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Cet article est paru dans le Journal du sida n°197 (n°197 - Juillet 2007)

 

Histoires de couples

Il fallait bien leur trouver un nom. Comme si l'échec était leur seule issue, ces couples ont d'abord été qualifiés de « sérodiscordants ». Puis, la discorde a fait place à la différence. C'était mieux. Mais en mettant en avant la « sérodifférence » pour nommer ces histoires à deux, le langage propulse le virus au centre de relations chaque fois singulières, tissées de bien d'autres différences que celle qui va du plus au moins de virus. Oui, les couples sérodifférents sont avant tout des couples, avec leur histoire, leurs projets, leurs désaccords, leurs désirs, la communication et la confiance qu'ils parviennent ou non à créer.

Un jour, avant qu'ils ne sortent ensemble, quelques mois après leur premier baiser ou bien plus tard dans la relation, le virus de l'un a fait irruption parmi eux. Souvent avec fracas, mais pas toujours. Il n'y a pas de règle en la matière, juste des processus de création à deux. Entre eux, le virus n'est ni accessoire, ni essentiel. Il est une donnée importante, une donnée avec laquelle certains parviennent à composer, d'autres moins. Il ne s'agit pas de minimiser le rôle du VIH dans les couples sérodifférents, mais de redonner au virus sa place – complexe – dans ces relations humaines. Une fois ceci posé, derrière le virus se profilent la douleur d'une histoire de contamination, qui pèse parfois sur le couple, la nécessité de faire le deuil d'une sexualité non protégée, la confrontation à la maladie, à l'idée de la mort, au risque de la transmission du VIH à l'aimé et à l'enfant à venir, le quotidien avec la fatigue, la tentation du conjoint séronégatif d'avoir de l'énergie pour deux, le sentiment de solitude. Et puis aussi, quand le couple tient bon, la complicité de ceux qui ont traversé ensemble des épreuves, la capacité décuplée de profiter de l'instant présent, d'aller à l'essentiel. Plusieurs couples ont accepté de partager un peu de leur histoire avec les lecteurs du Journal du sida, d'en confier les joies et les difficultés. Avec souvent l'envie de dire à d'autres : « Regardez, c'est possible, n'ayez pas peur. » Beaucoup expriment combien il leur a été utile de discuter avec d'autres couples, pour sortir de l'isolement et obtenir des réponses à leurs questions ; ou de bénéficier d'un suivi psychologique à un moment donné de leur relation. Quelques lieux de parole pour ces couples commencent à voir le jour, mais ils restent trop rares. Et les partenaires séronégatifs de personnes séropositives constatent qu'ils ne sont pas toujours les bienvenus dans les groupes de parole organisés par les associations. Comme si le petit monde de la lutte contre le sida, pourtant moteur sur tant d'enjeux cruciaux, n'avait pas encore pris la mesure de la réalité de ces couples.

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