Editorial
Ne nous trompons pas de débat
Faut-il incriminer le patient pauvre qui ira s'approvisionner là où le médicament est moins cher ? N'est-ce pas là se tromper de débat ? A l'inverse, pourquoi les dons de médicaments non utilisés continuent-ils d'être pratiqués par l'Occident, alors qu'on en connaît le caractère nuisible dans les pays pauvres, sinon parce qu'ils constituent pour les laboratoires pharmaceutiques une façon bien pratique de se débarrasser de leurs coûteux déchets ? Enfin, pourquoi l'Occident ne s'intéresse-t-il vraiment à la question des marchés illicites, qui fait rage depuis longtemps, que depuis qu'il est lui-même touché – de façon minime – par le développement de réseaux parallèles, principalement investis dans les ventes par Internet ?
Dans l'affaire complexe des marchés illicites, les intérêts commerciaux tendent trop souvent à s'opposer aux intérêts de santé publique, pourtant si cruciaux dans des pays ravagés par les maladies. Certains des médicaments vendus sur ces marchés au mieux ne soignent pas, au pire provoquent des résistances médicamenteuses et tuent. C'est contre cela que des pays et des associations ont commencé à se battre. Car des actions sont possibles en matière d'éducation des populations, de formation des pharmaciens, de transferts d'expertise pour contrôler les filières ou de développement de l'accès aux médicaments génériques essentiels. Les vrais enjeux sont là.
Le JDs

