Edito : Le nerf de la guerre
L'argent, toujours l'argent.
Ainsi, chaque acte est « coté », mais d'une façon qui peut paraître assez illogique : les gestes et examens médicaux « lourds » sont bien cotés, les consultations pluridisciplinaires par contre le sont très peu. C'est-à-dire que la consultation est moins « rentable » qu'une radiographie. Sachant qu'une consultation entend discussion, échange, et dans les hôpitaux se traduit par l'intervention de plusieurs disciplines pour un même patient. Indispensables, l'écoute, l'information et la prévention finissent par coûter cher aux hôpitaux, qui – fatalement, sauf si cette tarification est réévaluée un jour – finiront par réduire ou fermer des branches trop peu cotées. A moins que le personnel médical ne cherche à faire rentrer artificiellement dans les niches mal adaptées des actes qui, sans cette « flexibilité », seraient pratiqués « à perte ». Ou comment pousser à la faute, qui, si elle est découverte, coûtera cher à l'hôpital et à terme aux patients. En automne 2007, le Journal du sida exprimait des inquiétudes sur les conséquences qu'aurait la réforme des hôpitaux. Inquiétudes on ne peut plus fondées si l'on en croit les difficultés déjà exprimées par les médecins.
Les patients séropositifs sont en première ligne. Le VIH/sida relève de plusieurs disciplines, et le suivi des personnes infectées fait intervenir un éventail de professionnels, tous complémentaires. La T2A survalorise les actes techniques par rapport à l'activité intellectuelle, alors que celle-ci permet d'économiser sur des actes ultérieurs, précisément en limitant les complications rencontrées par les patients.
Pour ne rien arranger, les associations de lutte contre le sida voient fondre leurs budgets à mesure que le sida suscite moins d'émotion. Il ne tue plus suffisamment pour être prioritaire, tel est le sentiment des associations confrontées à des coupes budgétaires mettant à mal leurs actions. Or, le fait que le VIH tue moins n'est pas étranger au suivi dont bénéficient ici les personnes touchées, l'éducation thérapeutique notamment, pas étranger non plus à la prévention, qui permet de limiter le nombre de nouvelles infections. Paradoxalement, alors que la maladie n'est pas éradiquée, le succès de ces pratiques conduit leurs acteurs à la ruine…
Le Journal du sida fête ses vingt ans en février. Profitons de l'occasion pour réaffirmer que chaque type d'action de lutte contre le VIH/sida est utile et toutes sont complémentaires. Information, soin, recherche et accompagnement social ont chacun un rôle primordial à jouer dans une mobilisation qui devra bien se maintenir, tant que des personnes seront touchées par ce virus.
Louise Bartlett

