ACTUALITE: Guyane
Le CNS pointe la responsabilité des politiques
Malgré des avancées notables, le Conseil national du sida rappelle, dans un rapport, combien la situation épidémiologique de la Guyane est critique. Seul un engagement clair des élites politiques contre la stigmatisation peut aujourd'hui servir de levier.
Elle tient tant à le faire oublier. Mais à l'image du reste de la Caraïbe, la Guyane est fortement touchée par l'épidémie de VIH/sida. Le taux de prévalence de ce département d'Outre-Mer est le plus élevé de France, 40 % des prises en charge s'effectuent tardivement et les perdus de vue sont nombreux. En 2006, le taux par million d'habitants de découvertes d'infection à VIH était deux fois plus élevé qu'en Ile-de-France, département le plus touché de métropole.
Autre chiffre frappant, la prévalence du VIH chez les femmes accouchées à Saint-Laurent-du Maroni s'élève à 1,3 %, ce qui correspond, selon les normes de l'OMS, à une situation d'épidémie généralisée. Insuffisances du personnel médical et des moyens financiers, précarité économique et sociale d'une large part de la population, stigmatisation et discriminations : les sources de préoccupations sont vastes. Elles avaient déjà mobilisé le Conseil national du sida, dans le cadre de deux rapports sur la Guyane et les Antilles, publiés respectivement en 1996 et 2003.
Un nouveau rapport, cette fois-ci dédié exclusivement à la Guyane, a été rendu public en mars dernier, pour refaire le point sur ce DOM où vient de s'achever un premier plan de lutte contre le VIH 2003-2006.
Des avancées
Contrairement à 2002, « La politique publique de lutte contre le VIH est aujourd'hui bien structurée, bénéficiant d'orientations claires et d'actions adaptées aux spécificités de la Guyane », se réjouit le rapport. Ce dernier constate une nette amélioration de la prise en charge thérapeutique, avec notamment une baisse des cas de sida et des décès – qui restent néanmoins plus de trois fois supérieurs à ceux de l'Ile-de-France (1).
De bonnes initiatives ont par ailleurs été prises pour améliorer l'offre de dépistage et l'organisation de la prise en charge ; des progrès ont été réalisés dans la mise à disposition de préservatifs et de documentations de l'INPES, adaptées à la diversité des populations ; davantage d'actions d'éducation à la santé auprès des jeunes sont également à relever. La présence associative, bien qu'encore insuffisante, s'est elle aussi accrue. Pour le CNS, « les acteurs de santé sont allés au maximum de ce qu'ils pouvaient faire », compte tenu des limites des moyens matériels et humains disponibles et de l'ampleur de l'épidémie. Aussi, estime le rapport, « de nouveaux progrès passent désormais avant tout par la levée des obstacles d'ordre politique ».
L'urgence du politique
D'une part, il manque un pilote dans l'avion. « Les services sociaux départementaux, les associations et les institutions sanitaires et sociales ne sont pas arrivés à un bon niveau de coordination, faute de chef de file qui harmoniserait les actions », note le CNS. Se doter d'un leader apparaît d'autant plus nécessaire que les logiques à l'œuvre entre les différentes administrations d'Etat peuvent être « sinon contradictoires, en tous les cas concurrentes ». Par ailleurs, le CNS déplore l'absence de parole claire de la part des élites contre la stigmatisation et le déni.
Une parole pourtant indispensable pour favoriser le dépistage, la divulgation du statut au partenaire, le recours aux soins sans craintes, et la visibilité et l'implication aujourd'hui impossible des personnes vivant avec le VIH dans la lutte contre l'épidémie. Or la classe politique guyanaise se réfugie derrière l'idée que le VIH est d'abord un problème d'immigration. « Le discours de lutte contre l'immigration clandestine qui en découle entretient le déni de l'épidémie, déplore le CNS, au détriment d'une réponse adaptée à un processus inscrit dans l'histoire et la géographie du pays et qui passerait par la coopération régionale ».
Laetitia Darmon
Pour en savoir plus :
Le rapport sur l'épidémie d'infection à VIH en Guyane du 21 février 2008 est disponible sur le site Internet du Conseil national du sida :

