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Cet article est paru dans le Journal du sida n°182 (n°182 - Février 2006)

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Le Kiosque info sida & toxicomanie

La prévention dans tous ses états

Au Kiosque, la prévention santé se fait chaleureuse, individualisée, proche des personnes. Tous les publics y sont les bienvenus. Cette approche généraliste a fait du Kiosque un observatoire privilégié des

mœurs et lui a permis de développer un réel accompagnement psycho-social des personnes concernées par le VIH/sida. Mais, maintenir cet accueil global des individus reste un combat quotidien.

C'est un magasin pas comme les autres. Rien ne s'y vend. Le chiffre d'affaires se mesure aux paroles échangées et au sourire avec lequel les personnes repartent. Conçu comme une boutique, le Kiosque info sida & toxicomanies propose, en libre accès, plus de 800 documents de prévention – brochures, journaux, revues, cassettes vidéo – sur tout un ensemble de thèmes liés au VIH/sida, aux IST, à la sexualité, aux dépendances au sens large et au mal-être. Chacun peut venir y chercher des préservatifs féminins et masculins, et des gels à base d'eau. « Ce sont nos produits d'appel », s'amuse à dire le directeur du Kiosque, Aimé Bonelli. D'appel vers l'essentiel. Car au-delà de la demande de documentation ou de préservatifs, les visiteurs sont souvent venus chercher un échange, un contact physique, une réponse individuelle à leurs questions et à leurs inquiétudes. « Les brochures parlent de façon générale, mais chaque personne a besoin qu'on s'adresse à elle, à ce qu'il y a d'unique en elle. » Autour d'un café ou d'un thé, les visiteurs se mettent à l'aise, sentent qu'ils sont les bienvenus. « On souhaite qu'ils puissent se poser et s'exprimer à leur guise. » L'endroit est ouvert, chaleureux. Hormis l'espace de confidentialité, réservé aux entretiens individuels et en couple, ici, c'est « open space » pour tout le monde, directeur, salariés et bénévoles. « Ce n'est pas toujours facile de travailler, mais ça nous rend tous disponibles pour les personnes qui passent », explique Sylvain Brothier, chargé de mission « prévention hommes » et « internet ». « En fonction de la personnalité des questions qu'elles nous posent, on les renvoie plutôt vers l'un ou l'autre des membres de l'équipe. On est polyvalents. » Une seule devise : écouter le visiteur quel qu'il soit, l'aider à trouver des pistes de réponses, l'orienter vers un CDAG, un(e) assistant(e) social(e), une structure d'accompagnement psychologique ou d'insertion, ou encore vers l'une des consultations du Kiosque.

Trois niveaux de prévention

D'abord focalisé sur la prévention primaire, le Kiosque a en effet élargi son champ d'action. A la prévention secondaire, puis à la prévention tertiaire : avec l'arrivée des traitements, rendant soudain la vie possible avec le VIH, de nouveaux besoins ont émergé chez les personnes séropositives, relatifs à l'aide à la vie avec le VIH. Une consultation d'aide à l'observance des traitements s'est ainsi mise en place en 2002 avec l'aide de l'association Comment dire, spécialisée dans le counselling. Il est rapidement apparu que le counselling pouvait aussi servir dans d'autres situations douloureuses. Aujourd'hui, les entretiens « qualité de vie » offrent un soutien à des personnes qui rencontrent des problématiques diverses : difficultés à vivre la séropositivité (solitude affective et sexuelle), sentiment de désaffiliation, mal-être, besoin de soutien psycho-social, etc. Assurés par des professionnels (psychologues, psychothérapeutes et musicothérapeute) formés au counselling, ces entretiens sont gratuits. Une consultation gratuite de sexologie a également vu le jour. Ouverte à tous, pour ne pas être stigmatisante à l'égard des personnes vivant avec le VIH/sida, elle est proposée par un homme et une femme. « Afin de donner le choix aux personnes », précise l'un des sexologues, René-Paul Leraton. Outre des demandes traditionnelles, principalement d'hommes pensant qu'ils sont des éjaculateurs précoces, René Paul Leraton reçoit beaucoup d'hommes séropositifs sous traitements qui rencontrent des difficultés dans leur vie sexuelle : « Il existe peu d'information aujourd'hui sur l'impact des traite-ments sur le fonctionnement mécanique de la sexualité. Beaucoup de patients se sont vu répondre par leur médecin : “c'est psychologique, ça vous passera“. Pour ma part, j'aborde toujours la question des traitements, même s'il est clair qu'ils ne sont jamais seuls en cause. Les traitements sont une porte d'entrée pour que la personne commence à réfléchir sur elle-même ».

Le travail peut également être réalisé en couple. « Le VIH bouleverse les relations affectives et sexuelles. Je rencontre des personnes qui me disent qu'elles n'ont plus de vie sexuelle avec leur partenaire sérodifférent, ou bien qu'elles ne savent plus où elles en sont », explique la sexologue Annick Verret. « Il était temps qu'une association se saisisse de la question de la sexualité des personnes séropositives », conclut René-Paul Leraton.

La prévention pour tous

Pour Aimé Bonelli, ces trois étages de la prévention sont inséparables : il n'y a pas plus de sens à faire de la prévention primaire sans aider les personnes séropositives à se protéger et à protéger les autres, qu'à faire de la prévention secondaire sans apporter à ces mêmes personnes un soutien dans leur vie. Mais rien ne va dans cette direction aujourd'hui. D'abord, parce qu'il manque cruellement une culture préventive en France. « Lorsque les trithérapies sont arrivées, j'avais été très choqué par le président d'une association de lutte contre le sida qui m'avait dit : vous allez fermer. Comme beaucoup, il raisonnait uniquement en termes de soins, et non de prévention. Pourtant, le VIH n'est pas qu'une affaire de médicaments ! » Le Kiosque n'a pas fermé, mais il se bat âprement pour donner accès à tous à une véritable prévention santé. L'association se heurte en effet à des politiques de prévention focalisées sur des publics spécifiques. « On refait aujourd'hui les mêmes erreurs qu'au début de l'épidémie », déplore Christine Aubere, chargée de mission au Kiosque, qui s'occupe notamment de la documentation. « Aujourd'hui, tout le monde construit des outils de prévention en direction des migrants, mais on constate des carences énormes pour les autres populations », s'insurge Aimé Bonelli. « Sauf en ce qui concerne les migrants, l'INPES est toujours en rupture de stock », renchérit Christine Aubere. « Nous n'avons plus de brochures sur le dépistage et l'INPES a refusé de financer la réédition de notre plaquette Femmes et VIH, alors qu'il n'existe rien pour les femmes, qui sont les grandes oubliées de la prévention ! Les jeunes non plus, n'ont pas droit à beaucoup de documentation. » Outre cette absence de matériel adapté, l'association rencontre des difficultés de financements.

Asso cherche financement

« Comment se fait-il qu'une association comme la nôtre, consacrée à la prévention, ait besoin tous les ans de demander des budgets ? Je passe l'essentiel de mon temps à faire de la paperasse : les documents administratifs qui nous sont demandés sont sans fin. Rien n'est harmonisé. Est-ce que l'Etat ne pourrait pas laisser souffler un peu les gens qui se démènent sur le terrain ? », se désespère Aimé Bonelli. Avec des budgets fléchés, comment penser la prise en charge globale mise en avant par l'association ? « On ne nous donne pas les moyens d'y arriver. Nos financements peuvent disparaître d'une année à l'autre. Notre insécurité est complète. » Dans le même temps, les prises en charge deviennent de plus en plus complexes. « Nous avons dû nous adapter à un public de plus en plus précaire, avec d'importants problèmes sociaux et des pathologies psychiatriques. Nos financeurs ne sont pas conscients de la masse de travail que nous prend un simple accompagnement. On ne peut pas se contenter de donner une information. Si on s'en tenait à nos financements, notre action serait médiocre. » Chaque membre du Kiosque a sa casquette officielle, et puis, il y a tout ce qu'il fait à côté, sans financement, pour que le travail de prévention se poursuive. Christine Aubere réalise des actions de sensibilisation de groupes de femmes au VIH/sida. Aimé Bonelli monte une action auprès des 850 pharmaciens du groupement Giropharm pour rendre davantage visibles les préservatifs et les resensibiliser à la prévention sida. Sylvain Brothier poursuit ses interventions dans les établissements scolaires sur les dépendances bien que l'un des deux financeurs du projet se soit retiré cette année. Tout cela avec passion, mais au prix de leur fatigue.« Honnêtement, confie Aimé Bonelli, on se sent très seuls. »

Laetitia Darmon

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