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Cet article est paru dans le Journal du sida n°205 (n°205 - Mai 2008)

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Edito du JDS n° 205

Surmonter les peurs. Pas simple pour une personne séropositive face à l'emploi. Elle doit avant tout vaincre ses propres craintes, d'autant plus grandes que l'arrêt a été long. Vais-je pouvoir assurer avec cette fatigue qui me saisit régulièrement ? Comment prendre mes traitements pendant mes heures de travail ? Est-ce que j'ai encore des compétences professionnelles ? Comment expliquer mon handicap si on me pose des questions ? Est-ce qu'on va m'accepter ?

A ces peurs s'ajoute bien souvent un parcours administratif complexe avant même d'entamer une recherche d'emploi. Comment faire pour ne pas perdre le bénéfice de l'allocation adulte handicapé, de plus en plus difficile à obtenir ? Comment accepter d'être qualifié de handicapé alors que l'état de santé est bon ? Comment accéder à l'emploi si le titre de séjour en France est précaire ?

Il n'est pas étonnant, dans ce contexte, qu'en France, une personne séropositive sur deux, en âge de travailler, soit sans emploi. C'est d'autant moins étonnant, qu'à ces questions répondent encore bien souvent des attitudes discriminantes dans le milieu du travail qui poussent parfois les employeurs à une curiosité malsaine et illégale : quel est vraiment son handicap ? demandent-ils régulièrement aux chargés d'insertion professionnelle qui accompagnent les démarches d'emploi. Des peurs d'un côté, des discriminations de l'autre : les structures doivent tenir compte de ces réalités pour tenter d'accompagner au mieux les personnes. Difficile défi. Vingt ans d'épidémie n'ont pas suffi à le relever. Il semble même que nous soyons encore dans une phase de réflexion, de tâtonnement avant l'action.

Les associations de lutte contre le sida sont-elles les mieux placées pour relever ce défi ? Oui, pensent certains, car elles connaissent le mieux la pathologie et ses contraintes, oui lorsqu'elles travaillent en réseau. Non, avancent d'autres, car elles n'ont pas tous les outils d'insertion possible face au handicap au sens général, non lorsqu'elles enferment les personnes sur leur pathologie au risque d'en faire leur identité. Les structures classiques d'insertion professionnelle dévolues au handicap sont-elles donc mieux à même d'y répondre ? Oui, car elles connaissent tous les dispositifs existants, oui, lorsqu'elles présentent avant tout le candidat avec ses compétences et ses contre-indications médicales. Non car elles ne connaissent rien au VIH, non, lorsque la personne est avant tout placée et non accompagnée. Face au défi, peut-être est-il le plus juste de fédérer les connaissances des uns et les outils des autres ? Sans toutefois jamais oublier qu'au cœur reste une personne humaine, au parcours souvent cahoteux, et qui doit avant tout être accompagnée pour retrouver sa confiance et son autonomie.

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