Circoncision et contamination par le VIH
Un outil de lutte parmi d'autres
La circoncision réduirait le risque de transmission du sida de 60 % dans le cadre d'une relation hétérosexuelle vaginale lorsque la femme est séropositive et l'homme séronégatif. Dans certains pays d'Afrique, cette pratique pourrait être intégrée aux stratégies de prévention. Au risque que les hommes, une fois circoncis, se croient protégés…
Un espoir pour l'Afrique australe et de l'Est
Fin 2006, l'Institut national de santé américain a rendu publiques deux études similaires, l'une menée en Ouganda, l'autre au Kenya, toujours sur des populations « sexuellement actives », à savoir des hommes entre 18 et 24 ans. Mêmes résultats, édifiants. Mais pas forcément pour les principaux concernés. « On peut s'interroger sur la pertinence d'une telle étude, car la majorité des hommes sont circoncis au Tchad, et je vois encore des gens mourir du sida autour de moi », soupire Nako Madjiasra, journaliste à N'Djamena Hebdo. En fait, seuls les pays d'Afrique du Sud et de l'Est sont visés par cette étude, car le taux de circoncision y est faible, et le nombre de séropositifs plus élevé qu'ailleurs.
Au Cameroun, où 93 % des hommes sont circoncis, on hésite même à parler de cette étude. « Si je dis à mes patients que la circoncision est susceptible de les protéger du sida, c'est la catastrophe ! Ils pourraient se sentir immunisés, et croire qu'ils peuvent se passer du préservatif », s'exclame le Dr Georges-Alain Etoundi, médecin chef du service des urgences de l'hôpital central de Yaoundé. Sans compter les effets néfastes sur le dépistage des hommes qui pourraient croire que seules les femmes sont porteuses du risque… Pour Nomba Lydienne, journaliste à 100 % jeunes, un magazine destiné à sensibiliser les 15/25 ans à la question du sida : « Il faut dire aux gens que la circoncision réduit le risque de transmission du VIH. Car si on ne le dit pas, la rumeur s'en chargera, et ça deviendra “la circoncision protége du sida”, ce qui est faux. »
Pratiques rituelles et oralité
Difficile, en effet, de diffuser un message clair sur la circoncision. « Il faut deux niveaux de communication, estime Frédérique Sokolo, originaire de République Démocratique du Congo. D'un côté, des infirmiers formés par l'OMS. Et de l'autre, des animateurs qui se servent des pratiques rituelles, en s'exprimant dans le dialecte local. Ils doivent aussi sensibiliser le chef du village, sans qui le message n'aura aucune crédibilité. » Illustrations, théâtre, danse… les moyens de communication doivent s'adapter à la culture africaine de l'oralité, ainsi qu'au type de collectivité auquel ils sont destinés.
Efficace après cicatrisation
Certains pays, comme la Zambie, n'ont pas attendu les recommandations de l'OMS – qui « prend note » des études menées – pour lancer des programmes de circoncision. Et pour cause : selon l'étude, pratiquée à grande échelle, elle pourrait éviter six millions de contaminations nouvelles dans les vingt prochaines années. Pour les acteurs de la santé, l'objectif est d'étendre à tout le continent un rituel déjà pratiqué par deux tiers des Africains, en opérant les adultes en priorité. Avec le risque que les femmes soient davantage contaminées par le sida, si les hommes ne s'abstiennent pas d'avoir des relations sexuelles pendant la cicatrisation de l'acte chirurgical.
Une chose est sûre : l'espoir placé dans cette étude ne doit pas faire oublier les vrais enjeux, comme l'accès aux soins. Et l'utilisation du préservatif, seule protection véritable contre le sida.
Elodie Vialle

