Accueil > Nos publications > Le Journal du sida > Article

Paru dans...

Couverture du JDs

Cet article est paru dans le Journal du sida n°210 (n°210 - Janvier 2009)

Abonnez-vous en ligne

 

Médias

Entretien avec la peur

Oscillant entre la tentation du scoop et le manque d'informations, certains journalistes succombent à l'appel de unes racoleuses ou de commentaires intempestifs sur le VIH/sida. Les médias en oublieraient-ils leur devoir de précaution ?

Journal télévisé de France 2, 23 septembre 2008. A une heure de grande écoute, un reportage relate l'alerte sanitaire lancée par les autorités françaises au sujet d'un gynécologue barcelonais qui aurait pratiqué de nombreuses IVG sur des patientes françaises alors qu'il est séropositif… Si le choix des mots sous-entend que le risque de transmission du VIH est réel, en aucun cas, les journalistes rappellent les modes de contamination ou remettent en question cette information émanant du ministère de la Santé. La presse n'est pas en reste. Le JDD.fr titre le 24 septembre : « Il pratiquait des IVG avec le VIH ». Comme s'il était proscrit à un médecin séropositif d'exercer son métier… La journaliste concède plus loin : « L'avortement se pratique par aspiration de l'embryon, ce qui n'expose pas à un contact de sang à sang entre le médecin et la patiente ». Ouf, on respire ! Les associations de lutte contre le sida montent au créneau pour dénoncer cette alerte « démesurée » et « injustifiée », rappelant l'évidence : « Non, le sida ne se transmet pas lors de soins médicaux ! » dans un communiqué de presse datant du 30 septembre. Mais le mal est fait. Aussi bien du côté grand public où perdure la confusion, que de celui des séropositifs toujours montrés du doigt, 25 ans après le début de l'épidémie. Sans parler de la crédibilité des médias qui se sont engouffrés dans une vraie-fausse info, au risque de verser dans la discrimination.

Le mensonge comme fer de lance ?

Ces effets d'annonce ne datent pas d'aujourd'hui. Depuis la découverte du virus du sida dans les années 80, nombre de publications se sont essayées au sensationnalisme ou aux formules. Tantôt alarmistes, rappelons-nous du fameux « cancer gay » avant même l'arrivée du premier sigle SIDA, tantôt faussement optimistes comme cette une du Parisien du 12 février 2003 : « Enfin un vaccin pour les malades du sida ! » Le quotidien avait même rompu l'embargo fixé ce même jour à 16 heures par l'ANRS pour être certain de sortir le premier la « nouvelle ». Une annonce qui se dégonflera comme un soufflet : l'agence avait simplement indiqué que « deux essais de vaccinothérapie montrent pour la première fois qu'il est possible d'induire une réponse immunitaire dirigée contre le VIH chez des patients séropositifs. » L'effet produit est tel que dans certains hôpitaux, des services sont contraints d'afficher dans le couloir « Ici, on ne vaccine pas ». L'année suivante, rebelote. La revue Valeurs actuelles publie le 19 novembre un article estampillé « exclusivité » et titré « Avancée décisive contre le sida ». Le papier développe : « Un traitement vaccinal capable d'inactiver le virus sans déclencher les effets secondaires des trithérapies. » De nouveau, le mot « vaccin » est lâché. Différemment perçu selon sa sérologie, mais avec les mêmes dégâts : relâchement chez les séronégatifs et faux espoirs chez les séropositifs. Bien entendu, une brève viendra ensuite rectifier le tir : « L'étude doit être cependant confirmée par un essai comparatif de plus grande ampleur. » On connaît a posteriori la réalité de toutes ces annonces. Le plus grave est que ces infos se font fi des personnes séropositives suspendues au bon mot des journalistes, tel un yo-yo… Avec l'espoir, toujours en bandoulière.

Dernier dérapage en date : la parution du Petit Futé 2009-2010 sur la Guyane… S'il était judicieux d'évoquer le VIH au sein d'un guide sur l'un des départements français les plus touchés, il eut été convenable qu'il ne soit ni répertorié dans la catégorie « Hygiène », ni de stigmatiser les Guyanais : « N'hésitez surtout pas à utiliser les préservatifs, même si votre partenaire vous inspire confiance. » Enfin, comme disait Pierre Desproges, on ne peut pas rire de tout avec tout le monde : « (page 314 du même ouvrage) Dans l'ensemble, la Guyane reste relativement calme et agréable à visiter car il est très rare de se faire agresser par un accroc au crack, orpailleur clandestin, porteur du virus du sida… ou par une chute d'arbre ! » No comment.

Eric Daron

© Arcat 2001-2010 - Mentions légales - Site réalisé par Presscode - Contact :