Edito
Oubliés
Mais, ils sont devenus si nombreux qu'il n'est plus possible de fermer les yeux. Les familles n'ont plus les moyens de répondre seules à l'urgence. Parfois, les enfants s'organisent entre eux, les aînés s'occupant des plus petits. Dans certaines régions, des orphelinats communautaires naissent spontanément faute d'autres solutions pour accueillir ces dizaines d'enfants livrés à eux-mêmes après la mort de leurs parents. Alors, la communauté internationale avance des programmes, publie des plans d'actions, propose des financements. Elle se réveille tout juste. Le colloque Enfance et sida qui vient d'avoir lieu à Paris est le premier en son genre. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? « Peut-être parce qu'en l'absence de solution, nous préférions ne pas voir le problème », a suggéré un intervenant.
Aujourd'hui, si la communauté internationale s'ébroue et engage les gouvernements nationaux à faire de même, les résultats restent peu visibles. Quelques plans nationaux sont en cours d'élaboration, mais l'argent qui commence à venir des grandes organisations semble passer à côté de la cible. Peut-être parce que les enfants sont moins à même de faire entendre leurs voix ? Peut-être aussi parce que tout le monde est conscient que la vraie solution n'est pas uniquement de réparer les dégâts, ces « dommages collatéraux » qui auraient pu être évités s'il y avait eu une réelle volonté politique internationale de lutter contre l'épidémie. Car les traitements existent. Aujourd'hui, dans nos pays riches, les parents ne meurent presque plus du sida. La question des orphelins et enfants vulnérables ne se retrouve, avec autant d'acuité, qu'au Sud… Elle aurait pu ne pas se poser si les intérêts de la santé passaient avant ceux des grands laboratoires pharmaceutiques. Une utopie ? Pourtant, il est grand temps d'affirmer que la seule et véritable solution, afin d'endiguer cette terrifiante augmentation du nombre d'enfants orphelins, est l'accès au traitement pour tous.

