XVIIe conférence internationale sur le sida
Les transgenres organisent leur lobby
«Nous ne sommes pas le problème mais une partie de la solution.» Ainsi se sont présentées les personnes transgenres lors de la XVIIe conférence sur le sida, à Mexico. Le premier congrès de ce type où la communauté transgenre était véritablement présente, non seulement dans le village associatif, ou lors des manifestations organisées en parallèle, mais aussi dans le comité d'organisation et à la tribune.
Coordinatrice du réseau des transgenres d'Amérique latine (Red LacTrans), Marcela Romero était fière de voir la communauté transgenre prendre une place plus importante durant la XVIIe édition de la conférence internationale sur le sida. Non seulement visible, la communauté a su se faire entendre lors de nombreuses sessions ou au cours de présentations de posters décrivant les actions des associations. «Nous prouvons que la communauté transgenre est présente, déclare Marcela Romero. Elle a des choses à dire et fait partie de la société civile, au même titre que les hommes ou les femmes biologiques. Qui mieux que nous, peut parler de nous ? Nous ne pouvons plus accepter que d'autres parlent à notre place !». Cette conviction est d'ailleurs à l'origine de la création de Red LacTrans, qui regroupe depuis 2004 des associations de 20 pays d'Amérique Latine souhaitant s'organiser politiquement et porter une parole commune au sujet de la reconnaissance des droits des transgenres.
Le droit à la différence
L'engagement politique dans la société civile est primordial. Keyla Simpson est consultante auprès du ministère de la Santé au Brésil et se bat depuis plus de 10 ans pour faire de la question transgenre un sujet incontournable dans les débats publics de son pays. «Les transgenres cumulent les stigmates, sont victimes de nombreuses discriminations et vivent dans une grande vulnérabilité, notamment face au VIH/sida.» L'espérance de vie des transgenres en Amérique Latine est d'environ 35 ans. Dans la majorité des cas, les décès sont dus soit au VIH, soit à des violences physiques. Le fait que les droits fondamentaux ne soient pas appliqués à leur encontre aggrave d'autant plus la vulnérabilité de ces personnes.
Lors des différents débats à Mexico, l'accent a bien entendu été mis sur les questions de prévention, mais aussi sur les droits et les devoirs des transgenres. En effet, comme le souligne Valentina Riascos Sanchez, représentante d'une association colombienne membre de la Red LacTrans, il semble difficile pour une personne transgenre de prendre soin de son corps, par exemple d'utiliser un préservatif, quand l'estime de soi est au plus bas. Comment se penser en tant qu'acteur de sa propre vie et acteur de prévention, si dès le plus jeune âge on est discriminé, violenté et mis au ban de la société ? Valentina Riascos Sanchez estime qu'il est urgent de travailler tous ensemble à la reconnaissance des droits des transgenres et de leur donner une image publique autre que «la coiffeuse folle» ou la prostituée. Ce qui n'empêche pas les revendications des transgenres d'être très proches de celles des travailleurs du sexe, ces derniers étant également trop souvent persécutés et stigmatisés. D'autant, comme le précise Marcela Romero, que le travail sexuel est bien souvent la seule alternative économique pour cette communauté. Nombre de personnes transgenres souhaitent poursuivre leurs études supérieures, mais compte tenu des discriminations subies sur les bancs de l'école ou de l'université, elles sont dans l'obligation de mettre un terme prématuré à leurs études.
Préparer l'avenir
A Cali, Valentina Riascos Sanchez tente au sein de son association de lutter contre toutes les formes de discrimination. Elle a créé une «carte d'identité» transgenre, reprenant la photo de la personne, ainsi que ses nom et prénom féminins. Au recto de cette carte, sont inscrits quelques articles de loi, sur les droits des personnes en cas d'arrestation et la liberté de chacun à pouvoir exercer le travail sexuel. Valentina souhaiterait que toutes les personnes transgenres puissent être en possession de cette carte, afin de faciliter leurs relations avec les autorités et réduire le nombre de violences policières. Elle œuvre aussi pour que les transgenres puissent être appelées par leur prénom féminin. Ce dernier point semble primordial pour la prise en charge médicale des membres de la communauté. En effet, explique Marcela Romero, de nombreux transgenres vivant avec le VIH négligeraient leur suivi médical, faute d'un accueil respectueux et non stigmatisant dans certains établissements médicaux. Comment se sentir à l'aise dans un lieu de soins quand tout le monde, y compris le médecin, vous parle au masculin ?
La XVIIe conférence internationale sur le sida à peine terminée, la communauté transgenre s'est lancée dans la préparation de la conférence annoncée pour 2010 à Vienne. La Red LacTrans souhaite une présence encore plus importante au cours de celle-ci. Pour y arriver, Marcela Romero assure qu'il faut préparer la communauté à cet événement dès maintenant, à la fois en donnant des cours d'anglais pour pouvoir exprimer au mieux les revendications, et en faisant un travail de lobby, afin que les personnes transgenres soient représentées lors d'une session plénière.
Miguel-Ange Garzo
Mobilisation et défense des transgenres en France
A la veille de la remise par l'HAS d'un rapport sur les transgenres, Camille Cabral, directrice du PASTT (2) à Paris, souhaiterait qu'un réseau similaire à celui de l'Amérique Latine puisse voir le jour en France et par la suite en Europe. Selon elle, la Red Lac Trans doit servir d'exemple en terme « d'empowerment (3) » pour l'ensemble de la communauté transgenre internationale.
Quelques avancées sont notables en France, en termes de reconnaissance. Par exemple le chapitre spécifique à la prise en charge médicale des transgenres séropositifs au sein du rapport Yéni 2008 (4), auquel Arcat et le Dr Maresca, médecin à l'hôpital Ambroise Paré (Boulogne, 92) ont participé en qualité d'experts. Mais ce n'est qu'un début. Il est donc plus que jamais urgent de se mobiliser avec et pour cette communauté, dont il y a beaucoup à apprendre, que l'on soit transgenre ou non - « ¡ No es necesario ser por defender ! » (5), lançait Valentina Riascos Sanchez en conclusion de son intervention à Mexico.
L'action d'Arcat
Dans son action d'accompagnement global de personnes vivant avec le VIH et les hépatites chroniques, l'association Arcat mène depuis 2001 un programme d'information et de prévention spécifique pour un public transgenre latino. Programme qui a pour objectif de réduire le risque d'infection par le VIH et les IST et d'informer sur l'accès aux soins et les services adaptés à la prise en charge de personnes transgenres. Un psychologue et une animatrice de prévention proposent des entretiens individuels de prévention en langue espagnole. Ils peuvent réaliser des accompagnements physiques quand l'état de santé ou la situation sociale des usagères le nécessitent. L'association met également à disposition des dépliants adaptés (sur le VIH, les IST, les hépatites, le mode d'emploi du préservatif, les droits sociaux) et va réaliser des brochures spécifiquement destinées à la population transgenre et aux personnes les prenant en charge. Préservatifs et gels lubrifiants sont distribués lors d'actions qui ont lieu toute l'année, dans un local situé à proximité d'un lieu de prostitution à Paris, et à bord d'un bus qui sillonne les lieux de prostitution dans une forêt aux alentours de la capitale. Cette action est menée en collaboration avec l'association « les amis du bus des femmes » qui intervient spécifiquement auprès du public prostitué. En 2007, 211 personnes transgenres ont bénéficié des entretiens menés par ARCAT dont certaines ont été orientées vers des services sociaux hospitaliers et des consultations spécialisées de médecins proctologues et médecins endocrinologues.
Miguel-Ange Garzo, Christine Etchepare et Anne Guérin (Arcat, Paris)

