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Cet article est paru dans le Journal du sida n°208 (n°208 - Août 2008)

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Lycées

Les ados, acteurs de la prévention

Intervenir dans les lycées : un impératif pour les associations de prévention. Mais comment informer les ados ? Et que savent-ils vraiment du sida, à l'âge des premiers amours ? Réponses à travers l'exemple de deux lycées voisins, à Paris, qui ont choisi des stratégies préventives différentes.

Alexia et Barbara sont stressées ce matin. Adossées à une rambarde, elles attendent le début des cours au lycée Buffon. Un établissement cossu du XVe arrondissement de Paris, qui réunit collège et lycée. Au total, 2 000 élèves y étudient. Aujourd'hui, la discussion tourne autour des épreuves du bac de français à venir. D'habitude, ce sont plutôt les fringues… et les petits copains. Alexia et Barbara ont 16 et 17 ans. Soit l'âge moyen du premier rapport sexuel. L'une « l'a déjà fait », l'autre non. Le préservatif, c'est sûr, elles le mettront toujours, jurent-elles, la main sur le cœur. Et les autres moyens de contraception ? Elles « maîtrisent », affirment-elles avec un éclat de rire. Principalement grâce à « la télé et aux magazines », mais aussi aux cours d'éducation sexuelle donnés dès la 4e. En 3e, avec leurs camarades de classe, elles ont préparé des exposés sur la contraception, les IST, l'lVG. Les deux copines se souviennent aussi des « conférences » animées par un intervenant du Centre régional d'information et de prévention du sida (Crips). Faute de temps et de moyens, ces interventions ne peuvent être menées par l'équipe éducative du lycée. Et pour cause : il leur faut recevoir la formation nécessaire, jongler avec les emplois du temps, terminer en priorité le programme scolaire… D'où le recours à des partenaires associatifs.

De l'info sur sets de table

Pour la journée mondiale contre le sida, c'est le Crips qui intervient au lycée Buffon. Au programme : des stands d'information dans la cour, mais aussi des sets de tables à la cantine et des sketchs de prévention diffusés sur les télés dans les couloirs de l'établissement. Pour impliquer les élèves, des délégués préparent les actions avec les intervenants. But de l'opération : faire passer un message clair de manière ludique, car il faut s'adresser aussi bien aux collégiens qu'aux lycéens. Par exemple, des questions sur le sida sont affichées un peu partout sur les murs du lycée. Entre deux cours, les élèves peuvent ainsi se demander si « la pilule protège du VIH » ou encore si « les moustiques peuvent transmettre le sida ». Une semaine plus tard, les solutions sont affichées. « Les réponses notées par les élèves sont parfois effarantes », note Catherine Rigaut. Même s'ils sont « invités » à venir la consulter, cette infirmière scolaire reconnaît faire « plus d'orientation que de suivi individualisé ».

Aller voir l'infirmière du lycée : « la honte »

Parler de sexualité avec l'infirmière scolaire ? « Hors de question » pour Barbara, 15 ans, assise sur un banc au milieu de la cour. A côté d'elle, Flavie, 16 ans, admet : « Moi je préfère écouter l'émission d'une sexologue sur le Mouv' ». Mais pour ce groupe de copines, ce qui compte avant tout, ce sont les conseils qu'elles peuvent se donner, entre elles. En aparté, Céline, 16 ans, confie : « J'ai déjà eu un souci, mais je ne suis pas allée voir l'infirmière, j'avais trop honte. On avait mis le préservatif, mais il a un peu glissé. J'ai flippé et du coup, j'ai préféré prendre la pilule du lendemain. J'ai tout de suite demandé à ma meilleure amie de venir avec moi l'acheter. » Les jeunes filles gloussent en se remémorant leur premier cours d'éducation sexuelle, en 4e. « Les gens te regardent bizarre quand tu poses des questions au prof », se souvient Mirabelle. Elles aussi ont suivi les « conférences » du Crips. Cette fois-ci, les profs étaient absents, histoire d'inciter les élèves à participer. « Les filles et les garçons étaient séparés, pour pouvoir poser des questions justement », poursuit Barbara. Clovis, 14 ans, iPod vissé sur les oreilles, allongé sur un autre banc, semble s'extirper de sa torpeur. « Moi je dors pendant ces trucs. Mais bon, ça nous a permis de louper deux heures d'histoire, on ne va pas se plaindre. » Rires de ses camarades de classe. Flavie tempère, à voix basse : « Je pense que ça restera dans un coin de ma tête le moment venu, comme un écho. »

Plus loin, dans le foyer des élèves, un groupe de garçons qui jouent, affalés sur une table, avec leurs téléphones portables. Ils se souviennent bien des interventions du Crips. « En fait, contrai-rement aux cours, on ne prenait pas de notes, et on était obligés de participer », explique Paul. « Oui, ça nous obligeait à réfléchir ! », renchérit Gabriel. William, son voisin, a juste retenu, presque affolé, que « si on fume on devient stérile ». Redouane rougit à l'évocation du mot « préservatif ». Aucun n'a plus de 16 ans. Pour l'instant, leur truc, c'est plutôt l'ordinateur. Les filles — celles de leur classe en tout cas – ne les « intéressent pas ». Personne, autour de la table, ne sait ce qu'est un « planning familial ».

« Des connaissances théoriques sur le sida, difficiles à appliquer »

Les jeunes seraient-ils trop et mal informés à la fois ? Pour Catherine Rigaut, « les adolescents reçoivent beaucoup d'informations. Ils ont des connaissances sur le sida, mais ils ont du mal à les appliquer, notamment quand ils ont bu ou fumé. Ils ont alors un sentiment de toute puissance. »

Au lycée Buffon, on espère surtout qu'ils retiendront le message essentiel. « Dans mes cours, j'insiste principalement sur le préservatif masculin et la pilule », souligne Simone Bijaoui, professeur de SVT (1). A l'âge des tout premiers amours, les professeurs restent des relais essentiels d'un message qui se veut pédagogique.

Mais avec des élèves un peu plus vieux, la stratégie préventive devient différente. Face au lycée Buffon se trouve un autre établissement, le lycée Fresnel. Un lycée technique et professionnel, qui compte environ 800 élèves, tous spécialisés dans l'optique. La plupart sont majeurs. Beaucoup arrivent de province pour commencer un BTS. « Ils débarquent dans une ville qu'ils ne connaissent pas, explique CatherineParia, ils ont besoin d'infos pratiques. » Cette infirmière scolaire travaille danstrois établissements différents, alors « le but, c'est que les lycéens se débrouillent » quand elle n'est pas là. Elle se perçoit plus comme un intermédiaire entre les différents acteurs préventifs. Chaque début d'année, elle organise des visites au planning familial du quartier avec une cinquantaine de délégués de classe. Pour elle, c'est une certitude : les jeunes sont d'excellents relais en matière de prévention. « Je choisis un garçon et une fille pour chaque classe, afin qu'ils fassent bien circuler l'info. » A leur retour, les délégués distribuent à leurs camarades brochures et préservatifs. « Nous avons bien conscience que tout n'est pas retransmis, déplore Catherine Paria. Mais l'essentiel, c'est qu'ils soient autonomes, qu'ils sachent où aller chercher des conseils en cas de besoin. »

La crainte d'être enceinte,plus que la peur du sida

Le système fonctionne : Christiane Der Andreassian, conseillère familiale au Mouvement français pour le planning familial, reçoit beaucoup de lycéennes du quartier. La plupart sont affolées par un retard de règles. A l'origine de leur prise de risque, il y a souvent une méconnaissance totale du fonctionnement de la pilule, mais aussi un manque d'expérience. « A cet âge, ils ne savent pas vraiment mettre le préservatif, alors ils essaient une fois, deux fois, et ensuite les mômes débandent, alors ils ne le mettent pas et se disent qu'il ne leur arrivera rien. » « Leur souci, ajoute Soledad Aguilera-Anderson,conseillère conjugale également, c'est surtout le risque de grossesse. Le sida, c'est rarement leur préoccupation ».

Une autre source d'inquiétude pour les deux femmes : trop de jeunes filles tardent à se déplacer au planning, peut-être parce que le lieu, situé à l'intérieur d'un hôpital, est intimidant. Plus surprenant : à l'heure où deux clics sur Internet suffisent pour trouver une adresse, beaucoup de jeunes n'y vont pas « parce qu'ils ne savent pas où c'est ». Pour les deux conseillères conjugales, la solution serait de miser encore plus sur la proximité, pour inciter les ados – filles et garçons – à se réapproprier le planning familial. Et pour qu'ils parviennent à concilier l'insouciance de leurs premiers amours avec une sexualité responsable.

Elodie Vialle

(1) Sciences de la vie et de la Terre.

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