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Cet article est paru dans le Journal du sida n°196 (n°196 - Mai 2007)

 

Ressources humaines en crise

L'impact du sida sur les économies est d'abord un impact sur les hommes.

En redonnant chair aux études sur le sida, c'est-à-dire en faisant un focus sur la population active plutôt que sur les froides séries de chiffres du PIB, le bureau international du travail (BIT), dans son dernier rapport (VIH/sida et travail, 2006), a mis l'accent sur une réalité essentielle. Si les économies des pays sont fragilisées par la pandémie du VIH/sida, c'est d'abord parce que ce sont les femmes et les hommes dans leur pleine activité, entre 15 et 49 ans, qui sont les plus touchés. Dès lors, les forces vives des pays sont menacées dans leur existence mais aussi dans leur possibilité de protéger leurs enfants et de transmettre aux futures générations leurs propres valeurs, croyances, savoirs et savoir-faire. Ce qui mine le processus de construction du « capital humain », observe l'organisation internationale.

Or une fois de plus, la pathologie touche les plus fragiles. Notamment les pays d'Afrique subsaharienne à faible revenu ou dont le taux de morbidité imputable au VIH/sida est élevé. Le sida s'attaque en priorité au soubassement économique de chaque société : le ménage, autrement dit la plus petite unité de production. Avec la maladie, commence la spirale descendante : perte d'emploi, frais médicaux qui absorbent le budget familial, sous-alimentation, déscolarisation des enfants, perte du logement… Les femmes continuent d'assumer la charge la plus lourde, mais sans disposer des droits (héritage, pouvoir de chef de famille) qui leur permettraient de vivre et de soutenir leur famille dans des conditions décentes après le décès de leur mari.

Parallèlement, le virus se faufile dans tous les domaines de la vie publique et privée, d'où l'importance de raisonner en termes de « ressources humaines » sur le « lieu de travail ». Le principe de sécurité alimentaire se trouve menacé par la diminution du nombre des petits exploitants agricoles et des surfaces cultivées. Les infrastructures sanitaires et éducatives sont encore affaiblies par une pénurie accrue de leurs agents de terrain et administratifs. Cette crise des ressources humaines atteint aussi le vaste monde des entreprises. Les plus importantes d'entre elles, qui ont un peu plus les moyens de réagir, ont fini par comprendre la gravité de la situation. Coalisées pour mieux lutter contre la pandémie, elles pallient par des systèmes de santé et d'assurance privés l'absence de réponse adaptée du secteur public. Dessiné ainsi, le tableau est noir, certes. Car le sida conduit toujours à pointer du doigt les problèmes sociopolitiques les plus profonds. Mais il permet de comprendre la situation et de mettre l'accent sur ce que défend âprement le BIT : l'urgence d'« une expansion rapide de l'accès au traitement pour les millions de travailleurs séropositifs ».

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