CD4 d'hier, CD4 d'aujourd'hui …
AOUT 2007
Une grande étude internationale (Journal of Infectious Diseases) montre que les patients séropositifs au VIH des années 2000 présentent une baisse initiale du taux de CD4 plus rapide que ceux des années 1980.
Cette étude, conduite par Maria Dorrucci et ses collègues, de l'Istituto Superiore di Sanita de Rome, avec une collaboration internationale (CASCADE, 22 cohortes
d'Europe, du Canada et d'Australie), semble confirmer ce phénomène. Les chercheurs ont étudié 5 271 patients dont ils ont pu estimer la date de séroconversion, calculée comme à mi-parcours entre le dernier test négatif et le premier positif. Alors que le taux de CD4 suivant la date de séroconversion est de 570 cellules/mm3 pour la période globale 1985-2002, ils observent une dégradation avec le temps, avec une baisse annuelle médiane de 6,61 cellules/mm3. Une fois séroconvertis, les patients des années 2000 présentent une baisse initiale plus rapide que ceux des années 1980. Comparés à ceux de la période 1985-1990, ceux de 1999-2002 ont ainsi 64 % plus de risques d'atteindre un taux inférieur à 500 cellules/mm3 avant deux ans, contre 47 % pour ceux de 1995-1998 et 26 % pour ceux de 1991-1994. Les chercheurs mettent à jour une évolution similaire en ce qui concerne la charge virale, avec une augmentation médiane de 0,035 log10 copies/ml chaque année, correspondant à une hausse annuelle d'environ 10 %. Selon eux, l'explication serait de nature virologique, et impliquerait le tropisme de certaines souches pour le corécepteur CCR5 et d'autres pour CXCR4. Présentes à la surface des lymphocytes T ciblés par le virus, ces deux protéines jouent toutes deux des rôles cruciaux lors de l'entrée du VIH dans la cellule, certaines souches utilisant la première, d'autres la seconde. Quand le patient progresse dans la maladie, les souches à tropisme CXCR4 prennent le dessus sur celles orientées vers le CCR5. Les trithérapies ayant permis un allongement de la durée de vie, les premières tendent dès lors à devenir plus abondantes dans la population séropositive, selon les chercheurs. Les patients nouvellement infectés auraient donc plus de risques de nos jours d'être infectés par des souches CXCR4 que par des CCR5, hypothèse qu'ils n'ont toutefois pas vérifiée au sein des personnes de l'étude. Or les souches CXCR4 étant plus pathogènes que les CCR5, avec une baisse plus rapide du taux de CD4, les patients infectés dans les années 2000 seraient dès lors plus susceptibles de voir leurs défenses immunitaires s'amoindrir rapidement.
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