Edito du JDS n° 207
Deux générations
D'autres cherchent malgré tout des lieux où parler, trouver des informations, rencontrer des personnes avec qui partager leur vécu. Parfois aussi des lieux où se battre contre une maladie dont ils ne connaissent pas le développement à moyen terme. Les associations traditionnelles de lutte contre le sida ne leur conviennent souvent pas. Plusieurs des jeunes gays rencontrés à l'occasion du dossier expliquent que le discours de ces structures leur paraît éloigné de leurs préoccupations, de leur vécu de la maladie. Que ces associations où ils risquent de croiser les « anciens » les angoissent au plus haut point. Qu'ils ont besoin d'un miroir moins tragique que celui tendu par les gays contaminés avant l'arrivée des trithérapies, pour construire leur propre expérience de l'infection. Que l'histoire des « anciens » les culpabilise et que cette hiérarchisation des souffrances ne laisse pas de place à l'expression de leurs angoisses. Ils s'excusent de formuler les choses si brutalement, d'avoir l'air de rejeter une histoire dont ils se savent redevables, mais bredouillent que c'est comme ça qu'ils vivent les choses. Sans doute ce conflit générationnel est-il inévitable. Mais on peut regretter que les vieilles associations aient failli à faire de l'espace en leur sein à ces jeunes gays, à leur langage, à leur culture, à leurs préoccupations. À trouver un discours ni dramatisant, ni banalisant, audible par cette génération qui vit différemment avec le VIH. Cela aurait peut-être ouvert la voie au dialogue et permis à certains jeunes gays de se sentir moins paumés, moins isolés. Mais il est encore temps d'essayer de faire connaissance.

