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Le counseling
« L’acceptation inconditionnelle
de l’autre »
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Préconisé par l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) pour la prévention
de l’infection à VIH/sida, utile soutien
pour les personnes atteintes d’hépatite
C, le counseling implique le choix d’un rapport
aux autres généreux, une manière
démocratique d’appréhender autrui.
Entretien avec Alain Drimmer, counselor, formateur en
counseling et membre de l’association Corps &
Ames (1).
Le groupe de parole Arc en Ciel
Avant, pendant, après le traitement, pour s'y " préparer
", s'en remettre ou mieux le gérer : au groupe de
parole hépatite C d'Arc en Ciel, on vient quand on
veut (1).
Certains cherchent à s'informer ; ils viendront une,
deux fois. D'autres désirent partager leur expérience,
la compléter en échangeant avec le groupe; ils resteront
longtemps, constitueront le " noyau " des quatre à
cinq habitués du groupe, qui peut compter jusqu'à
15 personnes dans les temps les plus fréquentés. Marianne
L'Hénaff, Gino Flora, Denis Olivier, David-Romain
Berthelon, volontaires à Aides, co-animent le groupe
à la manière de counselors depuis sa création,
début 2002. Ils sont les garants de l'exactitude des
informations transmises et les médiateurs de la parole.
" Le groupe de parole sert d'abord à s'assurer
que les personnes ont bien intégré les informations
dont elles ont besoin, explique Gino. Ensuite,
il y a l'écoute, le partage… pour trouver ensemble
comment au mieux intégrer dans sa vie le temps du
soin, comment aménager son environnement affectif,
social, professionnel, en fonction de sa situation
et de ses contraintes. La spécificité de l'hépatite
C, c'est que le traitement ne dure qu'un temps - six
mois, un an dans la plupart des cas -, pendant lequel
il faut adapter sa vie afin d'en préserver au maximum
la qualité. "
Parfois, " on " - l'animateur ou le groupe - conseille
à une personne un entretien de counseling
individuel. " Le groupe de parole et l'entretien
individuel sont complémentaires : lors d'un entretien
en face à face, il est souvent possible d'aller plus
loin dans l'intime; la force du groupe, c'est son
effet fédérateur, l'autorité naturelle et surtout
la confiance qu'il génère. "
(1) Aides Arc en Ciel, 52, rue du Faubourg-Poissonnière,
75010 Paris.
A quoi sert le counseling ?
Alain Drimmer : L'objectif du counseling
est de faire en sorte qu'une personne confrontée à un
problème trouve elle-même, en mobilisant ses propres
ressources, la ou les solutions adaptées à son problème
et à sa situation.
Le counselor est là pour accompagner la personne dans
cette démarche. Jamais il ne donne de solution toute
faite, immédiate, au problème considéré.
Comment se déroule un entretien individuel
de counseling ?
A. D. : Dans un lieu où ils ne seront
pas dérangés, le counselor et la personne sont assis
en face à face. Le counselor parle en premier : il se
présente, énonce les objectifs de la séance et précise
le temps imparti. La personne exprime sa demande, la
manière dont elle vit le problème, les différentes solutions
qui se présentent à elle, ainsi que les conséquences
de ses choix potentiels.
L'entretien dure entre 20 minutes et une heure. Il
est important qu'il soit de durée limitée, car le fait
de parler trop longtemps finit par " inonder " la personne.
Lorsqu'elle sort de l'entretien, elle doit poursuivre
sa réflexion, naturellement, parce que l'entretien lui
aura donné " matière à ". Bien sûr, il arrive que la
personne ait des difficultés à parler lors de l'entretien;
dans ce cas, le counselor facilite la parole en posant
des questions ou en faisant un reflet des sentiments.
Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par
" reflet des sentiments "?
A. D. : Le reflet des sentiments est
une des techniques du counseling : en disant
à la personne ce qu'il ressent en la voyant et l'écoutant
- " vous semblez inquiète, angoissée, etc.
" -, le counselor personnalise davantage la
communication et invite la personne à s'exprimer de
façon plus subjective. Les autres outils du counselor
sont la reformulation - qui permet de recentrer l'entretien,
de s'assurer d'une bonne compréhension -, les questions,
les silences, la confrontation - qui vise à mettre la
personne face aux paradoxes qu'elle exprime, parfois
même sans s'en rendre compte. Ces techniques permettent
à la personne de se sentir entendue, comprise, de penser
à haute voix, d'aller au bout de ses réflexions, de
ses ressentis, et surtout, de prendre de la distance
par rapport à ses affects. Ainsi, elle parviendra elle-même
à analyser sa situation et à résoudre son problème.
Et comme elle aura trouvé seule la solution, elle sera
capable de la mettre en place avec ses propres moyens.
Que peut apporter le counseling à une personne
atteinte d'une pathologie chronique comme l'hépatite
C ?
A. D. : Le counseling peut encourager
une démarche de dépistage et contribuer à une meilleure
observance des traitements en aidant à mieux les supporter
et les gérer en fonction d'un état physique et/ou psychologique.
Attention : le counseling ne force jamais et ne tente
pas de changer l'avis d'une personne concernant la prise
d'un traitement par exemple. Le counseling consiste
toujours à trouver des objectifs réalisables, décidés
et mis en œuvre par la personne. Parfois, le counseling
permet à celle-ci de revoir son jugement concernant
un point précis en levant les freins psychologiques
qui la gênent ou l'empêchent d'aborder une situation
difficile.
Vous dites que " nous agissons plus souvent
selon nos croyances, nos perceptions et nos représentations
qu'à partir de nos connaissances ": quelles en
sont les conséquences ?
A. D. : Nous le constatons couramment
dans le domaine de la prévention de l'infection à VIH/sida
: pour nombre de personnes, c'est la perception du risque
qui compte, et non le danger réel. Ainsi, des personnes
qui n'ont absolument pas de " comportement à risques
" se font dépister pour le VIH tous les trois mois.
D'autres, en revanche, ont des rapports non protégés,
mais n'ont pas l'impression de s'être mises en danger
(" c'est une personne que je connais bien "…)
ou d'avoir fait courir des risques à leur partenaire.
Ce sont les " croyances " qui guident leurs actes. La
principale conséquence est que, afin de comprendre comment
fonctionne une personne, de percevoir ce qui la motive,
le counselor doit tenter d'entrer dans le monde subjectif
de cette personne, d'en connaître les " croyances "
et les perceptions. En revanche, le counselor n'agit
pas sur les " origines profondes " de celles-ci, il
est dans " l'ici " et " le maintenant ".
Comment reconnaître un " bon " counselor ?
A. D. : Il est plus facile de reconnaître
un mauvais counselor : celui qui juge - il ne doit pas
y avoir de jugement de la personne, ni de ses actes
dans le cadre du counseling -, qui donne des solutions
immédiates, qui interprète, se sent supérieur ou " responsable
" de l'autre, qui materne, qui prend en charge autrui
n'est pas " en état " de faire du counseling. Pratiquer
le counseling est éprouvant et demande une grande disponibilité
: on ne peut pas en faire tout le temps, ni dans toutes
les situations. C'est une question d'attitude. L'attitude
de base du counseling, c'est l'acceptation inconditionnelle
de l'autre, et la conviction profonde que c'est l'autre
qui a les clefs, la solution à son problème.
Le counseling comporte-t-il des risques pour
le counselor et/ou pour la personne ?
A. D. : Il s'agit de risques inhérents
à toute thérapie liant deux personnes : le counselor
peut ainsi être tenté d'utiliser les outils à sa disposition
pour faire pression sur la personne, l'amener là où
il voudrait qu'elle aille. Cependant, les personnes
savent en général habilement se défendre quand elles
en ont besoin, et manipulent aussi très bien lorsqu'elles
en ont envie. Le counseling propose de réfléchir ensemble
à un problème, il ne constitue pas un engagement dans
un processus de longue durée. La personne est donc libre,
à tout moment, de revenir ou non.
Propos recueillis par Corinne Taéron
(1) www.corpsetames.com
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