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Cet article est paru dans le Journal du sida n°205 (n°205 - Mai 2008)

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POLITIQUE: Réduction des risques

La Mildt change-t-elle de cap ?

Le nouveau président de la Mildt ne cesse d'affirmer qu'il ne met pas en cause les principes de la réduction des risques. Pourtant, ses propos inquiètent les acteurs du secteur, dont il semble se couper de plus en plus.

La question l'agace un peu. « Comme il a déjà eu l'occasion de le dire, le président de la Mildt considère que la politique de réduction des risques (RDR), qui s'est révélée particulièrement efficace pour lutter contre le VIH et les overdoses mortelles, reste d'autant plus d'actualité que l'hépatite C se maintient à un haut niveau chez les usagers de drogues. » Selon le délégué de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Julien Emmanuelli, pas question, donc, d'évoquer un changement de cap en matière de RDR. Et qu'on ne vienne pas brandir l'argument de la suppression, en 2007, de subventions à des associations d'usagers de drogues telles que Technoplus ou Asud. L'événement avait beaucoup ému en octobre dernier le secteur des intervenants en toxicomanie, qui rappelait, dans une lettre ouverte au nouveau président de la Mildt, Etienne Apaire, « l'importance d'une collaboration avec les associations d'autosupport, tant comme vecteurs d'informations que pour leur rôle d'éducation, leur parler vrai sur les questions de dépendance ou de plaisir, ou comme regard critique sur l'élaboration des programmes ». La Mildt répète cependant qu'il ne s'agit pas d'une mesure de rétorsion, mais d'un simple recentrage de l'instance interministérielle sur ses missions de coordination, pour agir en conformité avec les règles de comptabilité publique. Ces dernières ne permettent pas, en effet, « qu'une même action soit cofinancée par des programmes d'une même mission, en l'occurrence par la DGS et la Mildt », poursuit Julien Emmanuelli. Or c'était le cas des associations subventionnées. La Mildt « ne peut dès lors plus financer d'associations en direct », mais seulement à travers les ministères qu'elle coordonne.

Distance

Asud en convient : « cette suppression de nos 30000 euros aurait peut-être eu lieu, même si le nouveau président de la Mildt avait penché pour une idéologie différente. Mais il nous aurait envoyés, dans ce cas, des signaux positifs ». C'est bien là ce qui inquiète le président d'Asud, Fabrice Olivet, plus que l'annulation, en 2007, des quatrièmes Etats généraux des usagers de drogues et de la substitution (Egus), faute de subvention. La collaboration entre l'association et la Mildt semble en effet très compromise. Asud a peiné à obtenir un rendez-vous avec Etienne Apaire. « C'est seulement grâce à la forte mobilisation de l'ensemble du secteur que nous avons finalement été reçus », analyse Fabrice Olivet. Un entretien décrit comme tendu et émaillé de petites remarques donnant à entendre le peu d'affection du nouveau responsable de l'instance interministérielle pour l'association d'auto-support. « Il me coupe en m'expliquant qu'association d'usagers de drogues, c'est ambigu », relate par exemple Fabrice Olivet dans une chronique. Et de s'inquiéter d'une vision réductrice de la RDR, limitée à l'échange de seringues et prédominée par le souhait de lutter contre les drogues (voir encadré). Le président de la Mildt refusera par ailleurs tant l'invitation à être interviewé par le journal d'Asud que celle d'ouvrir les Egus de 2008 (1). « Au motif qu'il n'est pas convaincu par la justesse de notre combat », rapporte le président de l'association. Julien Emmanuelli rétorque que « le président de la Mildt entend privilégier cette année la préparation du plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les toxicomanies et de la présidence de l'Union européenne, plutôt que sa participation à des colloques. » Introduire les Egus serait envisageable en 2009, ajoute-t-il, « s'ils abordent des questions relatives à l'application des politiques mises en œuvre par les pouvoirs publics ». Ce que les usagers de drogues ont à dire serait-il d'abord hors la loi ?

Une consultation biaisée

Depuis cette rencontre, c'est silence radio. Asud n'a pas été consultée dans le cadre de la mise en place des stages de sensibilisation pour les consommateurs de cannabis – une disposition de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance. Et pas davantage pour le plan gouvernemental 2008-2012 évoqué ci-dessus. « Jusqu'ici, le fait qu'elle mène une politique répressive n'empêchait pas la Mildt de s'adresser à nous, note Fabrice Olivet. Aujourd'hui, on a l'impression de ne plus être reconnus. Les usagers de drogues semblent être redevenus des mineurs qui ne peuvent, par définition, pas avoir d'avis ». L'association a pourtant été labellisée par la DGS « association de patients » en 2007. A la Mildt, on rétorque que les stages de sensibilisation concernent des usagers occasionnels ou réguliers, non dépendants, qui ne relèvent pas du soin. « Seules les associations susceptibles de participer à la mise en œuvre des stages de sensibilisation ont été consultées ».

L'association Parents contre la drogue, connue pour ses positions extrémistes à l'encontre de la RDR, a ainsi été conviée. Le président de l'Association nationale des intervenants en toxicomanie (ANIT) a participé lui aussi à la première de ces rencontres. Il y a exprimé son désaccord vis-à-vis de la démarche purement informative de ces stages. « C'est archaïque. On laisse supposer qu'un jeune ne se drogue que parce qu'il n'est pas au courant des dangers qu'il encourt. Or il y a des gens qui souffrent et que la drogue soulage. Ils ont besoin de parler de ces expériences, pas de se prendre le discours de l'interdit dans la figure. » Mais ces suggestions n'ont pas semblé intéresser la Mildt. « Nous n'avons pas été réinvités », poursuit Jean-Pierre Couteron. Pour le plan gouvernemental, l'ANIT a été consultée par courrier et a fait remonter ses propositions. « On a ensuite eu un échange téléphonique avec l'un des conseillers d'Etienne Apaire. Aucun rendez-vous. Ça me paraît un peu léger pour un plan 2008-2012, sachant que notre association fédère les trois quarts des Centres spécialisés de soins aux toxicomanes », déplore-t-il, avant de comparer avec les précédentes présidences de la Mildt ou avec la Direction générale de la santé, « qui ont toujours pris le temps d'écouter plusieurs fois les associations ».

Quelles influences ?

Faisons un bond en arrière. Le 25 janvier 2006, 78 parlementaires écrivaient une lettre à Dominique de Villepin. Ils s'interrogeaient « sur les alliances que la Mildt développait avec les associations revendiquant la légalisation des drogues, telles Asud et Technoplus, ou bien le maintien dans une toxicomanie supposée “plus propre”, telle SOS Drogue International. » Ils dénonçaient l'ancien président de la Mildt, Didier Jayle, d'avoir recommandé « la création de salles de distribution d'héroïne au nom, une fois encore, du dogme de la «réduction» des risques » et se félicitaient de « la mobilisation de l'association Parents contre la Drogue [qui] devait suspendre ce processus. »

Comment ne pas s'étonner aujourd'hui des résonances de ces déclarations ? Tout en jugeant la situation actuelle regrettable, Jean-Pierre Couteron préfère néanmoins ne pas la dramatiser : « La loi n'a pas changé et la Ministre de la santé, Roselyne Bachelot nous a confirmé que la RDR était sous sa protection. Le président de la Mildt s'est certes exprimé selon des angles de lecture très restrictifs, mais ce ne sont que des paroles. »

Laetitia Darmon

(1) Les Egus auront lieu le 15 octobre 2008. Faute de subvention, ils seront payants, mais les participants pourront demander un remboursement au titre de la formation continue. Asud a obtenu gratuitement une salle. Le reste du financement provient de laboratoires et de l'association, qui touche de l'argent grâce à son journal et à ses brochures.

Des propos qui font mouche

• « S'agissant de la réduction des risques, dont le principe n'est pas remis en cause, je souhaite qu'elle se limite aux drogues injectables, la pratique du testing lors des rassemblements festifs dans vos départements ne doit pas être autorisée : il vous appartient d'expliquer à vos interlocuteurs que les pouvoirs publics n'ont pas à faciliter l'usage ».

Circulaire aux chefs de projet chargés de la lutte contre la drogue, envoyée par Etienne Apaire, le 4 janvier 2008

• « Le gouvernement entend bien sûr poursuivre cette politique de réduction des risques [échange de seringues, substitution], mais j'entends aussi renforcer l'idée selon laquelle la substitution n'est pas une fin en soi et qu'il faut en sortir. Nous allons ainsi ouvrir quatre communautés thérapeutiques visant l'abstinence. Le mot sevrage ne me fait pas peur. La première réduction des risques, c'est la réduction des drogues ».

Interview d'Etienne Apaire, Valeurs actuelles, 19 octobre 2007

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