La braderie Arcat
Un événement solidaire pour une cause nécessaire
A l'heure où la lutte contre le sida a du mal à se faire entendre, les braderies mode et décoration organisées depuis 14 ans par l'association Arcat au profit de cette cause remportent toujours un vif succès auprès du public. Entre solidarité et plaisir, recette d'une petite victoire sur l'indifférence...
Les braderies Arcat naissent en 1993, sur l'initiative du co-fondateur de la maison Yves Saint-Laurent, Pierre Bergé, alors président d'Arcat-Sida. Imaginant le projet d'une vente de solidarité au profit de la lutte contre le sida, il sollicite le milieu de la mode, particulièrement sensibilisé aux ravages de l'épidémie. La mobilisation des plus prestigieuses maisons de haute couture assure immédiatement à l'événement un grand succès.
Mode solidaire
u fil du temps, les braderies prennent de l'ampleur, avec l'organisation de deux éditions annuelles – l'une en automne, l'autre au printemps (1) –, la participation de tous les milieux de la mode, du luxe au prêt-à-porter en passant par la jeune création et l'ouverture à l'univers de la décoration et du design. Offerts par les créateurs à l'association Arcat et proposés au public à prix réduits, les quelque 10 500 articles vendus à chaque édition permettent de récolter en moyenne 200 000 euros par an. « Je reste frappée par l'enthousiasme suscité par nos braderies, le concept plaît et le milieu de la mode nous aide beaucoup, se réjouit Emilie Pachéco, responsable de l'événement. La liste de nos donateurs s'étoffe chaque année. » Parmi les plus fidèles et les plus généreux d'entre eux, la créatrice Agnès b, impliquée depuis très longtemps dans la lutte contre le sida. « Agnès b tient à s'engager auprès d'associations qui luttent, comme Arcat, depuis les débuts de l'épidémie, indique-t-on au service presse de la maison Agnès b, qui s'investissent aussi bien dans la recherche et pour l'accès aux traitements que dans la prévention et l'information en direction du grand public. »
« Participer aux braderies m'apparaît comme une évidence, une obligation, témoigne de son côté le couturier John Galliano. Nous essayons de sélectionner quelques articles importants, en cuir ou en fourrure, qui pourront se revendre à un prix intéressant. » Les dons permettent de mettre généreusement à profit invendus et fins de collection. « Bien que nos stocks restent limités, il me semble important d'apporter une petite contribution à une cause majeure, explique pour sa part Liza Korn, jeune créatrice. Nous offrons parfois des prototypes. L'intérêt des braderies Arcat réside dans le choix possible entre articles communs et d'autres plus singuliers. »
L'attrait des braderies repose principalement sur la présence de grands noms de la création et du design, de marques de prêt-à-porter connues. Le monde de la mode, souvent considéré comme futile et superficiel, montre ici qu'il peut aussi être solidaire en se mettant – encore aujourd'hui – au service d'une cause qui concerne de plus en plus un public précaire, très éloigné des paillettes et des défilés.
Se faire plaisir en faisant du bien
Le principe des braderies semble plaire au public, ainsi qu'en témoigne le nombre de visiteurs, entre 4 000 et 5 000 personnes lors de chaque édition, en majorité des femmes, âgées en moyenne de 20 à 40 ans, motivées par l'opportunité de pouvoir s'offrir des articles de haute couture à des prix attractifs, la perspective de découvrir des pièces uniques et des créations originales, ou tout simplement l'occasion de réaliser de bonnes affaires, tout en participant à une cause généreuse. Illustration parfaite de l'adage « allier l'utile à l'agréable »… Les messages de communication diffusés en direction du public reposent sur ce principe. « Nous insistons sur l'achat utile, qui permet de se faire du bien et de faire du bien, souligne Emilie Pachéco. Les braderies représentent par ailleurs l'occasion de diffuser plus largement nos messages d'information et de prévention, en installant sur le lieu de vente un stand de sensibilisation à nos actions et à la lutte contre le sida. »
Le relais assuré par les médias participe au succès de l'événement et des partenariats se développent, avec des journaux, des magazines, des sites Internet ou encore des radios qui offrent des espaces au visuel de l'événement, an-noncent les braderies, avec pour contrepartie la présence de leur logo sur les supports de communication. « Le système des braderies nous intéresse beaucoup, explique Stéphanie Hautville, éditrice déléguée des magazines Technikart et Technikart Mademoiselle, partenaires à plusieurs reprises des braderies Arcat. Ce type d'événement correspond parfaitement à notre lectorat, composé essentiellement de jeunes urbains, âgés de 25 à 35 ans, “bobos”, qui ne prendront pas forcément l'initiative de faire un chèque à une association mais se montrent en revanche très sensibles au message “se faire plaisir en faisant du bien” et n'hésitent pas à dépenser beaucoup pour des pièces de créateurs, au profit d'une bonne cause. »
Espaces de communication offerts, prêt de la salle de vente, dons des créateurs : les braderies constituent un événement fédérateur. « Nos braderies ne connaîtraient pas un tel succès sans la mobilisation de toutes les bonnes volontés, insiste Emilie Pachéco. Et particulièrement sans l'aide précieuse de tous nos bénévoles. »
Donner du temps
De soixante à quatre-vingts bénévoles participent, lors de chaque braderie, à l'agencement de la salle, à la gestion des stocks et assurent le bon fonctionnement de la vente. Des personnes de tous horizons, qui donnent de leur temps. « Nous avons constaté que l'événement plaît beaucoup aux bénévoles et qu'ils s'investissent énormément », remarque Emilie Pachéco.
Un groupe de bénévoles retraités aide les organisateurs en amont, participe à la collecte des dons, à leur tri et leur étiquetage, et gère des stands sur le lieu de vente, durant la totalité de l'événement. Parmi eux, Françoise, qui s'occupe du stand de la décoration depuis deux ans, se dit « heureuse de retrouver la même équipe à chaque fois » et aime « particulièrement cet événement chaleureux et animé ».
Des salariés deviennent également bénévoles, via, entre autres, la Fondation Axa Atout Cœur, qui permet à des employés de participer à des événements caritatifs. « La lutte contre le sida est une cause qui me touche particulièrement, explique Pascal Bougault, bénévole d'Axa Atout Cœur pour les braderies Arcat depuis avril 2000. Je participe à la mise en place des stands avant l'ouverture au public et je m'occupe du vestiaire lors des journées de vente. J'apprécie particulièrement la bonne humeur qui règne et de retrouver d'une année sur l'autre et d'un événement à l'autre les mêmes personnes. » « Professeure d'arts plastiques, ce qui tourne autour de la création et des objets m'intéresse, confie Danielle Rabineau, qui s'occupe avec son époux de mettre en valeur, sur des mannequins, les pièces les plus prestigieuses offertes par les grands créateurs. Sans oublier le côté convivial de l'événement. On se prend vite au jeu de la vente et ces trois journées offrent la possibilité de rencontrer un panel très diversifié parmi la clientèle, des fous de fringues, des costumiers, des personnes disposant de petits moyens. »
Nicolas Maalouly milite pour sa part depuis de nombreuses années dans la lutte contre le sida. « J'ai connu les braderies en tant que client et j'ai rapidement eu envie de m'investir davantage, d'y participer comme bénévole, raconte-t-il. J'aime communiquer avec les gens, les conseiller. Je fais toujours en sorte qu'ils prennent conscience des objectifs de ces ventes, je leur rappelle les enjeux de l'événement et s'ils tentent de négocier ou s'étonnent d'un prix, je mets en avant le fait que la valeur de ces articles n'est pas uniquement marchande. »
A l'heure où la lutte contre le VIH/sida a du mal à se faire entendre du grand public, des événements de récolte de fonds tels que la braderie d'Arcat semblent devenus incontournables pour compléter des budgets associatifs que les seules subventions publiques ne suffisent pas à équilibrer. Dans ce type de projet, le fonctionnement dans l'échange, le donnant-donnant, garantit le succès bien davantage que le simple appel à la générosité. Dans une société centrée sur la consommation, il semble que cela reste le moyen le plus pragmatique et le plus efficace pour continuer à faire vivre des combats humanitaires.
Murielle Collet

