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Cet article est paru dans le Journal du sida n°191 (n°191 - Décembre 2006)

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Editorial

Ne nous trompons pas de débat

Bassines bariolées, remplies de pilules de toutes les couleurs. Le marché informel du médicament en Afrique est souvent symbolisé par cette image. Très médiatique, elle augure cependant mal de la complexité du phénomène et de la diversité des situations d'un pays à l'autre. Certains pays sont gangrenés par un marché pharmaceutique hors de contrôle des autorités. D'autres, grâce à une véritable volonté politique, ont mis en place un circuit du médicament qui ne laisse que peu d'ombre. Difficile, cependant, de ne pas laisser prise à ce marché parallèle quand les systèmes de santé ne répondent pas ou mal aux besoins de la population. En l'absence d'assurance-maladie et/ou de médicaments accessibles dans les pharmacies officielles, les malades se tournent vers les marchés parallèles qui se nourrissent à des sources très diverses. Faux ou vrais médicaments, contrefaçons, génériques, contrebandes et détournements, dons, médicaments périmés… : tous se retrouvent sur ces marchés. Sous ces multiples termes, les réalités aussi sont diverses et les interprétations changeantes. Ainsi, l'emploi du terme de contrefaçon peut cacher une campagne contre des génériques qui ne respectent pas la toute puissance des brevets. Le terme de contrebande dissimule parfois une lutte commerciale entre deux médicaments en tout point similaires, mais dont l'un, au prix moins élevé, n'a pas obtenu d'autorisation de mise sur le marché.

Faut-il incriminer le patient pauvre qui ira s'approvisionner là où le médicament est moins cher ? N'est-ce pas là se tromper de débat ? A l'inverse, pourquoi les dons de médicaments non utilisés continuent-ils d'être pratiqués par l'Occident, alors qu'on en connaît le caractère nuisible dans les pays pauvres, sinon parce qu'ils constituent pour les laboratoires pharmaceutiques une façon bien pratique de se débarrasser de leurs coûteux déchets ? Enfin, pourquoi l'Occident ne s'intéresse-t-il vraiment à la question des marchés illicites, qui fait rage depuis longtemps, que depuis qu'il est lui-même touché – de façon minime – par le développement de réseaux parallèles, principalement investis dans les ventes par Internet ?

Dans l'affaire complexe des marchés illicites, les intérêts commerciaux tendent trop souvent à s'opposer aux intérêts de santé publique, pourtant si cruciaux dans des pays ravagés par les maladies. Certains des médicaments vendus sur ces marchés au mieux ne soignent pas, au pire provoquent des résistances médicamenteuses et tuent. C'est contre cela que des pays et des associations ont commencé à se battre. Car des actions sont possibles en matière d'éducation des populations, de formation des pharmaciens, de transferts d'expertise pour contrôler les filières ou de développement de l'accès aux médicaments génériques essentiels. Les vrais enjeux sont là.

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