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Cet article est paru dans le Journal du sida n°204 (n°204 - Avril 2008)

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ACTUALITE: Polémique

Le préservatif superflu avec un traitement efficace ?

La thèse est désormais officielle en Suisse : dans certaines conditions un patient soigné par antirétroviraux ne peut plus transmettre le VIH. Révolutionnaire. Voire aventureux…

La secousse est partie des rives paisibles du Lac Léman. A la veille du 1er décembre, le Pr Bernard Hirschel fait cette déclaration au journal suisse Le Temps : « Jusqu'ici, on n'a pas constaté de contamination à partir d'un porteur du VIH sous traitement efficace. » Le chef de l'unité VIH-sida des Hôpitaux universitaires de Genève en tire déjà cette leçon: «Nous pouvons dire à un couple dont l'un des partenaires est séropositif, traité, avec un taux de virus indétectable, qu'ils peuvent avoir un enfant sans avoir à s'inquiéter de la contamination du partenaire non infecté. »

Deuxième acte le 30 janvier : au nom de la Commission fédérale pour les problèmes liés au sida (CFS), le Pr Hirschel et trois autres sommités médicales helvétiques présentent leurs conclusions dans le Bulletin des médecins suisses : « Les personnes séropositives ne souffrant d'aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle.» (1) Les médecins bornent leur propos : « Cette affirmation reste valable à condition que : la personne séropositive applique le traitement antirétroviral à la lettre et soit suivie par un médecin traitant ; la charge virale (CV) se situe en dessous du seuil de détection depuis au moins six mois (…) ; la personne séropositive ne soit atteinte d'aucune autre infection sexuellement transmissible (MST) ». Du reste, « d'un point de vue strictement scientifique, les éléments médicaux et biologiques disponibles à l'heure actuelle ne prouvent pas qu'un TAR (2) efficace empêche toute infection au VIH. »

Fidélité

Cette annonce a, bien sûr, de très vastes implications. Elle peut mener bien des couples sérodifférents stables à rêver d'une relation débarrassée du préservatif. Pour la CFS, il revient au partenaire séronégatif, dûment informé, de prendre une telle décision. La prévention au sein du couple reposerait alors sur une fidélité sans faille, pour ne risquer aucune MST, ainsi que sur une observance parfaite du traitement. A Paris, le Pr Christine Rouzioux voit là l'impasse : « C'est oublier tous les problèmes de blips (3) et de maintien de l'observance. On le sait, celle-ci fluctue au cours du temps ! »

La CFS ouvre une autre perspective : si un traitement « efficace » empêche les contaminations, pourquoi ne pas le préconiser dès la découverte de la séropositivité, afin de faire barrage à l'épidémie ? Les médecins suisses ne prônent pas, « pour l'heure », un tel recours anticipé, qui serait coûteux alors même que les personnes diagnostiquées ne seraient pas forcément « motivées pour suivre et appliquer à la lettre un traitement à long terme sans indications médicales établies ». La virologue Christine Rouzioux serait pour sa part « choquée » par cette perspective… « Les traitements précoces ne se justifient que s'ils retardent la maladie. Tant mieux s'ils limitent aussi la diffusion de l‘infection. Mais ces médicaments coûteux et toxiques ne sont pas faits pour la prévention ! »

De son côté, Act up Paris insiste sur les limites de la communication suisse : elle ne concerne pas « les 40 % de malades sous traitement ayant une charge virale résiduelle malgré une bonne observance du traitement, et les 20 % de séropositifs sans traitements. Elle n'est pas non plus applicable à la situation des homosexuels et aux rapports anaux », faute d'études ciblées. Quant au Conseil national du sida, il juge les études rassemblées par la CFS « trop préliminaires pour permettre des recommandations individuelles (…). De nouvelles recherches doivent venir compléter les données existantes ». Un avis partagé par l'Onusida et l'OMS, qui rappellent « l'importance d'une approche globale de la prévention du VIH, comprenant le port correct et constant du préservatif ». La France enfin a officiellement rappelé la nécessité du latex, y compris « pour les couples sérodifférents ». Pour le moment. Les experts chargés de rendre en juillet le prochain “Rapport sur la prise en charge médicale des personnes infectées” ont en effet reçu un nouveau mandat de la Direction générale de Santé : « réfléchir » à la position suisse.

Olivier Bonnin

(1) Bulletin des médecins suisses 2008; 89:5. Texte intégral en ligne : www.bullmed.ch/f/index. html

(2) Traitement antirétroviral.

(3) Les « blips » sont de petites poussées momentanées de la charge virale.

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