Panorama
Nouveau site « Je suis un homme »
Le Crips Ile-de-France, avec le soutien de l'Inpes (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) lance be-gay.fr (bien-être-gay), un site internet consacré à la santé et au bien-être des gays. Pour son premier numéro, be gay a choisi pour thème « Je suis un homme », sur les différentes étapes vers l'acceptation de son orientation sexuelle, de la prise de conscience jusqu'à la décision du coming out. Un espace interactif sera proposé permettant au public de réagir aux articles, de témoigner et de s'abonner aux listes d'information et de diffusion, dans le but de permettre les échanges et les débats entre les acteurs de la communauté homosexuelle, sur différents thèmes touchant à leur santé. Les internautes pourront également trouver sur le site des informations, bibliographie, des outils pratiques et ludiques, un agenda d'événements, une revue de presse et des adresses utiles. De nouveaux thèmes seront déclinés en 2008, et des dépliants seront diffusés à 5 000 exemplaires, également téléchargeables et imprimables sur le site.
IST toujours en progression
Les infections sexuellement transmissibles (IST) – gonococcies (blennorragies), syphilis et infections dues aux chlamydiae – sont en augmentation en France, selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l'Institut de veille sanitaire (InVS), publié en février. Les spécialistes craignent que la résurgence des IST (ou MST) témoigne d'une augmentation des prises de risques, avec un danger accru de transmission du VIH (virus du sida). Quasiment disparue, la syphilis avait fait sa réapparition fin 2000 à Paris. Cette résurgence avait alors conduit l'InVS à créer un dispositif de surveillance volontaire : 89 sites ont participé à la surveillance et ont détecté 2 061 cas de syphilis entre 2000 et 2006. Mais si ce chiffre était en diminution en 2005, le nombre de cas a de nouveau augmenté en 2006 (455 cas contre 339). Ce contexte de diversification des IST doit faire renforcer les campagnes d'information et d'incitation au dépistage de la syphilis. Si l'augmentation des IST touche particulièrement les hommes, les infections féminines liées aux gonocoques sont en nette progression, avec une augmentation d'un facteur 3 entre 2005 et 2006. Pour le BEH, ces données suggèrent une accélération de la transmission au sein de la population hétérosexuelle. Les lymphogranulomatoses vénériennes rectales (LGV) dont l'agent infectieux est Chlamydia trachomatis sont aussi en hausse, sans doute en partie en raison d'un meilleur diagnostic. Cette forme de l'infection, qui a émergé en France et dans les autres pays européens en 2003, touche particulièrement les homosexuels. Chez la femme, l'infection causée par Chlamydia trachomatis est également l'infection sexuellement transmissible bactérienne la plus fréquente. En l'absence de traitement, elle peut entraîner des complications graves (grossesse extra-utérine, stérilité).
Deux décrets annoncés sur le piercing
Malgré la constante progression des pratiques de piercing et des risques médicaux bien documentés auxquels elles exposent leur clientèle (septicémies, endocardites, transmission des hépatites B et C et du VIH...), la France demeure un des rares pays où ces petits actes chirurgicaux échappent à toute réglementation. Ce vide à haut risque sanitaire va bientôt être comblé par la publication de deux décrets dont le Quotidien du médecin a dévoilé les grandes lignes.
L'absence d'encadrement réglementaire des pratiques de piercing et de tatouage devrait rester dans les annales de l'inertie administrative. Cette inertie, pendant une décennie, aura primé sur le principe de précaution. Pourtant, dès 1998, l'alarme était sonnée par la revue américaine Clinical Infectious Diseases, au sujet des complications infectieuses graves d'actes de piercing. En France, le Dr Jean-Baptiste Guiard-Schmid, infectiologue à l'hôpital Rothschild, a constitué un groupe d'étude et de recherche sur le piercing, sous l'égide de l'AP-HP.
Une étude réalisée en 1998 auprès de 600 jeunes Français de 11 à 15 ans montrait que plus d'un tiers d'entre eux envisageaient de se faire faire un tatouage ou un piercing et estimait la fréquence annuelle des actes à 100 000. Elle évaluait à un millier le nombre des perceurs exerçant alors, avec une grande hétérogénéité des pratiques : studios de piercing, coiffeurs-perceurs, perceurs ambulants, marchés, fêtes, plages, etc. et dressait un inventaire détaillé des complications liées à tous ces actes. Fin 1999, une enquête menée en région parisienne confirmait que les pratiques étaient inadaptées en matière de stérilisation et d'asepsie. Pour son rapport qui vient d'être publié sur le sujet, l'Académie nationale de médecine a envoyé un expert au Salon du tatouage et du piercing. Il a constaté, sur une trentaine de stands où étaient effectuées ces prestations, « l'absence totale des conditions sanitaires indispensables pour l'accomplissement de ces actes ».
Nouveaux comprimés de Kaletra® à usage pédiatrique
Le Comité pour les médicaments à usage humain de l'EMEA (Agence européenne pour l'évaluation des médicaments) a exprimé une opinion positive sur l'autorisation de la nouvelle formulation plus faiblement dosée de Kaletra® (lopinavir/ritonavir) ou Aluvia® dans les pays en développement. Cette nouvelle formulation à usage pédiatrique contient 100 mg de lopinavir et 25 mg de ritonavir, alors que le kaletra® « adulte » est constitué de 200 mg de lopinavir et 50 mg de ritonavir. C'est une étape importante dans les pays en développement où vivent plus de 90 % des 2,5 millions d'enfants atteints du VIH/sida dans le monde. Les comprimés n'ont pas besoin d'être réfrigérés et peuvent être pris avec ou sans nourriture. Le prix du comprimé pédiatrique devrait être égal à la moitié du prix du Kaletra® adulte.
Le renouvellement des traitements enfin autorisé
Ce décret vient d'être signé par la ministre de la Santé. Il autorise les pharmaciens à délivrer, lorsque la validité d'une ordonnance est expirée, les médicaments nécessaires à la poursuite d'un traitement chronique. Les patients pourront se procurer les médicaments auprès de leur pharmacien et bénéficier d'une prise en charge.
Cette mesure, consentie à titre exceptionnel, permettra d'éviter une interruption de traitement qui pourrait porter préjudice à la santé. Le texte prévoit plusieurs conditions : l'ordonnance expirée présentée par le patient doit concerner un traitement d'au moins trois mois, limitant ainsi son application aux traitements chroniques (les médicaments prescrits pour une durée plus courte et les médicaments stupéfiants sont exclus de cette mesure). Cette modification réglementaire vient légaliser et encadrer un geste souvent pratiqué par les pharmaciens. Le « dépannage » ou l'« avance », pratique courante dans les officines de l'Hexagone pour « des clients connus », devient aujourd'hui une procédure tout à fait légalisée et accessible même aux clients de passage. En pratique, cette ou ces boîte(s) supplémentaire(s) peuvent être délivrées aux conditions suivantes :
> L'ordonnance périmée doit concerner un traitement chronique d'au moins trois mois.
> Le médicament demandé ne doit pas être un stupéfiant ni appartenir à une catégorie mentionnée dans l'arrêté mentionné à l'art. L.5125-23-1 (anxiolytiques...).
> Une seule boîte du plus petit conditionnement possible peut être délivrée.
> Un seul dépannage au vu de la même ordonnance sera autorisé.
> Le pharmacien doit apposer sur l'ordonnance la mention « délivrance par la procédure exceptionnelle d'une boîte supplémentaire », en précisant la ou les spécialités dispensées, le tampon de l'officine et la date de la délivrance.
> Le pharmacien est censé en informer le médecin prescripteur dès que possible.
ATU de cohorte pour le TMC125
L'etravirine ou TMC 125 (Tibotec/Janssen Cilag) est un nouvel inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI). C'est le premier INNTI à montrer une activité antivirale chez des patients adultes dont le virus est résistant aux autres INNTI (Viramune®, Sustiva®, Rescriptor®). L'indication de l'ATU de cohorte du TMC125 retenue par l'Afssaps est la suivante : TMC 125 est indiqué en association avec d'autres antirétroviraux, incluant une anti-protéase boostée par le ritonavir, dans le traitement de l'infection par le VIH-1 chez l'adulte en échappement immunovirologique, ayant présenté un échec ou une intolérance aux médicaments des trois classes d'antirétroviraux et pour lequel il existe, si possible, au moins un autre médicament antirétroviral potentiellement efficace utilisable.
Par ailleurs, la firme Tibotec a obtenu l'approbation accélérée de la Food and Drug Administration américaine (FDA) pour l'etravirine (Intelence® aux USA).
La notice et le RCP du TMC 125 sur http://afssaps.sante.fr/
Dans les prisons québécoises
Le nombre de cas de VIH/sida et d'hépatite C dans les prisons québécoises atteint des niveaux alarmants. Des tests de dépistage devraient systématiquement être offerts aux personnes incarcérées et qui, dans la majorité des cas, ignorent leur condition. Ces recommandations tombent après une enquête menée dans les prisons québécoises, menée pendant six mois auprès de 1 500 détenus de sept centres de détentions provinciaux, un réseau où environ 27 000 personnes purgent des peines de moins de deux ans, avec un taux de roulement important. Plusieurs constats édifiants : un détenu sur quatre a déclaré avoir consommé de la cocaïne à l'intérieur des murs de la prison – si on ajoute la consommation prédétention, 80 % des détenus, hommes comme femmes, ont déjà consommé de la cocaïne ; 4 % des détenus ont reconnu avoir pris de la drogue, par injection, pendant leur incarcération, et plus d'une fois sur deux, ont admis avoir partagé leur seringue avec un autre détenu. Hors des murs, c'est 27 % des détenus et 43 % des détenues qui ont déjà consommé des drogues dures. La situation n'est pas meilleure dans les pénitenciers fédéraux, mais le taux de roulement bien inférieur réduit les risques de contagion. Moins de prisonniers rentrent aux pénitenciers fédéraux, mais ils y restent plus longtemps. La clientèle des centres de détention provinciaux, ce sont les petits délinquants qui commettent des crimes à répétition et la consommation de drogues est très étroitement liée à cette criminalité. Les détenues sont en moyenne à leur septième séjour en prison, un de plus que les hommes. Mais ces derniers sont incarcérés plus longtemps – leurs peines totalisent 40 mois en moyenne contre 26 mois pour les femmes. Le rapport de recherche, transmis début 2005 au ministère de la Sécurité publique, a été obtenu par la presse en vertu de la loi sur l'accès à l'information. Mais ses conclusions, qui touchent la santé publique, viennent tout juste d'être publiées par l'Association médicale canadienne. « Les infections par le VIH et le VHC (le virus de l'hépatite C) constituent un problème de santé publique important dans les prisons, où la prévalence est principalement influencée par un pourcentage élevé d'utilisation de drogues injectables chez les détenus. » On retrouve 2,3 % de cas de sida chez les hommes et près de 9 % chez les femmes ; 7 % des hommes et 20 % des femmes qui touchent aux drogues dures sont séropositifs. En ce qui concerne l'hépatite C, sa prévalence explose dans la population carcérale ; les hommes sont contaminés dans 17 % des cas et les femmes à près de 30 %. La consommation de drogue par injection est encore plus déterminante – selon le sexe, entre 53 et 63 % des consommateurs sont infectés l'hépatite C. Ce virus très résistant se propage beaucoup plus vite que celui du VIH par des aiguilles contaminées (tatouage, injection de drogues). Avec ces chiffres de mars 2006, transposés sur l'ensemble des 27 000 personnes des centres de détention provinciaux, on estime qu'environ 800 détenus sont séropositifs et environ 4 800 ont contracté l'hépatite C. Dans 90 % des cas, les maladies ont été contractées en dehors des murs de la prison. Il est admis que le taux d'infection au VIH/sida est 10 fois supérieur en prison que dans l'ensemble de la population. Pour l'hépatite C, la prévalence est 30 fois supérieure en milieu carcéral.

