Prépuce, sac à virus ?
12 SEPTEMBRE 2005
Depuis dix ans, on soupçonnait le rôle délétère du prépuce dans la contamination par le VIH, mais de manière indirecte, en constatant que dans les grandes villes africaines où les hommes sont majoritairement circoncis, ces derniers sont moins touchés. Une étude menée conjointement par une équipe de chercheurs français et d'Afrique du Sud (1), présentée au Congrès mondial du sida à Rio, IAC, (cf. p. 14), le démontre de façon plus explicite. Ce travail indiquerait une réduction de 70 % du risque de contamination par le VIH pour les circoncis par rapport à ceux qui ne le sont pas, et cela à l'occasion d'un rapport hétérosexuel avec une femme contaminée. L'étude a porté sur un groupe de 3 000 hommes séronégatifs, âgés de 18 à 24 ans vivant à Farm Orange, une township d'Afrique du Sud. Les chercheurs ont suivi ce groupe divisé en deux sous-groupes de taille égale, les uns circoncis, les autres pas. Au bout d'un an, dans le groupe 1, seuls 3 hommes étaient infectés par le VIH, contre 10 dans le groupe 2. Devant le résultat spectaculaire, l'enquête a aussitôt été arrêtée. Certains avancent une hypothèse biologique : la circoncision rend l'homme moins porteur de cellules de Langerhans, qui semblent être les plus susceptibles d'être infectées par le VIH, puis de le véhiculer dans l'organisme.
Pour autant, il faut rester très prudent devant ces travaux. Le Dr Isabelle Heard, gynécologue dans le service d'immunologie de l'hôpital Pompidou, à Paris, tempère : « Ce n'est pas une surprise. Il y a une hygiène supérieure chez les hommes circoncis. Ensuite, la peau du gland est moins fragile et donc moins susceptible d'être contaminée. Et quel message de prévention délivrer ? On ne peut pas dire aux hommes circoncis : “Vous n'avez pas de risques“, car il y en a un, même s'il est peut-être réduit. Enfin, cela ne concerne que les relations hétérosexuelles. » Par ailleurs, l'acte même de la circoncision peut comporter des risques : sa pratique courante avec le même instrument, sur une dizaine de nourrissons, est une source évidente de contamination.
Essai dirigé par le Dr Bertrand Auvert, chercheur à l'Inserm et à l'université de Versailles-Saint-Quentin.
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