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Cet article est paru dans le Journal du sida n°186 (n°186 - Juillet 2006)

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Edito

Nouvelles énergies

Vers un nouveau militantisme ? Voilà une question qui s'est déjà posée dans le milieu de la lutte contre le VIH/sida il y a 10 ans, avec l'arrivée des trithérapies, les malades qui ont pu recommencer à travailler et qui ont progressivement quitté les associations dans lesquelles ils militaient souvent à temps complet. Elle devient prégnante aujourd'hui, avec la professionnalisation des associations. Cette professionnalisation, exigée par les financeurs dans un contexte de limitation des dépenses de l'Etat, implique pour les associations d'avoir une gestion rigoureuse, d'évaluer les actions menées, de rendre des comptes sur l'utilisation des subventions, de faire montre d'une transparence financière. Autant d'exigences qui demandent un véritable savoir-faire, des compétences précises et reconnues, une méthodologie rigoureuse, une formation spécifique. Travailler aujourd'hui en association est un vrai métier. Dans ce contexte, que deviennent le militantisme et ses tenants, les bénévoles ? La rémunération – l'argent – est-elle conciliable avec l'engagement ?

Pour certains, le salariat nuit au militantisme, car il signifie moins de liberté, l'installation inévitable d'une certaine routine, et avec la professionnalisation, un débordement des tâches administratives au détriment de l'action de terrain. A l'opposé, bon nombre de responsables et professionnels associatifs reconnaissent de nombreux avantages au salariat et à la professionnalisation. Le premier évite la volatilité des acteurs, que le statut de bénévole ne peut empêcher ; il offre à l'acteur de terrain la possibilité de consacrer tout son temps aux actions. La professionnalisation, en introduisant plus de méthodologie et de compétences formelles, garantit une qualité et une continuité des actions.

Néanmoins, il faut reconnaître que le salariat interroge la notion d'engagement : l'essence même de cette démarche ne réside-t-elle pas dans la gratuité – au sens pécuniaire – du geste ? Il semble que ce soit, plus ou moins inconsciemment, l'opinion communément admise. Le salariat corromprait-il alors le militantisme ? La « simple » conscience professionnelle – étrangère à toute révolte – prendrait alors le relais. Mais les choses ne sont pas si simples. Le dossier de ce numéro présente des témoignages de salariés militants, qui, pour mieux mettre leur vie au service de leur engagement, ont décidé d'en vivre. Que leur action soit inscrite dans un contrat ne les empêche pas d'en dépasser souvent le cadre, en termes d'horaires et d'énergie investie, ni de continuer à crier leur révolte dans les manifestations le week-end ou le soir, après le travail.

A côté de ces salariés, les bénévoles d'aujourd'hui semblent trouver peu à peu leur place. Certes plus volatils qu'auparavant – produits d'une société du zapping ? – ils sont aussi capables de s'engager à long terme, si tant est que les associations parviennent à entretenir leur motivation, par la formation, la reconnaissance, la communication en interne, avec les salariés. Le nouveau militantisme pourrait être le produit de ces énergies conjuguées.

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