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Etude Coquelicot auprès
des usagers de drogues |
| L'impact des conduites à
risques sur le VIH et l’hépatite C |
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La phase pilote d’une étude
appelée Coquelicot, visant à étudier
les prévalences et les pratiques à risques
vis-à-vis du VIH et de l’hépatite
C chez les usagers de drogues, a été réalisée
à Marseille de septembre 2001 à juin 2002
par l’InVS (1). Cette étape précède
une vaste enquête, qui se déroulera sur six
villes (Paris, banlieue, Lille, Marseille, Strasbourg,
Bordeaux) en 2004. Entretien avec Julien Emmanuelli, responsable
du projet toxicomanie à l’InVS.
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Quel est l’intérêt de réaliser
cette étude ? Julien Emmanuelli : Il n’existe
pas de données nationales concernant les usagers de drogues
(UD) depuis 1998. L’enquête Coquelicot a pour ambition
de mieux connaître la fréquence et les causes des comportements
à risques, vis-à-vis du VIH et l’hépatite C, chez les
UD. L’étude pilote ainsi que la grande étude qui va suivre
ont été fi nancées par l’ANRS dans le cadre d’appels d’offres
sur les UD. Quelle population est regroupée
sous le terme UD ? J. E. : À l’InVS, nous
nous intéressons aux pathologies infectieuses, notamment
le VIH et les hépatites B et C. Ainsi, avons-nous inclus
des sujets que leurs comportements exposent à ces pathologies.
Il s’agit principalement d’usagers de drogues injecteurs
mais pas exclusivement. Nous avons élargi la population
étudiée, à toute personne s’étant injectée et/ou ayant
sniffé une fois dans sa vie.
Quelle est l’originalité de cette étude ?
J. E. : Elle est originale à plusieurs titres. Habituellement,
les études sur les UD sont limitées à un type de dispositif
comme des programmes d’échange de seringues ou des centres
d’hébergement… Dans ce cas, on s’expose inévitablement
à un biais de sélection. En effet, les UD sont une population
hétérogène. Les prises de risques ne seront pas forcément
identiques chez un UD qui fréquente un sleep-in ou celui
qui participe à un programme d’échange de seringues (PES)
ou encore celui qui se fait soigner par son médecin généraliste.
Notre étude couvrira au mieux les différents dispositifs
de prise en charge (soins, boutiques, PES, etc.). Il s’agit
donc d’une étude dite « multisite ». Par ailleurs, la
prévalence du VHC chez les UD (la prévalence d’une infection
est le nombre de cas existant divisé par le nombre de
sujets observés à un moment donné. Par exemple, si dans
une ville de 1 000 habitants, il y a 40 diabétiques, la
prévalence du diabète au sein de cette population sera
de 40/1 000 = 0,04 soit 4 %, ndlr) n’est pas forcément
identique à Marseille et Lille par exemple. C’est pourquoi
cette étude se déroulera également dans plusieurs villes
(l’étude est dite multicentrique). Une autre originalité
consiste simultanément à passer un questionnaire comportemental
et à recueillir quelques gouttes de sang au doigt. Le
tout sous couvert du plus strict anonymat (rien ne permet
d’identifi er après-coup les usagers ayant participé à
l’étude). Grâce à ce prélèvement, nous pourrons, après
analyse, connaître les statuts sérologiques des UD, pour
l’hépatite B et C ainsi que pour le VIH. Qu’apporte
cette méthode d’analyse ?
J. E. : Jusqu’à présent, les données dont nous disposions
sur les prévalences des diverses infections chez les UD
se fondaient sur leurs déclarations au cours des enquêtes.
Ce mode de recueil des données est très imparfait. En
effet, le statut vis-à-vis des diverses infections n’est
pas toujours connu par l’UD lui-même. Il peut également
se déclarer séropositif en étant séronégatif et vice versa.
Ce prélèvement de sang autorise une approche « séroépidémiologique
» qui permet de disposer de données plus fi ables. Par
ailleurs, des techniques d’analyse particulières permettront,
en indiquant si la contamination VIH est récente ou non,
une mesure d’incidence du VIH chez les UD (l’incidence
est le nombre de nouveaux cas d’une maladie, survenant
au sein d’une population, au cours d’une période donnée,
ndlr). De manière plus expérimentale, nous essaierons
également d’estimer une incidence du VHC. Ainsi, nous
pourrons mieux suivre la dynamique des infections chez
les UD en ayant une idée du nombre de nouveaux cas annuels.
Parallèlement à l’étude épidémiologique, il est enfi n
prévu de mener une série d’entretiens qualitatifs auprès
de sous-groupes d’usagers issus de l’échantillon global.
C’est le volet socio-anthropologique de l’enquête à venir
qui cherchera à approfondir les prises de risques passées,
notamment par le biais de questions ouvertes. Savoir qu’un
usager a partagé sa seringue est utile. Mais, des questions
ouvertes telles que « pourquoi avez-vous partagé votre
seringue ? dans quel contexte particulier ? » permettent
une exploration plus fi ne des risques d’exposition.
Comment se déroule le prélèvement de sang ?
J. E. : Il est réalisé par des enquêteurs extérieurs,
rémunérés et formés. Le sang est prélevé par un dispositif
analogue à celui utilisé par les diabétiques pour se surveiller.
Une piqûre au bout du doigt produit une goutte de sang
qui est recueillie sur un buvard. Ce mode de prélèvement
présente l’avantage d’être indolore, facilement réalisable
(autoprélèvement) et de préserver le capital veineux des
UD. Il est réalisé en même temps que la passation du questionnaire.
Comment le résultat du prélèvement est-il
restitué aux UD ?
J. E. : En dépit d’excellentes sensibilités et spécificités
(près de 99 % pour le VIH), nous ne pouvons restituer
leurs résultats aux UD, ce type d’analyse n’ayant pas
de valeur légale. Cet aspect n’a pas été sans soulever
des questions éthiques abordées avec les divers intervenants
et au sein d’un CCPPRB (Comité consultatif pour la protection
des personnes se prêtant à la recherche biomédicale) qui
a d’ailleurs rendu un avis favorable. De plus, une restitution
des résultats aurait imposé une levée d’anonymat qui aurait
été à l’encontre des principes de l’étude. Quel est le
bénéfi ce pour l’UD ? J. E. : Il existe un bénéfi ce pour
l’ensemble de la population des UD. Une meilleure connaissance
des modes de contamination des UD permettra de proposer
des interventions de prévention plus effi caces. En termes
de bénéfi ces individuels, nous avions prévu d’articuler
enquête et démarche de prévention en remettant des brochures
de prévention en fi n d’entretien et en facilitant l’accès
au dépistage en cas de besoin (en partant de l’hypothèse
que l’entretien, en pointant les comportements à risques,
pouvait notamment inciter les UD à faire le point en se
faisant tester). Quels sont les premiers
résultats de l’enquête pilote ?
J. E. : D’abord, de montrer qu’une étude de ce type
est faisable à plus grande échelle. D’un point de vue
scientifi que, les premiers résultats de cette étude de
faisabilité sont à prendre avec précaution. En effet,
le nombre de personnes participant à l’étude reste modeste
(166). Par ailleurs, cette enquête pilote se déroule à
Marseille où les prévalences du VIH ainsi que du VHC peuvent
se révéler plus élevées qu’ailleurs. Tout d’abord, il
faut mentionner la bonne acceptabilité du prélèvement
du sang au bout du doigt et la discordance entre la prévalence
déclarée du VHC (51,6 %) et celle obtenue par le sang
au bout du doigt (72,6 %). Cela souligne l’intérêt de
cette méthode biologique. Globalement, les premiers résultats
suggèrent un impact notable des actions et messages de
réduction des risques sur le VIH mais de portée plus limitée
pour le VHC. Au-delà des biais de déclarations probables,
on assiste à une chute de la consommation des produits
illicites au profit des produits de substitution et des
médicaments psychotropes et une baisse importante de l’injection.
Le détail des résultats est disponible sur une brochure,
Sida, VIH et IST état des lieux, des données en 2002,
remise par l’InVS aux associations. |
| Laurent Bucchini |
(1) Cette étude a été réalisée par Julien Emmanuelli,
responsable de projet sur l’usage de drogues au département
des maladies infectieuses à l’InVS (Institut de Veille
Sanitaire), et Marie Jauffret-Roustide, sociologue à
l’InVS, sous la supervision d’Anne Laporte. |
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