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Spécial congrès de l'AASLD à Boston
Optimiser l'usage des traitements
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Innovations majeures du 54e congrès de l’American Association for the Study of Liver Disease (AASLD), qui s’est déroulé du 25 au 29 octobre dernier à Boston, la précision des critères de réponse au traitement de l’hépatite C va optimiser l’usage des traitements disponibles sans constituer pour autant un progrès thérapeutique réel face au virus. Moins percutante, la personnalisation des traitements a encore des preuves à faire.
 
Initiée par la Commission européenne, l’étude Dynamically Individualized Treatment of Hepatitis C Infection (DITTO-HCV) (1 et 2), présentée à l’AASLD 2003 vise un double objectif : d’une part, mieux connaître la cinétique des traitements actuels sur le virus de l’hépatite C afin d’en optimiser l’efficacité. A cette fin, elle entend déterminer des marqueurs prédictifs de réponse ou d’échec au traitement. Du point de vue thérapeutique, la recherche définit précisément chez quels patients poursuivre ou non le traitement avec une probabilité optimisée de réussite. En termes de qualité de vie, elle vise à ne pas administrer de façon injustifiée un traitement extrêmement lourd avec des conséquences potentiellement importantes sur la vie quotidienne : travail, vie affective… D’autre part, et toujours dans une optique d’optimisation des résultats, elle s’oriente clairement vers la personnalisation du traitement (cf. encadré p. 13). L’innovation majeure réside en l’intégration des paramètres personnels, et plus particulièrement la cinétique virale qui conditionne la réaction au traitement.

Soutenue par le programme qualité de vie FP5 de la Commission européenne, les laboratoires Roche et Maxim Pharmaceuticals, l’étude DITTO-HCV débutée en avril 2001 inclut 300 patients en France, Allemagne, Grèce, Israël, Italie Hollande, Espagne, Suède et Suisse. Le paramètre clef en est la mesure de la rapidité de la baisse de la charge virale. Le standard actuel de prévisibilité de réussite ou d’échec d’un traitement s’évalue aujourd’hui en ces termes : après 12 semaines de traitement, la indétectabilité de la charge virale conduit à une valeur prédictive positive, soit au succès du traitement, de 65 % ; à l’inverse, la présence du virus dans l’organisme permet d’affi rmer une valeur prédictive négative de 97 %. Spécialiste de la cinétique virale du VHC, le Pr Avidan Neumann de l’université Bar-Ilan en Israël, et coordinateur de l’étude constate que « la fiabilité du test actuel en valeur prédictive négative est satisfaisante. Mais il n’en va pas de même concernant la valeur prédictive positive puisque 69 % des non-répondeurs ne sont pas précocement identifiés ».

DITTO-HCV vise à plus de précision en un mois, voire en une semaine seulement, pour décider en connaissance de cause de la continuation ou de l’arrêt du traitement de référence. Fiabilité des nouveaux critères Cette partie de l’étude fait appel à 134 patients (67 % de génotype 1, 28 % de génotypes 2-3 et 5 % de génotype 4) chez lesquels la charge virale est mesurée à J-0, J-1, J-4, J-7, J-8, J-15, J-22 et J-29, puis aux semaines 6, 8, 10 et 12. Rétrospectivement, l’étude identifie cinq nouveaux critères de réponse précoce :

– la négativation de la charge virale à la 12e semaine de traitement ;

– le même paramètre mesuré à la 4e semaine ;

– la seconde chute de la charge virale supérieure à 0,6 log/semaine soit entre les 8e et 29e jours de traitement, soit entre les 15e et 29e jours ;

– la combinaison entre la première et la seconde chute de la charge virale.

Le Pr Avidan Neumann est formel : « Nous obtenons 93 % de valeur prédictive positive chez les patients répondant à ces critères et 100 % de valeur prédictive négative chez ceux qui n’y répondent pas. » L’importance de la courbe de baisse de la charge virale sous traitement rappelle ce que l’on connaît dans le VIH.
 
Des résultats à confirmer

Le Pr Avidan Neumann poursuit sur l’impact de l’étude : « Cinq mesures de la charge virale par PCR coûtent moins en qualité de vie pour un patient et en dépenses de santé à la collectivité qu’un traitement qui s’avérerait inefficace. » Mais il nuance en suggérant que les résultats de DITTO-HCV soient confirmés par de plus larges études, même s’il en cite une, concordante (3), qui tend à démontrer qu’une baisse de la charge virale de 0,5 à 0,6 log, à la suite du premier jour de traitement, semble également un bon indicateur de réponse virologique soutenue. Un bémol toutefois : si la logique d’optimisation des traitements n’est en soi pas critiquable, il ne faudrait pas qu’elle serve de justification pour considérer que l’hépatite C ne mérite pas davantage d’investigations. La logique explicite de coût-efficacité qui anime l‘étude présente certes des aspects bénéfiques tant pour les patients qui évitent les contraintes d’un traitement lourd pour un résultat plus qu’incertain, qu’en termes de coûts pour la collectivité. Mais optimiser l’usage des médicaments disponibles ne doit pas faire oublier la forte proportion de patients qui n’y répondent pas, faute de molécule efficace.
 
Alexandre Biosse-Duplan

(1) Neumann AU, Schalm SW, von Wagner M, Germanidis G, Lurie Y, Missale G, Martell M, Vrolijk J-M, Norkrans G, Soulier A, Verheij-Hart E, Colucci G, Ferrari C, Zeuzem S & Pawlotsky J-M. Early viral kinetics prediction of sustained virological response after 1 or 4 weeks of peg-interferon-a-2a and ribavirin therapy (DITTO-HCV Project). Presente a l'AASLD 2003 a Boston. Abstract n° 192. Hepatology, octobre 2003, Vol. 37, n° 4, Suppl. 1, 248A.

(2) Zeuzem S, Pawlotsky J-M, Hagai E, von Wagner M, Goulis I, Lurie Y, Gianfranco E, Vrolijk J-M, Esteban JI, Soulier A, Verheij-Hart E, Hansen B, Tal R, Ferrari C, Schalm SW & Neumann AU. Etude internationale, multicentrique randomisee et controlee comparant le traitement standard et individualise chez les patients atteints d'hepatite C chronique (DITTO-HCV Project), presente a l'AASLD 2003 a Boston. Abstract n° 317. Hepatology, octobre 2003, Vol. 37, n° 4, Suppl. 1, 310A.

(3) Ferenci et al, Lancet 2002 ; Laydon et al, JVH, 2002.
 
Personnalisation : tout reste à prouver
Dans l’étude DITTO-HCV, le traitement de référence consiste en l’administration de peg-IFN -2a associé à la ribavirine. Une personnalisation est tentée avec des résultats mitigés. Selon cette étude, la réponse virologique soutenue au traitement, soit l’absence de virus détectable six mois après l’achèvement du traitement, est :

– chez les génotypes 1 de 58 % chez les patients soumis au traitement standard (peg-IFN -2a 180 mcg par semaine et ribavirine 100 à 1200 mg par jour selon le poids pendant 48 semaines), versus 49 % chez les traitements individualisés ;

– chez les génotypes 2 et 3 (24 semaines de traitement), les traitements personnalisés offrent 90 % de réponse contre 87 % avec le traitement standard.

Si, à ce stade, la personnalisation du traitement ne convainc guère, le Pr Stefan Zeuzem, directeur du service de médecine interne à l’hôpital universitaire de Hambourg, investigateur principal de DITTO-HCV, relève : « Nous avons mis en évidence qu’un groupe de patients, classé comme répondeur virologique précoce, présente de meilleures chances de réponse virologique soutenue au traitement standard. » Sont définis comme répondeurs précoces les patients qui éliminent au moins 99 % de l’ARN viral au cours du premier mois de traitement. L’étude démontre que parmi eux, 83 % peuvent présenter une réponse virale soutenue, y compris chez les génotypes 1. Dans le bras de traitement personnalisé, un taux intermédiaire de réponse soutenue de 71 % est même obtenu chez des répondeurs précoces traités par bithérapie pendant les seules 6 premières semaines de leur traitement, puis continuant avec le peg-IFN en monothérapie pendant les 42 semaines restantes.

La personnalisation des traitements – synonyme pour beaucoup d’un allègement – n’est pas pour aujourd’hui, tout au moins chez les génotypes 1. Mais le génotype perdrait-il quelque importance face à des traitements mieux ciblés ?
 



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