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11e CROI à San Francisco
La bithérapie pégylée
consacrée dans
le traitement de la coïnfection VIH-VHC
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Environ 30 % des patients infectés
par le VIH seraient également atteints par le
VHC. Chez les personnes séropositives au VIH,
la maladie hépatique est d’ailleurs devenue
la principale cause de morbidité et de mortalité.
Présentés lors de la 11e CROI (Conférence
annuelle sur les rétrovirus et les infections
opportunistes, du 8 au 11 février 2004), les
résultats très attendus de deux études
démontrent la supériorité de la
bithérapie pégylée sur la bithérapie
classique dans le traitement de l’hépatite
C des patients coïnfectés.
Afin de démontrer la supériorité
de la bithérapie pégylée dans la
coïnfection VIH-VHC, Roche a vu grand. Sans rapport
avec le fruit qu’elle désigne, Apricot
(Aids Pegasys Ribavirin International Coinfection Trial)
est une étude d’ampleur, impliquant 95
centres de recherche situés dans 19 pays, incluant
un total de 868 patients (1).
Les patients étaient répartis en 3 groupes
de taille équivalente, en fonction du traitement
qu’ils devaient suivre pendant 48 semaines :
> 1er : traitement par peginterféron (PEG)
? 2-a (Pegasys, Roche) (180 µg/semaine) + ribavirine
(RBV) (800 mg/j) ;
> 2e : PEG ? 2-a (180 µg/sem) + placebo de
RBV ;
> 3e : interféron (IFN) ? 2-a (3 3 millions
UI/sem) + RBV (800 mg/j).
Ont été incluses dans Apricot des personnes
naïves d’IFN, de PEG et de RBV, présentant
une hépatite C active avec une charge virale
détectable et des transaminases élevées,
ayant effectué une biopsie hépatique signant
la maladie dans les 15 mois précédant
le début d’Apricot. L’infection à
VIH devait être stable – avec ou sans traitement
–, le taux de CD4 supérieur à 100/mm3.
Les patients ont été suivis pendant 24
semaines après la fin prévue du traitement,
soit pendant une période totale de 72 semaines.
Au terme des 72 semaines, les résultats sont
largement en faveur de l’association PEG/RBV :
des réponses virologiques prolongées (RVP)
(2) ont été obtenues chez 40 % des patients
ayant reçu ce traitement, contre 20 % des patients
traités par PEG/placebo et 12 % des patients
sous IFN/RBV (analyse en intention de traitement). Les
différences entre les bras sont hautement significatives
et ce, quel que soit le génotype.
Dans les bras RBV, les données de tolérance
sont comparables (8 à 10 % d’effets indésirables
sévères). Des neutropénies ont
été rapportées respectivement chez
11 et 13 % des patients des bras PEG/RBV et PEG/ placebo.
Dans l’ensemble, 25 %, 31 % et 39 % des patients
des bras PEG/RBV, PEG/placebo, IFN/RBV ont arrêté
leur traitement pour des raisons diverses ; la toxicité
des médicaments anti-VHC serait responsable de
15 à 16 % d’arrêts prématurés
de traitement.
Douze décès sont à déplorer
parmi les patients inclus dans Apricot ; 2 d’entre
eux (1 dans le bras PEG/RBV, 1 dans le bras IFN/RBV)
ont été imputés aux traitements
anti-VHC.
A Apricot l’éclat, à Ribavic la
nuance...
Promue par l’ANRS, l’étude Ribavic
(3) incluait 416 patients randomisés en 2 bras
:
> 1er : traitement par PEG ? 2-b (PegIntron, Schering
Plough) (1,5 ?g/kg/sem) + RBV (800 mg/j) ;
> 2e : IFN ? 2-b (3 3 millions Ul/sem) + RBV (800
mg/j).
Les critères d’inclusion à Ribavic
étaient sensiblement identiques à ceux
d’Apricot (4). A la fin du traitement de 48 semaines,
les patients étaient suivis pendant 24 semaines.
Les résultats globaux à 72 semaines soulignent
la supériorité de la bithérapie
pégylée sur la bithérapie classique
: dans le groupe PEG/RBV, 27 % des patients ont présenté
une RVP, contre 19 % du bras IFN/RBV (p = 0,031, analyse
en intention de traitement). Toutefois, les résultats
par génotype révèlent une réalité
plus nuancée : alors que pour les génotypes
1, l’avantage de la bithérapie pégylée
est démontré (15 % de RVP contre 5 %),
pour les génotypes 2/3, les deux traitements
obtiennent des résultats similaires (cf. tableau).
Aucune explication à ce phénomène
ne peut aujourd’hui être avancée.
Les chercheurs n’ont trouvé aucune corrélation
entre le taux de RVP et le score Métavir à
l’inclusion ou la dose de RBV calculée
en fonction du poids.
167 patients (86 dans le bras IFN, 81 dans le bras PEG,
soit 42 %) ont arrêté leur traitement avant
la fin des 48 semaines.
31 % des patients (64 dans le bras IFN, 63 dans le bras
PEG) ont souffert d’effets indésirables
sévères (5) ; sont notamment à
déplorer 6 hyperlactatémies symptomatiques
et 5 pancréatites aiguës. A la 12e semaine,
dans les 2 groupes de patients, il était noté
une diminution significative de l’hémoglobine
et des plaquettes, ainsi que des baisses non significatives
des neutrophiles, des lymphocytes et des CD4.
Enseignements
Dans les études Apricot et Ribavic, la bithérapie
pégylée permet d’obtenir davantage
de RVP que la bithérapie classique, pour une
tolérance similaire.
Investigateur de l’essai Apricot, le Dr Douglas
Dieterich ne cache pas son enthousiasme : « Nous
savons désormais que les personnes coïnfectées
peuvent être traitées avec de grandes chances
de succès. »
Du côté français, la prudence est
de mise : « Certes, Ribavic montre que le
PEG fait mieux que l’IFN chez les personnes coïnfectées,
mais les résultats obtenus chez ces patients
demeurent bien en deçà de ceux observés
chez les monoïnfectés (6), commente
le Dr Gilles Raguin, un des investigateurs de Ribavic.
Dans l‘ensemble, les arrêts de traitement
et les effets indésirables de grade élevé
demeurent très fréquents ».
Très fréquents dans Ribavic, beaucoup
moins dans Apricot, pourrait-on rétorquer. Mais,
bien que tentante, la comparaison entre les deux études
se heurte à plusieurs écueils et pourrait
mener à des conclusions erronées. Ainsi,
les populations de patients inclus ont des caractéristiques
différentes. « Dans Ribavic, près
de 40 % des patients avaient une maladie hépatique
sévère à l’inclusion, tandis
que les données relatives à Apricot ne
font état ”que” de 15 à 16
% de patients cirrhotiques… », rappelle
Gilles Raguin. Des données comparatives manquent
également. « L’échelle
utilisée dans Ribavic pour qualifier la gravité
des effets indésirables est celle de l’ANRS.
Exigeante, elle n’est pas nécessairement
superposable à celle élaborée par
Roche, qui n’a d’ailleurs pas été
divulguée. »
Ainsi, les divergences constatées entre les études
ne sont pas interprétables : sont-elles dues
à la population incluse, à la manière
dont les données ont été comptabilisées
et présentées, aux traitements administrés,
à la supposée plus large (mais non documentée)
prescription de facteurs de croissance dans Apricot
? Il est impossible de le dire.
Reste que les études semblent converger sur un
point particulièrement intéressant pour
les patients : comme chez les personnes monoïnfectées
par le VHC, la réponse virologique observée
à 12 semaines pourrait, pour une majorité
de personnes coïnfectées, être prédictive
de la réponse virologique obtenue au terme du
traitement. Ainsi, à 12 semaines, les patients
présentant une baisse d’un facteur 100
de la charge virale ont une forte probabilité
(87 % dans Ribavic) (7) de parvenir à une RVP
à 72 semaines.
Corinne Taéron
(1) Final Results of APRICOT : A
Randomized, Partially Blinded, International Trial Evaluating
Peginterferon ?-2a + Ribavirin vs Interferon ?-2a +
Ribavirin in the Treatment of HCV in HIV/HCV Co-infection,
Torriani F-J. and others, A 112, 11th CROI.
(2) Définie comme une charge
virale indétectable à 72 semaines, par
test Amplicor HCV v2.0 (sensibilité < 50 UI/mL).
(3) Final Results of ANRS HC02-RIBAVIC
: A Randomized Controlled
Trial of Pegylated-Interferon ?-2b plus Ribavirin vs
Interferon ?-2b plus Ribavirin for the Initial Treatment
of Chronic Hepatitis C in HIV Co-infected Patients,
Perronne C. and others, A 117LB, 11th CROI.
(4) Les patients devaient avoir plus
de 200 CD4/mm3.
(5) Dans Ribavic, il n’est
pas fait de distinction entre les effets indésirables
imputables aux traitements évalués et
les autres, éventuellement dus aux traitements
anti-VIH.
(6) 70 à 80 % de RVP chez
les génotypes 2/3.
(7) Valeur prédictive
négative dans Ribavic = 87 %.


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