Le curry de l'immunité
AVRIL 2007
Le curcuma est une épice jaune orangée de la famille du gingembre, qui entre dans la composition de la poudre de curry et qui provient de Curcuma longa dont le rhizome est séché et broyé. Cette plante est cultivée en Asie, Inde, Chine et autres pays tropicaux. Le curcuma est utilisé en cuisine, comme additif et pigment alimentaire. Depuis des millénaires, cette plante est également employée dans le sous-continent indien par la médecine ayurvédique pour traiter des maladies aussi variées que les rhumatismes, les maladies intestinales (vers, diarrhées), les fièvres, les troubles hépatiques et biliaires, les troubles urinaires, les dyspepsies, la constipation, les aménorrhées et en application locale pour traiter les troubles cutanés. Dans le système de médecine chinoise, elle est utilisée pour traiter l'angor, les maux d'estomac, les douleurs des règles et du post-partum et les calculs biliaires. Même à forte dose (jusqu'à 12 g par jour), il n'y a apparemment pas d'effets indésirables. Le principe actif essentiel du curcuma parmi les polyphénols curcuminoïdes de la plante, semble être la curcumine ou diferuloylméthane, non soluble dans l'eau mais très soluble dans l'éthanol.
Le curcuma est actif sur les cellules immunologiquement compétentes : modulation de la prolifération et de l'activation des lymphocytes T (CD4 et CD8), des lymphocytes B et des macrophages, modulation des lymphocytes CD8 cytotoxiques et des cellules sentinelles dendritiques.
Son activité sur les cytokines et les interleukines a aussi été exploré : il bloque le TNF α et module les interleukines (IL-1, IL-2, IL-6, IL-8, IL-10, IL-12) ainsi que les protéines TLR (Toll Like Receptors), les chémokines, les molécules d'adhésion et il inhibe la transcription du facteur nucléaire kappa B. Pharmacologiquement, dans des dizaines d'études, le curcuma a montré un effet marqué sur les enzymes inflammatoires, une activité antibactérienne, antivirale, antifongique, cicatrisante et anticancéreuse. Toutes ces activités de modulation sur les cellules immunologiquement compétentes et ces activités pharmacologiques diverses devraient se traduire en clinique par des effets sur des maladies comme l'Alzheimer, la sclérose en plaque, certaines maladies cardiovasculaires, le diabète, l'allergie, l'asthme, les maladies inflammatoires du côlon, l'arthrite rhumatoïde, le psoriasis, l'ischémie rénale, la sclérodermie, certains cancers et peut-être le VIH/sida.
Les effets cliniques du curcuma mériteraient d'être vérifiés par des études méthodologiquement correctes, avec un nombre de sujets adéquats et des critères appropriés. Car il existe très peu d'études cliniques avec le curcuma. Il semble peu probable d'obtenir un développement complet dans les indications mentionnées car le curcuma est un produit naturel, non brevetable, pas cher, mais que les démonstrations cliniques dans tous les domaines évoqués coûteraient une fortune. Il n'est pas très probable qu'un laboratoire pharmaceutique investisse dans ces études non rentables. Mais il est possible d'augmenter sa consommation de curry ou d'acheter des gélules de curcuma…
Jagetia G et col : « Spicing up » of the immune system by curcumin. Journal of Clinical Immunology 2007; aop: 1007/s10875-006-9066-7.
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