Santé des trans
Premières données françaises
L'Institut national de veille sanitaire (InVS) a rendu publique une première enquête sur la santé des trans, menée pendant près d'un mois sur Internet. Malgré un biais de sélection des répondants, les résultats mettent en lumière la nécessité de poursuivre les recherches, pour construire une offre de prévention et de soins adaptée à cette population.
Biais de recrutement
« Nous comptons sur votre participation pour faire de cette enquête un vrai outil d'analyse et de collecte des besoins en matière de santé, afin d'améliorer les conditions de santé au sein de votre communauté », pouvait-on lire en introduction au questionnaire mis en ligne sur le site www.lecrips-idf.net du 7 mai au 1er juin 2007 (2). L'ambition était forte, mais les enquêteurs reconnaissent eux-mêmes qu'elle n'a pas entièrement abouti. Si 179 personnes âgées de 19 à 63 ans ont répondu à l'enquête, il s'agissait à 94 % de Français (de naissance ou par naturalisation), aux caractéristiques assez proches de la population générale, « en termes d'âge, de proportion d'immigrés, de niveau d'étude et d'activité professionnelle ». Ce qui indique un indéniable biais de recrutement via l'Internet.
« L'enquête ne rend pas compte de la situation des travailleurs du sexe transsexuels (1,1 % des participants), dont beaucoup sont des étrangers », souligne l'étude, avant de rappeler que cette population se chiffre par centaines de personnes « à Paris, comme dans les grandes villes de France ». A mettre sans doute en cause, dans cette non participation, « outre l'accès à l'Internet : la stigmatisation, l'illégalité du statut de résidence ou la mauvaise connaissance du français ».
Risques
Malgré ces restrictions, les résultats n'ensont pas moins instructifs. Par rapport à la population générale, la population trans de l'étude se distingue en effet par moins de vie de couple, moins d'activité sexuelle, mais également par plus de prises de risques : 82 % des répondants déclarent ne jamais utiliser de préservatif pour les rapports bucco-génitaux et la moitié lors de rapports de la pénétration avec leur partenaire principal. La consommation de psychotropes et de drogues illicites est également plus forte qu'en population générale : 15,1 % des répondants ont expérimenté la cocaïne et 8,1 % l'héroïne, contre respectivement 2 % et 2,6 %. Côté dépistage, 21 % des personnes interrogées disent n'y avoir jamais eu recours et parmi les personnes qui ont déjà été testées, 5,7 % se déclarent séropositives. Un chiffre inquiétant et certainement sous-évalué du fait du mode de recrutement de l'enquête. Enfin, 20 % des participants avouent avoir renoncé à consulter un médecin traitant par peur d'être discriminé du fait de leur transsexualité tandis que 49 % ont subi une discrimination ou renoncé à un droit de peur d'en subir une. Autant de données qui confirment l'importance de poursuivre l'étude des enjeux de santé chez les trans et de développer, en retour, les actions sanitaires et sociales adaptées.
Laetitia Darmon

