Ni pauvre, ni soumis
L'exigence d'un revenu d'existence décent
Le 29 mars dernier, des dizaines de milliers de personnes handicapées sont descendues dans la rue pour demander un revenu d'existence égal au SMIC brut. Malgré une mobilisation sans précédent, le gouvernement reste sourd à cette revendication.
Apte à l'emploi
Le ministre et la secrétaire d'Etat n'ont cessé de rappeler l'engagement de Nicolas Sarkozy de revaloriser l'AHH de 25% sur cinq ans, soit 5% par an. «Insuffisant» répètent les associations du collectif, notamment au regard de l'inflation et des franchises. «C'est nous donner d'un côté ce que l'on va nous reprendre de l'autre», s'insurge Marie Cuilliez d'Act Up. Et l'association de rappeler que, face au sida, «la précarité tue». Or, depuis quelques années, non seulement le montant de l'AAH est devenu insuffisant pour vivre et se soigner correctement mais beaucoup de personnes séropositives ont été exclues du dispositif. Sans emploi, elles deviennent alors tributaires du revenu minimum d'existence (RMI). En effet, beaucoup de maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), où sont instruites les demandes d'AAH, ne se basent que sur les bilans biologiques pour définir l'état de santé du requérant. Une personne en stade sida obtiendra automatiquement un taux d'invalidité de 80% nécessaire à l'obtention de l'AAH. Mais pour toutes les autres, les effets secondaires des traitements, les séquelles éventuelles des infections opportunistes, par exemple, sont rarement pris en compte dans l'évaluation du possible handicap. Si les bilans médicaux de la personne sont bons, elle est considérée comme apte à travailler. Le travail semble être désormais la valeur centrale de la politique du handicap en France. Si elle répond effectivement aux besoins réels d'une partie des personnes handicapées, elle laisse sur le bas-côté toute une frange de la population.
Valeur travail
«La France reste un des seuls pays en Europe où une personne ayant un handicap reste présumée incapable de travailler. Ailleurs, il y a une présomption de capacité de travail. Il faut prouver son incapacité à travailler. En France, il faut demander la reconnaissance de la qualification de travailleur handicapé. Tout est inversé. Je ne suis pas d'accord avec cette inversion. C'est une volonté maniaque de dévaloriser le travail». Dans son discours d'ouverture de la conférence nationale sur le handicap, Nicolas Sarkozy a enfoncé le clou. Devant un parterre d'invités par le gouvernement, dont Aides et Act up ont été exclues (3), il a rappelé que l'emploi des personnes handicapées doit être au cœur de la politique d'Etat. L'AAH a fait son temps, elle a été «le produit d'une époque» aujourd'hui révolue puisque désormais «le handicap n'interdit nullement l'accès à l'emploi». L'AAH doit donc être réformée, et le guide barème qui en définit les critères d'attribution «refondu afin de rendre l'attribution de l'AAH plus homogène sur l'ensemble du territoire». L'accès à l'emploi doit être facilité, le Président entend lever le système de carence d'un an qui oblige les personnes à ne pas travailler pendant 12 mois avant de déposer leur demande d'AAH. Il souhaite dorénavant que le montant de l'AAH soit ajusté au regard des revenus du trimestre précédant la demande. Enfin, il annonce que le dispositif de cumul entre revenus salariés et allocation va être simplifié. Des bonnes nouvelles pour les 250000 personnes qui bénéficient de l'AAH et sont reconnues en qualité de travailleur handicapé. Et toutes les autres?
Oubliés ?
Ils sont environ 550000 à percevoir l'AAH sans avoir de reconnaissance de travailleur handicapé. «Nous avons en face de nous des personnes qui ne répondent que par le travail, le travail, le travail... Mais que deviennent tous ceux qui ne peuvent pas travailler?», questionne Antony Gouas. Il reconnaît que les mesures proposées vont améliorer la situation d'un tiers des bénéficiaires de l'AAH. «Une population réduite par rapport à celle pour laquelle nous nous sommes mobilisés le 29 mars». A Act up, Marie Cuilliez est indignée: «Nous sommes hors de nous lorsqu'on nous répond avec un discours centré sur le travail mis en balance avec des déclarations sur l'assistanat alors que nous ne pouvons pas travailler à cause des caractères invalidants de nos pathologies. C'est très insultant de répondre ainsi à des personnes qui demandent le droit de vivre correctement parce qu'elles ne peuvent pas ou plus travailler!» A ses yeux, ce discours très culpabilisant fait un paria de la personne handicapée qui ne peut pas travailler. Un résultat très éloigné du principe constitutionnel de 1946, rappelé en préambule dans le pacte du collectif Ni pauvre ni soumis: «Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence».
Marianne Langlet

