Médias
Entretien avec la peur
Oscillant entre la tentation du scoop et le manque d'informations, certains journalistes succombent à l'appel de unes racoleuses ou de commentaires intempestifs sur le VIH/sida. Les médias en oublieraient-ils leur devoir de précaution ?
Le mensonge comme fer de lance ?
Ces effets d'annonce ne datent pas d'aujourd'hui. Depuis la découverte du virus du sida dans les années 80, nombre de publications se sont essayées au sensationnalisme ou aux formules. Tantôt alarmistes, rappelons-nous du fameux « cancer gay » avant même l'arrivée du premier sigle SIDA, tantôt faussement optimistes comme cette une du Parisien du 12 février 2003 : « Enfin un vaccin pour les malades du sida ! » Le quotidien avait même rompu l'embargo fixé ce même jour à 16 heures par l'ANRS pour être certain de sortir le premier la « nouvelle ». Une annonce qui se dégonflera comme un soufflet : l'agence avait simplement indiqué que « deux essais de vaccinothérapie montrent pour la première fois qu'il est possible d'induire une réponse immunitaire dirigée contre le VIH chez des patients séropositifs. » L'effet produit est tel que dans certains hôpitaux, des services sont contraints d'afficher dans le couloir « Ici, on ne vaccine pas ». L'année suivante, rebelote. La revue Valeurs actuelles publie le 19 novembre un article estampillé « exclusivité » et titré « Avancée décisive contre le sida ». Le papier développe : « Un traitement vaccinal capable d'inactiver le virus sans déclencher les effets secondaires des trithérapies. » De nouveau, le mot « vaccin » est lâché. Différemment perçu selon sa sérologie, mais avec les mêmes dégâts : relâchement chez les séronégatifs et faux espoirs chez les séropositifs. Bien entendu, une brève viendra ensuite rectifier le tir : « L'étude doit être cependant confirmée par un essai comparatif de plus grande ampleur. » On connaît a posteriori la réalité de toutes ces annonces. Le plus grave est que ces infos se font fi des personnes séropositives suspendues au bon mot des journalistes, tel un yo-yo… Avec l'espoir, toujours en bandoulière.
Dernier dérapage en date : la parution du Petit Futé 2009-2010 sur la Guyane… S'il était judicieux d'évoquer le VIH au sein d'un guide sur l'un des départements français les plus touchés, il eut été convenable qu'il ne soit ni répertorié dans la catégorie « Hygiène », ni de stigmatiser les Guyanais : « N'hésitez surtout pas à utiliser les préservatifs, même si votre partenaire vous inspire confiance. » Enfin, comme disait Pierre Desproges, on ne peut pas rire de tout avec tout le monde : « (page 314 du même ouvrage) Dans l'ensemble, la Guyane reste relativement calme et agréable à visiter car il est très rare de se faire agresser par un accroc au crack, orpailleur clandestin, porteur du virus du sida… ou par une chute d'arbre ! » No comment.
Eric Daron

