Hépatite C
L'actualité des traitements
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Lors du congrès « VIH
et foie » qui s’est tenu à Marseille
en novembre 2003, Marc Bourlière (1) a passé
en revue l’essentiel de l’actualité
thérapeutique de l’hépatite C au
lendemain du congrès de l’AASLD 2003. Tour
d’horizon des études cliniques en cours.
BILN 2061 : c'est fini !
La molécule BILN 2061 des laboratoires Boehringer
suscitait beaucoup d’espoir depuis la publication
en 2002 de résultats d’efficacité
impressionnants montrant une baisse de la charge
virale de 2-3 log après seulement 48 heures
de traitement (cf. JDs n°161). En 2003, l’efficacité
virologique de BILN 2061 se confirmait chez les
patients cirrhotiques porteurs du génotype
1 et
non-répondeurs à l’interféron
(1). Mais, quelques mois plus tard, les études
d’administration de BILN 2061 sur une période
prolongée ont été suspendues
dans l’attente de données complémentaires
de toxicologie. En effet, après avoir reçu
des doses élevées de BILN 2061, des
singes ont manifesté des troubles cardiaques.
Aujourd'hui, le traitement de référence de l'hépatite C chronique est la bithérapie interféron pégylé (PEG-IFN) + ribavirine. Il est indiqué chez les personnes atteintes d'une hépatite C histologiquement prouvée (score Métavir = A2 ou = F2) et ayant un taux de transaminases élevé. L'efficacité de cette bithérapie varie considérablement en fonction du génotype du virus : alors que pour les génotypes 2, 3 ou 4, le traitement par PEG-IFN + ribavirine pendant 24 semaines (génotype 2 ou 3) ou 48 semaines (génotype 4) permet d'obtenir une réponse virologique prolongée (RVP) chez environ 80 % des patients, pour le génotype 1, l'association PEG-IFN pendant 48 semaines n'est efficace de façon prolongée que chez environ 50 % des patients. Globalement, tous génotypes confondus, le nombre de non-répondeurs est égal à 35 % et celui des répondeurs rechuteurs est de 10 % (2). Dans ce contexte, de nombreuses questions restent posées et font l'objet d'études cliniques en cours. Etat des connaissances selon le Dr Marc Bourlière, d'après une sélection d'études récentes.
Doit-on traiter les patients dont le taux de
transaminases est normal ?
Dr Marc Bourlière : Une étude randomisée
multicentrique (3) effectuée sur 491 patients montre
que ce traitement est possible et que la bithérapie
PEG-IFN+ribavirine a une efficacité virologique comparable
chez les personnes à transaminases normales ou élevées.
La durée du traitement doit rester la même (en fonction
des génotypes). Les effets secondaires, quant à eux,
sont habituels mais ils s'avèrent être moins fréquents
chez les patients à transaminases normales.
Comment améliorer la réponse des patients porteurs
du génotype 1 ?
Dr M. B. : Plusieurs études ont cherché
à évaluer le traitement optimal, son dosage et sa durée
chez ce type de patients. Une large étude randomisée
française (4) confirme la supériorité (en termes de
RVP, de taux de rechute et de taux d'échappement) de
la bithérapie pégylée pendant 48 semaines sur la monothérapie
Pegasys® malgré une moins bonne tolérance. Selon deux
autres études randomisées (5 et 6), la dose optimale
de PEG-IFN a-2b associée à la ribavirine serait celle
utilisée actuellement de façon standard, soit 1,5 µg/kg/semaine
: une dose plus faible (0,5 µg/kg/semaine) induit une
diminution significative de la RVP chez les patients
ayant un score Métavir = 3, tandis qu'une
dose plus forte (3 µg/kg/semaine) ne conduit pas
à une meilleure réponse virologique (résultats intermédiaires
à 12 semaines) et est responsable d'une réduction de
posologie du PEG-IFN a-2b plus fréquente. L'intérêt
d'augmenter le nombre d'injections à 1,5 µg/kg/semaine
n'a cependant pas été évalué dans ces deux études et
reste à déterminer. Enfin, une étude allemande (7) visant
à évaluer l'efficacité de la bithérapie sur une durée
prolongée (72 semaines) met en évidence une adhérence
médiocre des patients (42 % d'arrêts de traitement)
qui affecte considérablement le taux de RVP. L'analyse
des personnes n'ayant pas arrêté prématurément leur
traitement tend à montrer que la prolongation du traitement
pourrait constituer un gain pour ce groupe de patients.
Quelle durée de traitement pour les génotypes
2 et 3 ?
Dr M. B. : La comparaison historique
entre des résultats présentés à l'AASLD (8) et une étude
plus ancienne confirme que la durée optimale de traitement
par bithérapie des patients porteurs des génotypes 2
ou 3 est de 24 semaines : la prolongation du traitement
combiné jusqu'à 48 semaines ne permet pas d'améliorer
la RVP mais est associée à des réductions de doses et
des arrêts de traitement plus fréquents. De façon intéressante,
cette étude a pu mettre en évidence des facteurs prédictifs
de réponse. Ainsi, la RVP est liée à une faible virémie,
à une faible stéatose et à une durée de traitement supérieure
à 16 semaines.
Quel traitement pour le génotype 4 ?
Dr M. B. : D'après plusieurs études,
le traitement induisant la meilleure RVP est le PEG-IFN
associé à des doses fortes de ribavirine (1000-1200
mg/j) pendant 48 semaines.
Que faire chez les rechuteurs et les non- répondeurs
à l'association IFN/ribavirine ?
Dr M. B. : La moitié des patients
ayant rechuté après un traitement par IFN a standard/ribavirine
répondent à une bithérapie PEG-IFN a-2b/ribavirine (9).
De plus, chez 30 % des malades, une régression de la
fibrose hépatique est observée, quelle que soit leur
réponse virologique. Par ailleurs, l'intérêt d'une trithérapie
associant l'amantadine à IFN/ribavirine et à PEG-IFN/ribavirine
a été évalué dans deux études indépendantes qui livrent
des résultats contradictoires. Si, dans une des études
(10), 42 % des patients (tous génotypes confondus) ont
une RVP en fin de traitement par PEG-IFN + ribavirine+amantadine,
dans l'autre étude, les auteurs ne rapportent aucune
différence de RVP entre les personnes traitées par la
bithérapie et celles recevant la trithérapie (11). L'existence
d'un groupe particulier de patients répondant préférentiellement
à la trithérapie pourrait expliquer ces résultats discordants.
Enfin, une étude randomisée effectuée sur 963 malades
non-répondeurs (12) a comparé trois posologies de PEG-IFN
a-2b (0,5 µg/kg/semaine, 1,5 µg/kg/semaine et 3 µg/kg/semaine)
associées à une dose fixe de ribavirine. D'après des
résultats préliminaires obtenus après 24 semaines de
traitement, 30 à 39 % des patients présentent une RVP.
En fin de traitement, l'élimination virale, qui atteint
20 %, est identique dans les deux groupes 1,5 µg/kg/semaine
et 3 µg/kg/semaine. Seules les diminutions de dose sont
plus fréquentes dans le bras 3 µg/kg/semaine.
Y a-t-il une place pour les autres interférons
?
Dr M. B. : Une étude mal documentée
(13) tend à montrer que l'interféron consensus (IFNc)
pourrait, à fortes doses quotidiennes, être supérieur
à la bithérapie pégylée, avec une RVP voisine de 60
% chez les porteurs du génotype 1. La tolérance de l'IFNc
serait similaire à celles des interférons pégylés. L'albuféron®
(protéine de fusion entre l'IFN a et l'albumine humaine),
qui possède une durée de demi-vie de 145 heures, semble
davantage porteur d'espoir. Dans une étude de phase
I/II de recherche de doses (14), chez 2 patients sur
6 ayant reçu une injection d'une dose unique de 500
µg, la charge virale a baissé de plus d'1 log et cette
réponse a persisté pendant plus de 14 jours. Les effets
indésirables ont été minimes à modérés et la pharmacocinétique
de l'albuféron® rendrait envisageable une injection
toutes les 2 à 4 semaines.
Quelles seront les molécules de demain ?
Dr M. B. : Suite à la suspension du
développement de l'antiprotéase BILN 2061 (cf. encadré
ci-dessus), les molécules actuellement testées chez
l'homme sont ISIS 14803, IDN-6556 et VX 497. Nous ne
reviendrons pas ici sur les deux dernières (cf.
JDs n°159-160 et 161) pour ne développer que l'antisens
ISIS 14803, dont les premiers résultats de phase II
sont maintenant disponibles (15). Chez 43 patients difficiles
à traiter (95 % de porteurs du génotype 1 et non-répondeurs
à l'IFN), ISIS 14803 a montré son efficacité : une réduction
de la charge virale supérieure à 1 log a été obtenue
chez 7 personnes et une réduction supérieure à 3 log
chez 3 patients. Néanmoins, la tolérance du traitement
est médiocre : syndrome grippal fréquent, deux cas d'effets
secondaires sévères (cryoglobulinémie avec glomérulonéphrite
et poussée cytolytique sévère). L'association d'ISIS
14803 avec le PEG-IFN et la ribavirine est actuellement
en cours d'évaluation chez des patients non-répondeurs
après 12 semaines de traitement.
Propos recueillis par Sandrine Nouet
(1) Marc Bourlière est chef du service
d'hépato-gastro-entérologie de l'hôpital Saint- Joseph
à Marseille.
(2) Hépatite C. Du dépistage au traitement.
Questions et réponses. Document à l'usage des patients,
édité et diffusé par le CFES, 2001.
(3) Zeuzen S et al. Hepatology 2003,
38: 208A.
(4) Bronowicki JP et al. Hepatology
2003, 38: 244A.
(5) Abergel A et al. Hepatology 2003,
38: 324A.
(6) White CL et al. Hepatology 2003,
38: 321A.
(7) Berg T et al. Hepatology 2003,
38 : 317A.
(8) Zeuzem S et al. Hepatology 2003,
38: AASLD 2003 LB abstract.
(9) Portal I et al. Hepatology 2003,
38: 311A.
(10) Fargion S et al. J Hepatol 2003,
38: 139.
(11) Maynard M et al. GCB 2003, 27
: 755.
(12) Gross JB et al. Hepatology 2003,
38 : 312A.
(13) Kaiser S et al. Hepatology 2003,
38 : 302A.
(14) Balan V et al. Hepatology 2003,
38 : 307A.
(15) Gordon SC et al. Hepatology
2003, 38 : 306A
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