Edito du JDS n° 206
Elles pensaient donner la vie. Elles ont rencontré la mort. L'annonce d'une séropositivité pendant la grossesse est un traumatisme puissant. Un choc frontal, en une phrase de médecin, pour ces femmes qui attendent une naissance et se confrontent à une maladie qui a trait à la mort. Elles sont, le plus souvent, sidérées. Seul un accompagnement serré, tant médical que psychologique, peut alors éviter des actes désespérés ou des attitudes de fuite. D'autant plus que le cataclysme a des répercussions sur le couple, sur la famille, sur l'entourage. L'annonce peut également s'inscrire dans une situation sociale complexe: sans papiers, sans domicile, sans emploi. La séropositivité ajoute un malheur de plus. Il faut à ces femmes des appuis pour surmonter leur sidération, entendre les explications des médecins, essayer de se rassurer, reprendre pied. Car, aujourd'hui, les avancées thérapeutiques permettent, dans la grande majorité des cas, d'éviter une transmission du virus à l'enfant. A condition, bien sûr, d'avoir dépisté la future mère assez tôt. En France, ce dépistage à trois mois de grossesse est bien observé, mais il reste encore des progrès à faire. Certaines femmes ne sont pas informées de ce dépistage alors que leur consentement est, en principe, obligatoire. Une découverte de séropositivité dans ces conditions rend d'autant plus traumatisante l'annonce. Certains médecins privés hésitent encore à proposer le dépistage à des patientes qu'ils connaissent bien, par peur de les vexer. Enfin, il est essentiel de proposer à nouveau un test face à des situations à risque pour éviter toute séroconversion en cours de grossesse. Un piège qui peut encore être à l'origine de transmission du virus à l'enfant. Il n'empêche, aujourd'hui, la majorité de ces enfants naissent heureusement en bonne santé. Ceux qui échappent à l'heureuse statistique – une vingtaine par année en France – sont souvent la conséquence d'une prise en charge déficiente ou trop tardive. Une annonce mal faite et une femme s'enferme chez elle en refusant tout traitement. Une autre, sans papiers, a attendu le dernier moment pour consulter, par peur d'être dénoncée et renvoyée dans son pays. Des difficultés psychologiques et sociales, de toxicomanie ou d'errance, peuvent également expliquer une consultation trop tardive. D'où l'intérêt de faciliter au maximum le parcours de soin des femmes enceintes, de leur offrir un soutien rapproché lorsque la séropositivité est découverte. Un soutien qui doit d'ailleurs aller au-delà de la maternité pour accompagner la nouvelle mère dans sa relation à l'enfant, marqué du sceau de cette découverte pendant sa gestation.

