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Cet article est paru dans le Journal du sida n°205 (n°205 - Mai 2008)

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PREVENTION: Association GPAL-Entr'actes

Pour et avec les personnes prostituées

A Lille, l'association GPAL-Entr'actes mène des actions de prévention du VIH et de réduction des risques pour les personnes prostituées, et leur propose un accompagnement social, médical et juridique. Des actions réalisées avec elles, dans le respect de leurs demandes.

Clients ! Le préservatif à tout prix ! » En décembre dernier, et durant une semaine, dans le cadre de la Journée mondiale contre le sida, on pouvait lire ce message affiché sur les bus de la métropole lilloise. Pour la troisième année consécutive, l'association GPAL-Entr'actes, qui accueille et accompagne les personnes prostituées, lançait une campagne de sensibilisation en direction des clients. « Ces campagnes sont les premières et les seules à ce jour, à s'adresser aux clients des personnes prostituées. Ils représentent pourtant le deuxième acteur de la prostitution », remarque Lyla Itoumaine, chargée de mission à GPAL-Entr'actes.

Un contexte alarmant

Des visuels ont également été insérés dans les rubriques de petites annonces des journaux gratuits, où l'on trouve des offres de prostitution masquée. Des actions réalisées à la demande des femmes et avec elles, dans un contexte d'augmentation constante, ces dernières années, des demandes de rapports non protégés. « Ces demandes se sont accentuées avec la loi de sécurité intérieure de 2003, qui fait des personnes prostituées des délinquantes. Il est devenu beaucoup plus difficile pour elles de travailler, explique Nathalie Mazurelle, éducatrice spécialisée à Entr'actes. Une situation dont certains clients tentent de profiter pour obtenir des rapports sans préservatifs. »

L'affichage sur les bus et la réalisation de petites cartes, que les femmes peuvent remettre à leurs clients, ont facilité la diffusion de messages de prévention. Sur ces cartes, qui traitent entre autres des risques liés à la fellation, figurent les mentions : « Je suis un travailleur sexuel sans risque » et « Sans préservatif, je ne monte pas ». « Ces cartes ont permis aux personnes prostituées de s'affirmer en tant qu'agents de prévention et d'échanger avec les clients. Certaines, qui se revendiquent comme ”travailleuses du sexe”, ont expliqué qu'elles l'utilisent comme une carte d'identité », raconte Lyla Ioumaine.

Rapportées à plusieurs reprises dans les médias(1), les campagnes du GPAL-Entr'actes avaient aussi pour objectif de parler de prostitution au grand public, et d'alerter les pouvoirs publics.

Projet Entr'actes

L'association est née de l'initiative du Groupe de Prévention et d'Accueil Lillois (GPAL), une structure présente à Lille depuis vingt ans et spécialisée dans l'intervention sociale. Depuis plus de dix ans, le GPAL s'intéresse aux problèmes rencontrés par les personnes prostituées.

« En 1997, nous avons essayé de monter avec elles un projet, mais les financements nous ont été refusés, explique Vincent Dubaele, directeur du GPAL-Entr'actes et à l'initiative du projet Entr'actes. Nous avons finalement décidé, en 2002, de financer avec nos propres moyens l'acquisition d'un local et la mise en place d'une antenne mobile pour poursuivre notre travail de rue ». La petite notoriété suscitée par l'initiative décidera finalement les financeurs publics à apporter leur aide. « Nous bénéficions du soutien sans faille de la DASS(2) du Nord, se réjouit Vincent Dubaele. Mais la reconnaissance a été longue à venir. C'est tout le problème de l'absence de prise en compte de la prostitution, appréhendée uniquement en termes de gestion de l'espace public et de ”nuisances“ ».

Outre la prévention et la réduction des risques liés aux pratiques sexuelles ou autres – une mission sur laquelle se concentrent les financements –, GPAL-Entr'actes a aussi pour objectifs de « proposer des conditions favorables à la réalisation d'accompagnements sociaux et médicaux » et « favoriser l'accès aux droits communs »(3).

Urgences

Près de la moitié des personnes prostituées de Lille sont usagères de drogues. L'association, devenue depuis peu Caarrud(4), a récemment embauché dans ce cadre une infirmière, qui a rejoint les deux éducatrices spécialisées et la chargée de mission qui composent l'équipe. Au local, les personnes peuvent se procurer des préservatifs, des kits shoot et sniff. Un matériel de prévention est distribué également dans la rue, avec l'antenne mobile : en bus ou à pied, l'équipe va à la rencontre des personnes prostituées deux fois par semaine. « Ces personnes sont dans l'immédiateté, l'urgence, ne se soignent souvent pas et le travail de rue s'avère essentiel, explique Nathalie Mazurelle. Ce n'est que dans un second temps qu'un travail sur le long terme devient possible. » (5)

Tous les jeudis, deux médecins rejoignent l'équipe. L'un d'eux, spécialisé dans les problèmes de toxicomanie, est présent dans le bus le jeudi soir. L'autre médecin appartient au service d'orthogénie d'Armentières, avec lequel Entr'actes collabore étroitement. « La prise en charge des IVG peut se faire très rapidement, avec un suivi dans la rue si la personne ne revient pas à l'hôpital », souligne Nathalie Mazurelle.

L'association travaille aussi activement avec d'autres structures, parmi lesquelles le CDAG de Lille (6). Un réseau partenarial vital qui permet un accompagnement au-delà du travail de rue pour les personnes qui le souhaitent. Un avocat, présent dans le bus une fois par semaine, assure ainsi le suivi des personnes au tribunal et dans leurs démarches juridiques. « Petite association de quartier au départ, nous sommes devenus une structure de droit commun grâce à ces partenariats », note Nathalie Mazurelle.

A l'écoute

Des permanences juridiques et médicales sont régulièrement assurées au local, où les personnes peuvent venir juste se poser, boire un café, parler. Offrir « un temps de pause entre les actes », un objectif à l'origine du nom de l'association. « Certaines passent uniquement chercher du matériel de prévention. La remise des préservatifs et des kits en mains propres favorise les entretiens individuels. C'est important car il y a des sujets que les femmes n'osent pas aborder en groupe », explique Nathalie Mazurelle. Elle insiste sur le fait que le travail se fait avec les personnes et dans le respect de leurs demandes : « Nous n'imposons rien, nous pouvons suggérer, formuler, mais nous sommes d'abord à leur écoute ». Les actions de l'association, de type dit « bas seuil », reposent ainsi sur la libre adhésion, l'anonymat et l'absence de mandat. « Nous ne sommes pas là pour leur faire arrêter la prostitution si elles ne le veulent pas, mais pour leur offrir les meilleures

conditions pour exercer », confirme Lyla Itoumaine. Après concertation avec les femmes, des ateliers look et bien-être ont été créés, qui permettent de travailler sur l'estime de soi, souvent très abîmée, et d'aborder des questions de santé.

Si les « traditionnelles », souvent présentes depuis longtemps sur le territoire prostitutionnel, ont investi l'association dès le départ, il a été plus difficile de toucher les personnes migrantes, qui représentent plus d'un tiers des prostituées lilloises, principalement des Africaines anglophones et des Equatoriennes. « Nous avons constaté que les personnes prostituées migrantes n'adhéraient pas au programme de santé mis en place par l'association, explique Lyla Itoumaine. J'ai mené une enquête pendant plusieurs mois et j'ai pu établir un lien de confiance avec les Equatoriennes, dont 87 % sont transgenres. Elles sont confrontées à d'énormes discriminations, cumulent les handicaps, et leur désir d'être vues avant tout comme des personnes et non des prostituées, explique qu'elles n'aient pas investi l'association ». Des réunions organisées tous les samedis au local ont permis d'aborder avec les Equatoriennes leurs problèmes sanitaires, juridiques, d'hébergement, de faire émerger leurs demandes et de les accompagner dans l'accès aux soins. « Avec cette recherche-action, l'équipe a pu prendre connaissance de ce public et de leurs besoins spécifiques et nous avons pu adapter les programmes de santé, souligne Lyla Itoumaine. Mais aussi faire surgir les fausses croyances liées au VIH ».

Pour ses prochaines campagnes de prévention du VIH, Entr'actes a le projet de ne plus uniquement mener des actions ponctuelles, mais sur un long terme, en organisant notamment des groupes de travail avec les femmes et des associations d'artistes.

Murielle Collet

(1) Des reportages ont notamment été diffusés dans les journaux télévisés de France 2 et France 3, des articles sont parus dans le Parisien et Libération. Les campagnes ont par ailleurs été présentées lors de nombreux colloques ainsi qu'à l'Assemblée Nationale.

(2) Direction des affaires sanitaires et sociales.

(3) Les missions et les actions de l'association sont présentées sur son site internet : www.entractes-gpal.org

(4) Centre d'accueil et d'accompagnement pour la réduction des risques des usagers de drogues.

(5) La prévalence du VHC apparaît importante au sein du public rencontré par Entr'actes, qui ne dispose en revanche pas de données sur celle du VIH. L'association doit mettre en place une méthodologie pour recueillir des informations épidémiologiques.

(6) Centre de dépistage anonyme et gratuit. L'association collabore aussi avec les Médecins Solidarité Lille ou avec des structures d'accueil des usagers de drogue comme le Cèdre bleu.

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