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Cet article est paru dans le Journal du sida n°184 (n°184 - Avril 2006)

 

Insertion professionnelle

L'ANPE à l'hôpital

L'hôpital de Perpignan fait venir tous les mois une conseillère ANPE dans son service de maladies infectieuses. Pour permettre aux patients d'entamer leur recherche d'emploi sans la crainte d'avoir à s'expliquer sur leur maladie et d'être mal jugés.

Quand j'allais à l'ANPE, les agents me prenaient pour un profiteur. Ils se disaient : "Celui-là, il travaille juste assez longtemps pour toucher ses indemnités". Avec la permanence de l'ANPE à l'hôpital, on n'a pas à justifier pourquoi on a été en arrêt pendant quatre ans. Ca fait un poids en moins. " Henri fait partie des premiers patients du service de maladies infectieuses de l'hôpital de Perpignan qui ont bénéficié d'un projet de soutien à l'insertion ou à la réinsertion professionnelle, mis en place par le centre hospitalier en partenariat avec l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE) des Pyrénées-Orientales. Il n'a pas réussi à obtenir, comme il l'aurait souhaité, un stage de formation au métier de taxi, mais il travaille aujourd'hui en intérim comme chauffeur – un métier qu'il a exercé dans sa jeunesse. Permettre aux patients de dépasser l'appréhension qu'ils ressentent souvent à l'idée de se rendre à l'ANPE, telle est l'idée de départ de ce projet initié par Marie-Paule Horras, l'assistante sociale du service de maladies infectieuses. Elle se souvient : " Un patient tout à fait apte à travailler m'avait dit que lorsqu'il allait à l'ANPE, on lui demandait s'il y avait des activités qu'il ne pouvait pas faire. Il ne disait rien de peur qu'on lui demande des explications. Du coup, il ne répondait pas à certaines des offres qui lui étaient proposées et il finissait par être radié des listes ". Pourtant, pour des patients vivant souvent dans des condi-tions précaires et isolés socialement, retrouver du travail peut être salvateur, en termes d'équilibre personnel et d'observance des traitements. L'hôpital de Perpignan s'est donc tourné vers l'ANPE des Pyrénées-Orientales. Ensemble, ils ont signé en janvier 2005 une convention d'un an qui soumet un conseiller ANPE à une clause de confidentialité et l'engage à tenir une permanence mensuelle à l'hôpital.

Les contre-indications sur une fiche

L'installation de cette permanence dans le bureau d'un des médecins du service de maladies infectieuses a mis les patients demandeurs d'emploi très à l'aise. Le fait d'être détaché de l'ANPE a par ailleurs permis au conseiller d'accorder généralement un peu plus de temps à chacun d'eux qu'à l'agence, où la durée moyenne d'un premier entretien est de 30 minutes. Enfin, dans ce lieu, il est clair pour tout le monde que le conseiller ANPE sait que les demandeurs d'emploi souffrent d'une maladie. Mais personne n'a besoin d'en parler. " C'est très important face à une pathologie porteuse d'une forte charge symbolique ", note Marie-Paule Horras. Une fiche de suivi consignant les éventuelles contraintes liées au traitement du patient et les contre-indications médicales est remise à la conseillère avant le premier entretien. " Je base mes entretiens sur ces contre-

indications ; je n'ai pas besoin d'en savoir plus sur la maladie des personnes que je reçois ", note Isabelle Ferris, la conseillère à l'emploi actuellement en charge de la permanence.

Comme tout le monde

La plupart des patients rencontrés souhaitent obtenir un emploi à mi-temps. A cause de leur fatigabilité et parfois du fait qu'ils n'ont pas travaillé depuis plusieurs années – mieux vaut alors aller progressivement. Les outils utilisés pour les patients de l'hôpital sont exactement les mêmes que dans les agences ANPE. Un point auquel Marie-Paule Horras est très attachée. " Je m'interroge beaucoup sur l'intérêt de créer un dispositif spécifique pour les malades. Le but n'est pas, en effet, de les marginaliser encore plus, mais au contraire de les rendre autonomes. Dans ce projet, seul le début de la prise en charge est particulier : ce premier rendez-vous à l'hôpital est destiné à faciliter l'accès des patients au droit commun. " Après avoir cerné leurs besoins et les stratégies à mettre en œuvre, Isabelle Ferris met les demandeurs d'emploi en relation avec un prestataire de l'ANPE. Un référent ANPE leur est également attribué, dans l'agence dont ils dépendent. Celui-ci dispose de leur dossier, dans lequel leurs contraintes professionnelles ont été consignées. Les patients reviennent donc dans un dispositif ANPE classique. La nécessité, pour la plupart, de trouver un mi-temps les conduit souvent à s'orienter vers des contrats aidés ou des formules souples comme l'intérim. Beaucoup de patients, parce qu'ils sont jeunes et n'ont aucune formation, se voient par ailleurs proposer un accompagnement à l'emploi (prestation d'aide à la recherche d'emploi, sur trois mois).

Relancer la machine

En septembre 2005, 10 femmes et 18 hommes âgés de 27 à 56 ans avaient bénéficié du dispositif. Certains suivaient encore un service d'accompagnement à l'emploi et parmi les autres, on comptait : une personne en Contrat emploi solidarité (CES) de 6 mois ; deux en missions Intérim ; une en CDI à temps partiel ; une travaillant par chèques emploi service et un CDI à temps plein. " Des résultats que le directeur de l'ANPE des Pyrénées- Orientales a jugés assez comparables à ceux de la population générale ", note Marie-Paule Horras. Isabelle Ferris relève surtout l'attitude très positive des personnes qu'elle reçoit en entretien : " Comme ce sont eux qui font la démarche de venir, ils sont plus prompts à adhérer aux solutions que je leur propose ". Les services d'accompagnement à l'emploi n'ont pourtant pas toujours été suivis jusqu'au bout. Parce que les personnes ont été malades ou parce qu'elles ont eu du mal à assumer les contraintes horaires – dans ce cas, l'assistante sociale essaie de trouver un compromis avec l'ANPE pour éviter leur radiation. Ce premier échec n'est alors souvent qu'un tremplin vers plus de succès. " Il y en a qui, après avoir abandonné une prestation, reviennent et la redemandent. Ca signifie qu'ils cheminent dans leur tête », remarque Marie-Paule Horras. C'est pour cela que l'ANPE a décidé de renouveler la convention avec l'hôpital en janvier 2006. " Ce dispositif mobilise un budget/temps par personne supérieur à celui que nous consacrons habituellement aux demandeurs d'emplois. Nous considérons toutefois qu'il est important de le maintenir parce qu'il apporte un service public en milieu hospitalier. Notre action aide en effet des personnes atteintes par la maladie à retrouver l'envie de se réinsérer socialement et professionnellement ", note Isabelle Ferris. Elle cite l'exemple d'un patient qui a suivi un accompagnement à l'emploi. Au bout des trois mois, il n'a pas trouvé de travail, dans un marché de l'emploi difficile. En revanche, l'homme a pris conscience du fait qu'il avait été traité comme tout le monde pendant cette prestation et qu'il avait lui aussi tant le droit que la capacité de travailler. " Ca a tout débloqué. Il a plus confi-ance en lui, il sait présenter sa candidature, et trouver un emploi n'est plus qu'une question de temps. Depuis lors, il a même rencontré une nouvelle compagne."

Laetitia Darmon

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