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SPÉCIAL RÉUNION INTERNATIONALE DE CONSENSUS
SUR LA VACCINATION CONTRE LE VHB
Les vaccins au coeur des débats
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De la pharmacovigilance à la prédisposition génétique, les hypothèses sur le lien entre vaccination et complications ont été plus nombreuses que les vérités scientifiques. Le débat continue.

Pour synthétiser les enjeux du débat sur la vaccination anti-VHB, le jury devait répondre à quatre questions posées par le comité d'organisation :
• quel en est l'intérêt du point de vue de la santé publique ?
• en évaluer le rapport bénéfice-risque ;
• définir les populations cibles de la vaccination ;
• modalité et mise en ceuvre.
Très critique quant à l'attitude franaise, l'OMS, par la voix de son représentant le Dr Philippe Duclos, réplique que « la pharmacovigilance des vaccins mise en place par le GACVS (1) au sein de l'OMS ne démontre pas suffisamment de liens entre la vaccination et les pathologies attribuées (arthrite rhumatoïde, diabète, pathologies démyélinisantes dont la sclérose en plaques, la fatigue chronique et plus récemment la lymphoblastique aiguë et la myofasciite à macrophages) ». II pointe dans les déclarations de complications post-vaccinales, de nombreux biais méthodologiques, invalidants à ses yeux, et rencontre un écho à l'Inserm en la personne de Dominique Castogliola, épidémiologiste. Cette dernière confirme en effet que « la médiatisation des effets secondaires attribués au vaccin crée un énorme biais de notoriété qui risque de fausser le recueil des données ». Tout au plus le D' Philippe Duclos suggère-t-il qu'un lien entre vaccin et myofasciite à macrophages se concevrait plus aisément (cf. encadré p. 6). II ne peut d'ailleurs éviter de citer le thiomersal etl'hydroxyde d'aluminium, deux composants du vaccin régulièrement remis en cause. Quoi qu'il en soit, pour l'OMS, l'absence de lien épidémiologique invite à poursuivre la politique devaccination universelle prônée depuis 1992.
 
Lien causal ou cofacteur

Les pathologies déclarées découlent-elles ou non de la vaccination ? Les recherches existent, mais les résultats sont maigres. Prudent, le Pr Jean-Louis Imbs de l'hôpital Civil de Strasbourg avance « qu'il est impossible de démontrer aujourd'hui la présence comme l'absence d'un lien causal entre des atteintes démyélinisantes du système nerveux et la vaccination ». Quant au Pr Claire-Anne Siegrist de l'Université de Genève, elle invite d'emblée la communauté scientifique à la modestie : « Ce n'est pas parce que nous ne sommes pas aujourd'hui en mesure de démontrer un lien entre vaccination et certaines pathologies que nous ne pourrons pas le démontrer un jour. » Elle conclut également à l'absence de lien scientifique, mais n'exclut pas que le fait que « la vaccination constitue un cofacteur mineur non spécifique, déclenchant une activation qui serait survenue peu après [.] ». En somme, « une association temporelle fortuite ». Sur le terrain immunologique, le Pr Liblau, de l'hôpital Purpan à Toulouse, ne relève pas davantage de sclérose en plaques chez les personnes vaccinées. Mais il insiste sur « la marge d'incertitude et n'écarte pas une augmentation modeste du risque de fréquence d'affections neurologiques inflammatoires ». Quant au terrain génétique, le Dr Catherine Lubetzki de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris convient qu'il est « difficile de définir des populations à risques sur la base de critères génétiques ».
 
Controverses associatives

Curieusement, c'est entre associations de patients que les débats entre pro et anti-vaccinations sont les plus virulents. S'opposent, témoignages à l'appui, les victimes indirectes de la vaccination et malades atteints d'hépatite B qui auraient souhaité en bénéficier. En ce sens, Michel Bonjour, président de la fédération SOS Hépatites rappelle « la détresse de malades auxquels s'offrent peu de traitements et qui ne sont pas toujours efficaces dans la durée ».

A l'issue des débats sur les risques vaccinaux, le président du jury conclut provisoirement que si, ni la pharmaco-vigilance, émettrice d'alertes, ni l'épidémiologie ne démontrent de lien causal entre vaccin et complications, des mécanismes théoriques paraissent plausibles, mais manquent d'arguments expérimentaux pour les appuyer.

Concernant les enfants, le jury pointe le manque d'études sur les atteintes neurologiques qui ne permet pas de conclure ; quant aux adultes, il n'exclut pas « un lien de faible ampleur ».  
Couverture vaccinale : la France, maillon faible

La diversité des modes de transmission du VHB pose dès le départ cette épidémie comme un enjeu mondial. En 1992, l'OMS a recommandé la vaccination universelle contre le VHB. En 2002, 135 pays sur 211 l'ont intégrée dans leurs schémas vaccinaux. En Europe, en 2001, 41 pays sur 51 avaient concocté un plan de vaccination universelle. Les taux de couverture vaccinale varient d'une région du monde à l'autre, mais aussi, selon les politiques menées, d'une génération à l'autre. Les Etats- Unis et le Canada présentent ainsi chez les enfants de moins de deux ans une couverture de 90 %, tandis que la France oscille, selon les sources, entre 20 et 28 % pour 17 millions de vaccins administrés. Un chiffre d'ailleurs controversé : pour les uns il se traduit en un certain nombre de personnes effectivement immunisées, pour les autres il indique le nombre de schémas vaccinaux initiés mais par pour autant achevés. Autrement dit son efficacité quantitative serait moindre que qualitative. En France toujours (2), on considère que 30 millions de résidents ont été vaccinés dont 10 millions d'enfants de moins de 15 ans et 2,4 millions de nourrissons, soit un taux moyen de 14 %, chiffre que le Dr François Denis juge « très insuffisant ». Citée en exemple par le Dr Elizabeth Delaroque-Astagneau de l'InVS (Institut national de Veille Sanitaire), l'Italie présente en effet une forte couverture vaccinale de 89 à 100 % des nourrissons et de 70 à 98 % des adolescents. En accord avec la politique nationale de vaccination actuelle, le jury privilégie les nourrissons, sous réserve que l'intérêt en soit expliqué à la population, le rattrapage vaccinal des moins de 13 ans, tout en reconnaissant la nécessité de travaux complémentaires, les nouveau-nés de mères contaminées par le VHB et les groupes à risques (homosexuels, partenaires multiples, personnel de santé, etc.). Quant aux femmes enceintes, le dépistage obligatoire de l'antigène HBs, associé à la recommandation depuis 1991 de sérovaccination du nouveau-né, évite entre 725 et 1500 infections chroniques. Le bilan de la politique vaccinale franaise laisse les experts perplexes. Le Dr' Anne-Claire Siegrist analyse ainsi la situation de notre pays : « La France est le seul pays à avoir vacciné autant d'adultes. D'autres pays ont vacciné massivement, mais en ciblant les enfants et les adolescents. » Lapidaire, le Pr Patrick Marcellin traduit: « En France, nous avons trop vacciné, et trop vite. »
 
Alexandre Biosse Duplan

(1) Global advisory committee on vaccine safety, groupement de travail consacré à la pharmacovigilance des vaccins

(2) Chiffres fin 2002
 
3 questions à Patricia Ballé
Présidente de l'association E3M
(entraide aux malades de myofasciite à macrophages)
Quelle pathologie représente votre association ?

La myofasciite à macrophages (MMF), une myopathie inflammatoire acquise à la diffé- rence des myopathies génétiques, identifiée en 1998. Douleurs musculaires et articulaires, faiblesses musculaires, asthénie et fièvre en constituent les symptômes. 

Quel lien faites-vous avec la vaccination ?

A l'origine de la MMF, nous incriminons l'hy- droxyde d'aluminium utilisé comme adjuvant dans les vaccins anti-VHB et que des biop- sies musculaires au point de vaccination font apparaître dans l'organisme. On nous signale aujourd'hui de nouveaux cas dans toute l'Europe, aux Etats-Unis, en Asie, en Afrique du Nord.

Rejetez-vous la vaccination anti-VHB ?

Avant tout, nous demandons la reconnaissance de ses effets indésirables. Mais nous en reconnaissons parfaitement les bienfaits auprès de la population générale. Actuellement, la sensation qu'une partie de l'information est occultée fait persister le doute tant chez les patients que chez les médecins. Nous souhaitons donc une meilleure lisibilité du message d'incitation à la vaccination. Enfin nous prônons la dis- ponibilité rapide de vaccins sans alumi- nium. Espérons que personne ne sera tenté d'écouler les stocks disponibles...

Propos recueillis par A. B. D.



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