ACTUALITE: Grève des soins
Ultime recours contre les franchises
Bruno-Pascal Chevalier, séropositif, est en grève des soins depuis plusieurs mois pour protester contre les franchises. Au péril de sa vie, il veut remettre les projecteurs sur une mesure qu'il considère totalement injuste.
A l'heure de la télé réalité, il a fallu qu'un fou comme moi dise : je vais peut-être mourir en direct, venez me voir, et tous les journalistes rappliquent. » Bruno-Pascal Chevalier regrette que seule sa déclaration de grève des soins ait pu remobiliser l'opinion publique et les politiques sur la problématique des franchises médicales. « Je n'invite vraiment personne à faire cette folie-là », insiste-t-il. Lui a décidé d'arrêter les traitements qu'il prend depuis vingt ans pour lutter contre le VIH pour « faire réagir » et revenir sur le fond du problème posé par les franchises médicales.
Lettre au président
Le 3 janvier dernier, dans une lettre au Président, il annonce sa grève des soins débutée trois mois plus tôt. « La mesure de la franchise médicale m'oblige à payer 50€ par an d'impôt supplémentaire par le seul fait que je sois malade », écrit-il. Et d'ajouter : « chacun de nous se sent responsable voire coupable d'être malade ». Sa grève des soins, il l'entame au nom de tous ceux qui ne peuvent déjà plus faire face à leurs dépenses de santé en raison de l'accumulation des forfaits [voir l'encadré]. Il constate, de son poste de travailleur social, que beaucoup de personnes, désormais, renoncent à leurs soins ou les retardent. « La franchise médicale va pousser silencieusement beaucoup de malades à prendre la même décision que moi au risque de sacrifier leur vie », écrit-il au Président.
Dialogue de sourd
Dix jours plus tard, il reçoit une réponse de l'Elysée, dans laquelle Nicolas Sarkozy l'invite à cesser sa grève et reprend ses arguments en faveur des franchises. « Les franchises vont permettre de mieux prendre en charge les millions de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, du cancer ou en soins palliatifs.» En outre, la somme est, selon lui, assurable par les organismes complémentaires – ce qui est faux – et elle reste « modique ».
« Indécent », juge l'association Aides dans un communiqué de presse suite à cette réponse. L'association rappelle que « près de la moitié des personnes séropositives vit avec moins de 760€ par mois, la priorité est alors de se loger, de manger : de survivre ». Dans une lettre, publiée sur le blog de Bruno-Pascal Chevalier, une femme atteinte de deux cancers au sein s'adresse à la ministre de la Santé. Elle détaille avec une ironie grinçante ce que représentent pour elle ces 50€ : « A peine le prix d'une paire de chaussures chez André, (pas chez Nike), pour ma fille de 17 ans. Et puis avec mes 50 % de revenus en indemnités journalières durant mes six chimiothérapies et mes sept semaines de rayons, avec mes 1 000 euros par mois de revenus de remplacement, 50 euros, ce n'est rien. Ou alors juste cinq mois de redevance d'une télévision publique pleine de publicités que je regarde à peine. Ou un petit plein de frigo malbouffe chez Lidl, pour tenir, disons, trois jours à deux personnes devant la dite télé taxée. 50 euros, chez moi, c'est ça. »
Une autre société
Pourtant, un autre choix de société est possible, assure Bruno-Pascal Chevalier. «Une taxe modique sur les stock-options aurait rapporté 3 milliards d'euros par an », explique-t-il, rappelant que cet avis émane de la Cour des comptes. « Les cadeaux fiscaux auraient également pu servir à financer le système de santé ». Enfin, écrit-il : « Lorsque je regarde les feuilles de remboursement de mes médicaments et que je regarde le prix fixé par les laboratoires et accepté par le gouvernement, je me demande si le trou de la Sécurité sociale n'est pas lié aux tarifs, souvent démesurés, appliqués par les laboratoires». Face à ce tableau, est-ce donc bien les malades qu'il faut « responsabiliser », comme le martèle le gouvernement ?
Marianne Langlet
17 euros par consultation dans la limite de 50 euros par an
17 euros de forfait hospitalier
18 euros sur les actes de plus de 91 euros
A ces multiples taxes, se greffent également les déremboursements et autres dépassements d'honoraires, auxquels s'ajoute désormais la franchise (0,50 centime d'euro par boîte de médicaments et acte biologique, deux euros par transport sanitaire dans la limite de 50€ par an).

