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Cet article est paru dans le Journal du sida n°207 (n°207 - Juillet 2008)

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Edito du JDS n° 207

Deux générations

A parler de «générations», on court toujours le risque de la caricature. Mais comment nier qu'au-delà des expériences singulières, il existe deux générations de gays séropositifs ? Dans les années noires de l'épidémie de sida, un gay qui apprenait sa séropositivité était avant tout voué à la mort. Mais il n'était pas seul. Il découvrait une communauté infiniment solidaire, prête à se battre avec lui et contre la maladie. Depuis l'arrivée des trithérapies et le phénomène « d'invisibilisation » de la séropositivité, il est devenu commun d'évoquer la démobilisation de cette communauté, son envie largement partagée de ne plus entendre parler du virus, de se défaire de l'équation “homosexualité = sida”. De passer à autre chose. Le relâchement des pratiques de prévention est sans doute la manifestation la plus frappante de ce désir d'oubli. Dans la communauté qu'il avait rendue visible, audible, et dans une moindre mesure plus acceptable socialement, le VIH/sida est paradoxalement devenu une zone d'ombre et de silence. Au point qu'il devient difficile, pour un gay aujourd'hui, d'évoquer sa séropositivité dans bien des associations LGBT. Certains ne le souhaitent d'ailleurs pas et revendiquent de vivre une vie normale, avec une maladie bien contrôlée, des traitements moins complexes, aux effets secondaires plus limités.

D'autres cherchent malgré tout des lieux où parler, trouver des informations, rencontrer des personnes avec qui partager leur vécu. Parfois aussi des lieux où se battre contre une maladie dont ils ne connaissent pas le développement à moyen terme. Les associations traditionnelles de lutte contre le sida ne leur conviennent souvent pas. Plusieurs des jeunes gays rencontrés à l'occasion du dossier expliquent que le discours de ces structures leur paraît éloigné de leurs préoccupations, de leur vécu de la maladie. Que ces associations où ils risquent de croiser les « anciens » les angoissent au plus haut point. Qu'ils ont besoin d'un miroir moins tragique que celui tendu par les gays contaminés avant l'arrivée des trithérapies, pour construire leur propre expérience de l'infection. Que l'histoire des « anciens » les culpabilise et que cette hiérarchisation des souffrances ne laisse pas de place à l'expression de leurs angoisses. Ils s'excusent de formuler les choses si brutalement, d'avoir l'air de rejeter une histoire dont ils se savent redevables, mais bredouillent que c'est comme ça qu'ils vivent les choses. Sans doute ce conflit générationnel est-il inévitable. Mais on peut regretter que les vieilles associations aient failli à faire de l'espace en leur sein à ces jeunes gays, à leur langage, à leur culture, à leurs préoccupations. À trouver un discours ni dramatisant, ni banalisant, audible par cette génération qui vit différemment avec le VIH. Cela aurait peut-être ouvert la voie au dialogue et permis à certains jeunes gays de se sentir moins paumés, moins isolés. Mais il est encore temps d'essayer de faire connaissance.

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