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Cet article est paru dans le Journal du sida n°184 (n°184 - Avril 2006)

 

Edito

Une réforme à hauts risques

On nous a refait le coup de la fuite. Un document de travail du gouvernement sur la réforme du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) a soi-disant filtré en décembre dernier, bientôt rendu public par un collectif d'associations « unies contre une immigration jetable ». Le gouvernement semble avoir transmis sa copie pour tâter les frontières de l'admissible et de l'inadmissible, guetter les réactions des associations avant d'ultimes corrections. La mouture officielle de l'avant-projet de loi, présenté par Nicolas Sarkozy en février 2006, a donc été un peu allégée. Le texte ne touche plus au droit de séjour pour raison médicale (qui était réduit quasiment à néant dans la première mouture), certaines dispositions ont été édulcorées : par exemple, les conditions d'accès à des titres de séjour sont moins précises que dans les projets précédents et davantage laissées à l'appréciation des maires et des préfets. Mais l'esprit du projet reste le même : freiner au maximum le regroupement familial et les mariages entre étrangers et Français, supprimer tous les mécanismes de régularisation permanents, bref, rendre la vie difficile à tous les étrangers que la France n'aura pas choisis. Malheureusement, les conséquences de cette réforme promettent d'être dramatiques : multiplication du nombre de clandestins et de ni-ni (ni régularisables ni expulsables), précarité et insécurité croissantes… Autant de circonstances préjudiciables en termes sociaux mais aussi sanitaires, pour la prévention et la limitation des épidémies de toutes sortes. Sans compter que l'avant-projet distille avec plus de verve que jamais l'idée que l'étranger est un poids pour la France, un voleur d'allocations familiales, un père par complaisance et un époux par intérêt. Cette machine à fabriquer de la méfiance et de l'insécurité est inquiétante. Il semble qu'elle soit actuellement une tentation pour de nombreux gouvernements européens, dans cette période d'instabilité liée au terrorisme et à la mondialisation des échanges. Ce choix évite de réfléchir aux problèmes d'intégration des populations immigrées et à la part de responsabilité de l'Occident dans la situation des pays en voie de développement – celle qui fait que des milliers de personnes sont prêtes chaque année à risquer leur vie pour rejoindre nos terres. Ce sont pourtant là les questions essentielles. Le fort mouvement associatif qui s'est créé autour de l'avant-projet de loi parviendra-t-il à les faire entendre, à mobiliser l'opinion, à voler à d'autres du temps de cerveau humain disponible pour démontrer que cette réforme exalte le pire et va produire l'inverse de ce qui est annoncé ? Il serait si bon d'y croire…

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