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Hépatite C et alcool
L'association à hauts risques
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Les interactions entre l’alcoolisme
et l’hépatite C sont nombreuses et importantes.
Elles peuvent concerner l’épidémiologie,
la réplication virale, les lésions histologiques
du foie, l’évolutivité de l’hépatite
C, la pharmacologie des médicaments antiviraux
et la réponse au traitement. Le docteur Gabriel
Perlemuter (1) fait le point sur ces différents
aspects.
En France, on peut compter 1500000 consommateurs excessifs
d’alcool et 600000 personnes infectées
par le VHC. L’association de ces deux pathologies
n’est donc pas rare, d’autant plus que les
toxicomanes (particulièrement exposés
à une contamination par le VHC) ont également
souvent recours à l’alcool, que leur toxicomanie
soit actuelle ou passée. D’autre part,
la prévalence d’une sérologie anti-VHC
positive est plus grande chez les alcooliques.
La contamination par le virus du VHC est-elle
supérieure chez les patients souffrant d’alcoolisme
?
Dr Gabriel Perlemuter : Il est certain que
la prévalence de l’infection par le VHC
est élevée chez les sujets ayant une consommation
excessive de boissons alcoolisées, même
s’il n’existe pas d’explication claire,
pour l’instant, à cette augmentation. Les
études les plus récentes utilisant les
tests d’immunoblot recombinant (RIBA I et II)
et l’amplification génique par réaction
de polymérisation en chaîne (PCR) ont,
en tout cas, montré une prévalence significativement
plus élevée chez le patient ayant une
consommation excessive d’alcool que chez l’abstinent
[3 et 4] (2). Chez les alcooliques ayant une maladie
du foie symptomatique, la prévalence de l’infection
par le VHC est plus importante qu’en l’absence
de symptômes (43 % versus 10 %) [6].
Inversement, quand un patient alcoolique sait qu’il
est contaminé par le VHC, souvent il diminue
sa consommation [8]. Mais malheureusement, au moins
50 % d’entre eux continuent néanmoins à
consommer de l’alcool [9].
Connaît-on les effets de l’alcool
sur la virémie ?
Dr G. P. : L’alcool paraît augmenter
la virémie du VHC. Malheureusement, les études
ne donnent pas toutes des résultats clairement
interprétables et ce à cause de plusieurs
facteurs : des erreurs à l’interrogatoire
sur la consommation d’alcool qui est en effet
souvent minimisée par les malades ; des modifications
de la consommation au moment de l’entrée
dans les études ; un manque de puissance des
tests statistiques utilisés. Il est également
possible que certaines différences soient liées
aux tests employés pour la quantification de
la virémie. Seule une étude sous forme
de résumé a montré une corrélation
précise entre la consommation d’alcool
et la charge virale intrahépatique, celle de
Nogales et al. (3).
L’alcool a-t-il une influence sur la
réponse immunitaire ?
Dr G. P. : Les effets sont encore très
mal définis même si les études offrent
des indications. Plusieurs études chez l’animal
ont montré qu’une consommation excessive
d’alcool pourrait moduler la réponse immunitaire.
Geissler et al. ont constaté que chez les souris,
la consommation chronique d’alcool inhibait les
cellules T helper, l’activité cytotoxique
médiée par les lymphocytes et réduisait
la sécrétion des cytokines (interféron
g et IL-2) [23]. Ces effets immunosuppressifs régressaient
après le sevrage. De plus, la co-administration
d’un vecteur d’expression de l’IL-2
ou du GM-CSF avec de l’alcool restaurait l’immunité
à médiation cellulaire [23].
Très récemment, il a été
suggéré in vitro que la protéine
de capside du VHC et l’alcool pourraient tous
deux activer le facteur transcriptionnel NF-ÎB
(qui a un rôle majeur dans la réponse inflammatoire,
la régénération et la transformation
tumorale hépatiques), mais par des voies de signalisation
différentes [25].
Il semblerait que les effets de la capside du VHC et
de l’alcool soient additifs. Ils pourraient donc
induire une augmentation de la réponse inflammatoire
[25].
L’alcool joue-t-il un rôle sur
l’apoptose?
Dr G. P. : Une seule étude s’est
intéressée aux effets de l’alcool
sur l’apoptose des hépatocytes chez des
malades infectés par le VHC. Elle a montré
une augmentation significative de l’apoptose chez
les sujets consommant plus de 30 g d’alcool par
jour par rapport aux malades en consommant moins de
10. De plus, l’expression de Bcl-2, un inhibiteur
de l’apoptose, n’était pas retrouvée
chez les malades ayant une consommation élevée
d’alcool alors qu’elle était présente
chez les autres [4]. Toutefois, il faut souligner que
l’activation de NF-ÎB décrite sous
l’effet de la capside du VHC et de l’alcool
pourrait théoriquement avoir pour conséquence
d’inhiber l’apoptose [25].
Peut-on considérer que la consommation
d’alcool intervient sur l’élévation
des enzymes hépatiques et les lésions
histologiques au cours de l’hépatite chronique
C ?
Dr G. P. : La majorité des publications
est en faveur d’un rôle aggravant de la
consommation d’alcool dans l’évolution
de l’infection chronique par le VHC. Les mécanismes
de cette aggravation ne sont pas encore élucidés.
En ce qui concerne les enzymes hépatiques, une
majorité d’études montre une tendance
à une élévation de l’activité
sérique de l’alanine aminotransférase
(ALAT) chez les malades infectés par le VHC et
ayant une consommation excessive d’alcool. Toutefois,
d’autres études ne retrouvent pas de différence.
Katakami et al. ont montré que l’activité
de l’ALAT était significativement plus
élevée chez les malades ayant une consommation
modérée d’alcool et un taux élevé
d’anticorps anti-VHC (= 212) par rapport aux malades
ayant un taux d’anticorps anti-VHC inférieur
à 212 [27]. Ohta et al. ont rapporté des
résultats voisins dans une autre étude
[28].
Comme pour la virémie, il apparaît que
l’arrêt de l’alcool chez des malades
en consommant plus de 30 g par jour entraînait
une diminution de l’activité de l’ALAT
[17]. Cette amélioration n’apparaissait
que pour des consommations notables d’alcool de
plus de 10 g/jour [17]. Toutefois, Khan et al. n’ont
pas retrouvé de différence du taux de
l’activité de l’ALAT en cas d’infection
virale C entre des sujets consommant plus de 80 g d’alcool
par jour et ceux en consommant moins de 80 g par jour
[19].
En ce qui concerne les lésions histologiques,
Anderson et al. ont récemment confirmé
que l’infection par le VHC de malades alcooliques
pourrait conduire à une augmentation statistiquement
significative des scores d’inflammation, de nécrose
et de fibrose [33].
Enfin, nous avons récemment montré dans
un modèle murin exprimant la capside du VHC que
la consommation d’alcool entraînait une
augmentation de la peroxydation lipidique hépatique
et de l’expression du TGF. Ces résultats
pourraient expliquer le risque augmenté de fibrose
chez les patients infectés par le VHC et ayant
une consommation excessive d’alcool (Perlemuter
et al). (4).
L’alcool accélère-t-il
la progression de l’hépatite chronique
C vers la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire
?
Dr G. P. : L’association entre l’infection
par le VHC et la consommation d’alcool semble
augmenter le risque de fibrose et de cirrhose. Les études
plus nombreuses dans ce domaine sont également
plus concordantes. On peut en retenir quelques grandes
lignes. Selon trois études différentes,
la consommation d’alcool qu’elle soit importante
(plus de six verres par jour chez l’homme et cinq
chez la femme pendant plus d’un an) ou plus modérée
(< 30 g/jour) augmente le risque de développer
une cirrhose par rapport aux abstinents [39], [40],
[41]. En particulier, Corrao et al. ont montré
que le risque de développer une cirrhose augmentait
avec la quantité d’alcool ingérée
: le risque pourrait être additif pour des doses
< 50 g/j et synergique pour des doses >125 g/j
[43]. Toutefois, le rôle propre de chacun des
deux facteurs n’est pas clair. Récemment,
Freeman et al. ont repris systématiquement toutes
les études épidémiologiques de
plus de 20 cas sur les facteurs de risque de cirrhose
chez les malades infectés par le VHC [46].
Il semblerait que les facteurs associés à
une progression plus rapide vers la fibrose et la cirrhose
soient l’âge élevé au moment
de l’infection, le sexe masculin et une consommation
élevée d’alcool (> 30 à
50 g/jour) [46].
En ce qui concerne la survenue d’un CHC chez les
malades infectés par le VHC, elle semble être
plus importante chez les consommateurs d’alcool
[39], [48]. Noda et al. ont montré que le délai
entre l’infection par le VHC et le développement
d’un CHC était plus court chez les malades
consommant plus de 46 g/jour d’alcool par rapport
aux malades abstinents ou consommant moins de 46 g/jour
(26 ± 6 ans versus 31 ± 9 ans) [34]. Ces
données ont été confirmées
par une étude prospective portant sur 1500 malades
ayant une hépatite chronique C [9]. Une étude
italienne rétrospective suggère que le
risque relatif de développer un CHC chez les
malades ayant un ARN du VHC positif et une consommation
excessive d’alcool était plus important
que la somme des risques séparés [50].
Plus récemment, Tagger et al. ont montré,
dans une étude cas-témoins, l’effet
synergique de l’association alcoolisme et infection
par le VHC sur le risque de développer un CHC
[51]. En revanche, deux études n’ont pas
trouvé de relation entre le risque de CHC et
la quantité d’alcool ingérée
[42], [52].
L’alcool joue-t-il un rôle délétère
sur la réponse au traitement ?
Dr G. P. : Toutes les études publiées
rapportent une diminution de l’efficacité
de l’interféron (IFN) chez les malades
consommant de l’alcool de façon trop importante.
Une étude s’est principalement intéressée
aux effets de l’alcool sur les mécanismes
de réponse à l’IFN [53]. Elle fournit
un fondement biologique à une efficacité
thérapeutique diminuée de l’IFN
en montrant une augmentation moindre de l’activité
d’une enzyme antivirale (la 2’-5’
oligo-adénylate synthétase) chez les patients
alcooliques par rapport aux abstinents.
Plusieurs études japonaises ont montré
que le taux de réponse au traitement par l’IFN
diminuait lorsque la consommation d’alcool augmentait
: 58,3 % de réponse chez les abstinents, 20 %
chez les malades consommant moins de 70 g/jour d’alcool
et 12,5 % chez ceux consommant plus de 70 g/jour d’alcool
[56]. Une étude italienne plus récente
a confirmé ces résultats, en précisant
que la diminution de réponse liée à
la consommation d’alcool apparaissait même
pour des consommations modérées, inférieures
à 40 g/jour.
Toutefois, d’autres études sont nécessaires
pour évaluer précisément les mécanismes
par lesquels la consommation d’alcool pourrait
être délétère. De plus, il
n’existe à ce jour aucune étude
évaluant l’efficacité de l’association
IFN-ribavirine chez les malades ayant une consommation
excessive d’alcool.
En guise de conclusion…
Dr G. P. : Le seuil de la consommation d’alcool
à risque chez le malade infecté par le
VHC est difficile à chiffrer. Toutefois, même
une consommation faible, c’est-à-dire inférieure
à 40 g/jour, pourrait être délétère
sur la virémie et sur la réponse au traitement.
Le sevrage semble donc important à obtenir chez
les malades infectés par le VHC. Idéalement,
ce sevrage devrait débuter plusieurs mois avant
l’instauration d’un traitement antiviral.
Propos recueillis par Caroline Debèze-Prévotat
(1) Dr Gabriel Perlemuter,medical
doctor, physician doctor, Hôpital Antoine-Béclère.
Clamart, service d’hépato-gastroentérologie.
(2) Source : Perlemuter G. Hépatite
C et alcool (conférence de consensus).
Gastroenterol Clin Biol 2002 ; 26 : B105-B111.
Toutes les références citées entre
[…] peuvent être consultées dans
la conférence de consensus, étude très
complète de Gabriel Perlemuter.
Pour faciliter vos recherches, nous avons conservé
la numération de cette étude.
(3) Nogales MC, Grande L, Fernandez
M, Chavez M, Merguizo I, et al. (Alcohol consumption
enhances intrahepatic hepatitis C virus replication
(abstract). Hepatology 1998 ; 28 : 280A.).
(4) Perlemuter G, Lettéron
P, Carnot F, Zavala F, Pessayre D, Nalpas B, Bréchot
C. Alcohol and hepatitis C virus core protein additively
increase lipid peroxidation and synergistically trigger
hepatic cytokine expression in a transgenic mouse model.
J Hepatol 2003 ; 39 : 1020-1027.

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