Edito
Dans les régions
La politique de santé se décide désormais dans les régions. Elles sont montées en puissance depuis vingt ans dans le domaine de la santé publique. Avec la loi du 9 août 2004, la pertinence de l'échelon régional est définitivement entérinée. Ces derniers mois, presque toutes les régions ont fait connaître leurs plans régionaux de santé publique (PRSP), qui définissent des priorités et des objectifs régionaux de santé. Les financeurs de ces plans commencent eux aussi à se réunir, dans les groupements régionaux de santé publique (GRSP), pour arbitrer la mise en œuvre des PRSP. Cette organisation nouvelle suscite des attentes et des craintes. Des attentes, parce que la régionalisation peut favoriser une meilleure adaptation des choix de santé publique aux réalités locales. Des diagnostics, réalisés dans les régions, ont ainsi permis de faire le point sur les problèmes de santé des habitants, sur les services existants et sur ceux qu'il faudrait promouvoir. Des attentes aussi, parce qu'en mettant autour de la table divers décideurs du territoire régional, qui n'ont pas toujours l'habitude de travailler ensemble sur les questions de santé, des synergies peuvent se créer. Cela bénéficiera-t-il à la lutte contre le sida ? Espérons-le. Pourtant, dans le monde associatif, la crainte domine de voir mise à mal la place de la lutte contre le sida. Si une majorité de régions mentionnent le VIH/sida dans leur PRSP, certaines limitent la priorité à la prévention et n'abordent pas les autres dimensions de la question : dépistage, prise en charge, lutte contre les discriminations. En Rhône-Alpes, région prioritaire pour le VIH/sida, la maladie n'apparaît pas explicitement. En Guyane, département français le plus touché par l'épidémie, c'est sur intervention du ministère de la Santé que le VIH/sida a dû être intégré dans un PRSP dont il avait été chassé. La place du VIH/sida dans les plans régionaux ne va donc pas de soi. Les crédits qui lui seront attribués non plus. Le plan national de lutte contre le sida (PNLS) ne fait pas partie des cinq plans de santé prioritaires définis par la loi du 9 août, de sorte que le VIH entre désormais en concurrence avec tout un ensemble de préoccupations de santé. Dans ce contexte, comment ne pas craindre que les budgets sida soient noyés dans le pot commun de la santé publique ? Comment ne pas prévoir la fin de ce qu'on appelait jusqu'alors la sanctuarisation des crédits sida ? Quel sens, enfin, accorder à un plan national de lutte contre le sida qui n'a pas les moyens de s'imposer à la nation ? Il est sans doute trop tôt pour répondre à ces questions, aux premières heures de cette nouvelle organisation. Mais il y a lieu de réfléchir dès aujourd'hui aux contre-pouvoirs à mettre en place pour que le VIH/sida ne dépende pas exclusivement des bonnes volontés locales.

