Edito
Universelles
C'est dans ce contexte que les associations communautaires ont vu le jour et ont commencé à se développer, il y a une dizaine d'années. Le taux de prévalence en croissance rapide et continue parmi les populations migrantes – en particulier originaires d'Afrique subsaharienne –, malgré des politiques de soin et de prévention de plus en plus élaborées, a vite démontré l'insuffisance de l'approche généraliste pratiquée par les grandes associations historiques de lutte contre le sida. La proximité culturelle, linguistique et parfois géographique des accompagnants est ainsi apparue comme une composante indispensable dans la prise en charge de personnes malades migrantes. Une nouvelle certitude. Pourtant, les acteurs de terrain, membres d'associations communautaires ou travaillant avec elles, qui s'expriment dans ce numéro, nous l'expliquent bien : la communauté peut être un refuge pour le malade, un lieu de compréhension où il retrouve ses repères et qui facilite son traitement. Mais elle peut être aussi le lieu du rejet, de la stigmatisation, où le malade se retrouve à nouveau confronté à une norme qu'il a parfois voulu fuir. La communauté peut également faciliter l'enfermement et l'isolement.
Aussi, pour beaucoup d'associatifs, personnels hospitaliers et acteurs institutionnels, cette approche communautaire n'est pertinente que si elle est complémentaire de l'approche généraliste et sert de passerelle entre les deux identités. Une condition qui exige au préalable une reconnaissance – symbolique mais aussi financière – des associations communautaires par tous les intervenants du secteur, un réel partenariat entre associations, et l'acceptation de chaque malade dans sa singularité. Il semble qu'on se retrouve cette fois face à des valeurs qui semblent, elles, irréductiblement universelles : la tolérance et l'ouverture aux autres.

