisants, les efforts fragmentés, l'engagement trop faible, tant du secteur public que des entreprises privées. Mais il s'adressait aussi aux chercheurs réunis à Montréal en précisant que le message délivré par la recherche vaccinale devait être clair et sans ambiguïté. Il a expliqué qu'il fallait cesser de parler de « solution ultime » à l'épidémie et faire comprendre que le vaccin était avant tout une composante de la réponse globale à l'épidémie de sida, un moyen supplémentaire pour réduire la transmission du virus.

C'est ce qu'ont bien compris les activistes Outre-Atlantique. Particulièrement présents dans la conférence, ils sont intervenus régulièrement pour insister sur la nécessité de communiquer et de plaider pour un plus large soutien à la recherche vaccinale. S'adressant aux chercheurs, ils ont exposé l'importance considérable d'une participation active du public à la recherche. Cette participation suppose un effort d'explication, de partage de l'information et de transparence, afin que le projet de recherche vaccinale si nécessaire à la lutte contre le sida soit porté par la société dans une autre dimension que la seule fourniture de cobayes à la recherche. Le vaccin contre le sida est une entreprise mondiale, et pour réussir, elle requiert un soutien partagé par tous.

Hugues Fischer

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