Hépatites actualité n°6
Hépatite B : Complications post-vaccinales : deux études en forme d'alibi
Deux articles parus récemment dans le New England Journal of Medecine concluent à l'absence de lien de causalité entre vaccination anti-hépatite B et scléroses en plaques ou maladies auto-immunes. Les doutes émis quant aux méthodologies, laissent cependant le débat ouvert.

Depuis plusieurs années, on soupçonne le vaccin anti-hépatite B de provoquer des scléroses en plaques (SEP), voire d'aggraver les effets de cette pathologie chez des personnes déjà atteintes. Fort à propos, deux nouvelles études, l'une européenne et canadienne (1), l'autre américaine (2) parues dans le New England Journal of Medecine prouvent, selon leurs auteurs, l'innocuité du vaccin anti-hépatite B.

La première, épidémiologique, a été coordonnée par le Pr Christian Confavreux (Hôpital neurologique et neuro-chirurgical Pierre Wertheimer, Service de Neurologie A, Lyon) et financée par une subvention des laboratoires Aventis Pasteur et Aventis Pasteur MSD. Conduite dans six centres européens (Bordeaux, Lyon, Rennes, Toulouse, Barcelone et Bâle), elle a consisté à identifier, dans un premier temps, 643 malades ayant eu une poussée de SEP confirmée par une consultation neurologique entre 1993 et 1997, et pas d'autre poussée dans les douze mois précédents. Dans un second temps, elle a comparé les données obtenues à celles liées aux différentes vaccinations reçues par ces mêmes personnes entre 1992 et 1997. Sur les 643 patients présentant une rechute de SEP, 15 % avaient été vaccinés dans les 12 mois précédents.

Sur l'ensemble des patients 2,3 % avaient été vaccinés dans les deux mois précédents (période de risque) comparé aux 2,8 % à 4 % qui avaient été vaccinés durant l'une ou l'autre des quatre périodes de contrôle. Le risque relatif de rechute associé à une exposition à une vaccination durant les deux mois précédents était de 0,71 (avec un intervalle de confiance de 95 % compris entre 0,40 et 1,26). " Le nombre de vaccinations reçues dans les deux mois avant la poussée n'était pas différent de celui reçu dans les deux mois précédant cette période. Il n'y a pas d'augmentation du risque spécifique de rechute associé à l'hépatite B, affirme le Pr Christian Confavreux ". Il ajoute que " les résultats de [cette] étude montrent qu'il n'y a pas d'augmentation du risque de poussée à la suite d'une vaccination (quelle qu'en soit la nature) chez les malades atteints de sclérose en plaques et indemnes de poussée depuis plus de douze mois. Ces résultats généraux sont retrouvés pour des vaccins spécifiques comme la vaccination contre le tétanos, la grippe et l'hépatite B ". Plus encore, " ma conviction est qu'il n'existe aucune raison d'interdire aux malades de se faire vacciner ", conclut-il.

Un manque de preuves

La seconde étude menée par une équipe d'Harvard (Massachusetts, Etats-Unis) et coordonnée par le Pr Alberto Ascherio va dans le même sens. Elle n'a mis en évidence aucun lien entre vaccination anti-hépatite B et développement de scléroses en plaques. Co-financée par le laboratoire Merck, elle inclut deux cohortes rassemblant 238 371 infirmières. Elle compare les 192 cas de SEP inclus dans ces cohortes à ceux de 645 autres infirmières (dont 534 en bonne santé et 111 ayant un cancer du sein). Le risque de voir apparaître une première poussée de sclérose en plaques associé à une exposition au vaccin anti-VHB était de 0,9 (avec un intervalle de confiance de 95 % compris entre 0,3 et 1,8) chez les femmes ayant reçu le vaccin contre l'hépatite B à quelque moment que ce soit avant l'apparition de la SEP et de 0,7 chez celles l'ayant reçu dans les deux années la précédant. Pour les auteurs, ces chiffres prouvent l'absence de lien entre la vaccination contre l'hépatite B et le développement d'une SEP. Pourtant, les recherches continuent.

Récemment encore, par le biais de l'Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps) et de l'Agence européenne du médicament (Emea) les pouvoirs publics français et européens demandaient aux industriels d'exclure de la fabrication des vaccins un composé du mercure, le thiomersal, (Cf JdS n°128, septembre/octobre 2000) bien que sa toxicité ne soit pas prouvée. Une application du principe de précaution qui conduit à éliminer ce composant qui pourrait constituer une source de complications post-vaccinales.

ConfusionĀŠ et réserves

Malgré des titres rassurants, plusieurs articles parus notamment dans la presse nationale, ne manquent pas de s'interroger sur la crédibilité des résultats de ces deux études. Que répondre en effet aux critiques selon lesquelles associer différentes pathologies comme l'hépatite B, la grippe et le tétanos sans les distinguer, revient statistiquement à baisser les chiffres éventuellement significatifs, de chacune d'entre elles ? Pour le moins que l'étude y perd en précision... et ses conclusions peuvent susciter quelques réserves. Cet état de la science ne satisfait en tous les cas les attentes, ni des professionnels de la santé confrontés à des demandes régulières de vaccination ou de refus de la vaccination anti-hépatite B, ni des personnes qui déclarent avoir développé des complications post-vaccinales. A cette incertitude scientifique s'ajoutent les atermoiements des responsables de la Santé et ceux de l'Afssaps qui, dans un communiqué du 6 mars 2000, rappelaient que " le réexamen des données tant épidémiologiques qu'issues de la notification de pharmacovigilance ne permet pas de conclure sur l'existence d'une association entre la vaccination contre l'hépatite B et la survenue d'atteintes démyélinisantes ou d'affections auto-immunes ; [que] les résultats permettent d'exclure l'existence d'un risque élevé d'atteintes démyélinisantes ou d'affections auto-immunes associées à la vaccination contre l'hépatite B ".

Seule réserve, le même communiqué reconnaissait que " l'existence d'un risque faible d'atteintes démyélinisantes ou d'affections auto-immunes associées au vaccin contre l'hépatite B ne peut pas être exclue, notamment chez certaines personnes présentant des facteurs de sensibilité particuliers ".

Pour le Dr François Meyer, adjoint au directeur de l'évaluation des médicaments de l'Afssaps, même s'il s'agit de données scientifiques nouvelles, " la première expertise de ces études n'indique pas de conclusion modifiant l'analyse du rapport bénéfice/ risque de la vaccination anti-hépatite B. En ce sens, elles ne sont pas contradictoires avec les études antérieures ". A la question sur la crédibilité que l'on peut accorder à ces études, la réponse est nuancée : " Bien qu'apparemment rassurantes sur un éventuel risque de sclérose en plaques, ces études sont en cours d'analyse critique et d'évaluation auprès de différents experts de l'Afssaps. A priori, il n'a pas été relevé de biais majeur qui les ferait rejeter complètement. Toutefois, certaines caractéristiques, comme l'intervalle de temps considéré pour l'exposition au vaccin ou l'impact du choix d'une population aussi particulière que celles des infirmières pour réaliser l'étude cas-témoins, appellent des analyses plus fines ".

Le discours se veut rassurant, mais il laisse percer inévitablement un doute scientifique et une approche statistique du risque difficile à apprécier à titre individuel. " S'il y a une incertitude, confirmé mi-mots le Dr François Meyer, elle ne porte que sur l'existence d'un risque faible. L'hypothèse d'un risque élevé est rejetée par ces nouvelles études comme par les études précédentes ". Faible, mais en aucun cas inexistant.

Pour preuve, le courrier du Directeur général de la santé adressé au printemps 2000 en réponse à plusieurs professionnels de la santé demandant réparation du préjudice lié au développement de pathologies attribuées au caractère obligatoire, dans le cadre de leurs activités professionnelles, de la vaccination. Le Pr Lucien Abenhaïm reconnaît que " les experts de la commission ont considéré, en fonction d'une part, des dernières données de pharmacovigilance et épidémiologiques communiquées par l'Afssaps (...) et d'autre part, au vu des éléments figurant dans votre dossier qu'il existait un lien de causalité entre la vaccination anti-hépatite B que vous avez subie et votre état de santé ".

Des études plus ciblées par exemple un suivi rétrospectif de l'ensemble des personnes se déclarant victime de la vaccination anti-hépatite B - permettraient sans doute de répondre aux demandes dont il est difficile de contester la légitimité, voire la pertinence. A l'inverse, la publication d'études considérées comme méthodologiquement critiquables, entretient l'actuel climat de suspicion et, par là, un fort courant anti- vaccination.

 

1. Christian Confavreux, M.D., Samy Suissa, Ph.D. Patricia Saddier, M.D., Ph.D, Valérie Bourdès, M.D., M.P.H., and Sandra Vukusic, M.D., for the Vaccines in Multiple Sclerosis Study Group, New England Journal of Medecine, vol 344, N° 5, p 319, 1er février 2001.

2. Hepatitis B vaccination and the risk of multiple sclerosis, Alberto Ascherio, M.D., Dr Ph., Shumin M. Zhang, M.D., Sc. D., Miguel A. Hernan, M.D., Dr. P.H., Michael J. Olek, M.D., Paul M. Coplan, Sc. D., Kimberly Brododvicz, M.P.H., and Alexander M. Walker, M.D., Dr. P. H., New England Journal of Medecine, vol 344, N° 5, p 327, 1er février 2001

Alexandre Biosse Duplan
 

 



E
C L A I R A G E
Armelle Jeanpert, menbre du bureau du Réseau des victimes de la vacination contre l'hépatite B (REVAHB)


Les deux études que vient de faire paraître le New England n'apportent rien de nouveau. Contestables par le seul fait qu'elles sont toutes deux financées par des laboratoires, dont elles innocentent les produits, elles sont d'autant moins crédibles à nos yeux que leur méthodologie n'est pas exempte de critiques comme l'ont fait remarquer certains spécialistes. Pour notre part, nous pensons que les conclusions de la dernière commission de règlement à l'amiable des accidents vaccinaux (1) sont beaucoup plus importantes et significatives. Cette commission a reconnu "l'imputabilité directe" des complications post-vaccinales au vaccin anti-VHB pour cinq des quatorze dossier présentés, ce qui porte à vingt le nombre de cas reconnus en France depuis 1995. Il nous semble difficile de soupçonner de partialité une institution qui comprend un conseiller d'Etat et trois experts désignés par le ministre de la Santé et la Direction générale de la santé. Actuellement, plus de trois cents dossiers sont à l'étude.
Pour parvenir à une compensation des préjudices subis, il n'y a actuellement pour les victimes que deux voies ouvertes. Elles peuvent invoquer le responsabilité sans faute qui régit spécifiquement les vaccinations professionnelles obligatoires (article L 3111-9 du Code de la santé publique) ou porter leur affaire devant les tribuneaux. Pour pallier les insuffisances des textes en vigueur et en attendant que l'on puisse avoir, un jour peut-être, des certitudes scientifiques, il nous paraît urgent de créer un fonds d'indémnisation spécifique.

1. Commission du 8 juin 2000

 


le Journal du sida & de la Démocratie sanitaire n°133©mars 2001