L’hépatite B, une maladie polymorphe
De la cirrhose au silence
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Maladie polymorphe, l’infection à VHB
peut tout aussi bien mener à la cirrhose et
au cancer du foie, qu’évoluer positivement
sans encombre. Mais même lorsqu’elle est
silencieuse, cette maladie nécessite une vigilance
soutenue (1).
Etre infecté par le VHB ne veut en soi pas
dire grand-chose. L’infection par le VHB est
en effet une maladie extrêmement polymorphe,
dont le profil et l’évolution clinique
sont déterminés par les relations entre
le système immunitaire de l’hôte
et le virus. On peut caractériser les évolutions
suivantes :
> après contamination, la personne développe
une infection aiguë qui guérit spontanément.
Le plus souvent, ces infections sont asymptomatiques
et s’accompagnent uniquement d’une élévation
transitoire des transaminases hépatiques (marqueurs
de la souffrance du foie). La personne, guérie,
est ensuite immunisée contre le VHB.
Dans de rares cas, l’infection aiguë peut
revêtir une forme symptomatique sévère,
voire fulminante. Caractérisée par la
survenue d’une encéphalopathie (troubles
de la conscience allant jusqu’au coma), l’hépatite
fulminante est fatale dans 80 à 90 % des
cas en l’absence de transplantation hépatique ;
> l’infection se chronicise et aboutit,
soit à une hépatite chronique (deux tiers
des cas), soit à un « portage sain » du
virus (un tiers des cas). L’évolution
vers l’infection chronique concerne 90 %
des nouveau-nés contaminés en période
périnatale et environ 50 % des personnes
immunodéprimées. La persistance dans
le sang de l’antigène de surface (Ag HBs)
du VHB pendant plus de six mois signe le diagnostic
d’infection chronique.
L’évolution de l’hépatite
chronique
Dans l’hépatite chronique B, la persistance
de l’Ag HBs s’accompagne d’une élévation
(modérée à forte) des transaminases
hépatiques et d’une réplication
virale marquée par la présence dans le
sang de l’ADN du virus et de l’antigène
HBe (Ag HBe). La gravité et la progression
de l’atteinte hépatique, évaluables
par la réalisation de ponctions biopsies hépatiques
(PBH), varient d’une personne à l’autre
(de la fibrose modérée à la cirrhose
active). S’il existe des hépatites B
chroniques « stables » et d’évolution éventuellement
positive, le risque de progression vers la cirrhose
atteint 50 % après 40 ans d’hépatite
chronique. Fatigue persistante et douleurs au foie
sont généralement les uniques symptômes
de la maladie. Par ailleurs, la réplication
du VHB dans le foie accroît le risque de développement
d’un hépatocarcinome.
Un événement important de la maladie
est l’éventuelle séroconversion
HBe : chez certains patients, l’Ag HBe
disparaît spontanément à un moment
donné et, quelques semaines plus tard, des anticorps
dirigés contre l’Ag HBe (anti-HBe)
sont détectables dans le sérum. S’ensuivent
une baisse de la réplication du VHB (l’ADN
VHB devient indétectable dans le sang), ainsi
qu’une rémission biochimique (retour à la
normale des transaminases) et de l’atteinte hépatique.
La séroconversion HBe reflète l’évolution
de la maladie vers l’état de « porteur
sain » du virus et éventuellement,
vers la guérison. Le taux de séroconversion
HBe spontanée est estimé à 8-15 %
par an ; être une femme et être âgé sont
des facteurs favorables à la survenue d’un
tel événement.
La séroconversion HBe est souvent précédée
d’une élévation accrue et transitoire
des transaminases hépatiques, qui est l’expression
biologique
d’une réponse immunitaire spécifiquement dirigée
contre le VHB (2).
Les mutants
Il existe cependant des exceptions à ce schéma
d’évolution après séroconversion.
Ainsi, chez certains patients, la perte de l’Ag HBe
ne s’ensuit ni d’une rémission de
la maladie, ni d’une baisse de la réplication
virale, ni d’un retour à la normale des
transaminases. Chez ces patients, la perte de l’Ag HBe
n’est donc pas le signe d’un passage vers
l’état de « porteurs sains » du
virus puisqu’ils demeurent atteints d’une
hépatite chronique
évolutive.
On sait désormais que ces personnes sont pour
la plupart infectées par un variant muté du
VHB incapable de produire de l’Ag HBe. Cette « variété » d’hépatite
chronique, bien que plus prévalente en Europe
du Sud et en Asie, est présente dans toutes
les régions du monde. Les personnes atteintes
sont majoritairement des hommes d’âge mur,
dont la maladie hépatique est sévère,
la virémie et les taux de transaminases fluctuants.
Les rémissions spontanées sont rares.
Les « porteurs sains » du VHB
Le portage sain du VHB, qui peut survenir d’emblée
ou suivre une hépatite chronique avec séroconversion
HBe, se caractérise par une absence de réplication
virale, des transaminases normales, une atteinte hépatique
nulle ou non évolutive.
En somme, le porteur sain est atteint d’une
infection chronique complètement « silencieuse ».
Cet état peut perdurer des années, voire
une vie entière. Seule la présence de
l’Ag HBs dans le sang trahit l’existence
d’une infection chronique à VHB. La perte
de l’Ag HBs, dont l’incidence annuelle
spontanée est estimée à 1-2 %,
est de bon augure pour les personnes mono-infectées
n’ayant pas atteint le stade de cirrhose (3),
car elle précède souvent l’apparition
d’anticorps anti-HBs protecteurs, signes de guérison (4).
Cependant, 20 à 30 % des porteurs sains
Ag HBs + subissent, à un moment ou
un autre, des réactivations virales, avec augmentation
des transaminases, ADN VHB détectable et, éventuellement,
séroréversion HBe i.e. réapparition
de l’Ag HBe et disparition des anticorps
anti-HBe. Le plus souvent asymptomatique, la réactivation
peut être à l’origine d’une
importante détérioration du foie et progressivement évoluer
vers la cirrhose et la décompensation hépatique.
A noter, l’existence d’une immunosuppression
est un facteur susceptible de favoriser les réactivations
virales. En conséquence, même chez les « porteurs
sains » du VHB, la mise en œuvre d’une
surveillance régulière de l’infection
chronique à VHB est nécessaire. Tous
les trois à six mois, les taux de transaminases
doivent être mesurés et les marqueurs
sériques du VHB doivent être recherchés,
particulièrement chez les personnes immunodéprimées.
Corinne Taéron
(1) D’après
G. Fattovich, International conference on the management
of patients with viral hepatitis, 10-11/09/04, Paris.
(2) Toutefois, certains patients
présentent
des pics de transaminases répétés
non suivis de séroconversion.
(3) L’existence de coïnfections
par le VHC et/ou le VHD complique
les choses. Chez les patients
cirrhotiques, même
après la disparition
de l’Ag HBs, la survenue d’une décompensation
hépatique
ou le développement d’un hépatocarcinome
sont possibles.
(4) Il a été observé des réapparitions
de l’Ag HBs chez des personnes ayant développé des
anticorps anti-HBs. Ces personnes
étaient très immunodéprimées.
Hépatite B, les marqueurs sériques et
leur interprétation
Le VHB est constitué de trois systèmes
antigéniques auxquels correspondent trois types
d’anticorps.
Antigènes (Ag) :
> Ag HBe : marque la réplication
du virus « complet » (et non
muté). La détection d’Ag HBe
signifie que la maladie est active. Si l’Ag HBe
n’est pas/plus détectable (et si le virus
est « complet »), il n’y
a pas/plus de réplication virale. La disparition
de l’Ag HBe est un premier pas vers la guérison ;
> Ag HBs : sa persistance au-delà de
six mois signe le passage à la chronicité de
l’infection. Sa disparition est suivie, dans
80 à 90 % des cas, de l’apparition
d’anticorps anti-HBs ;
> Ag HBc : antigène de capside,
il n’est pas retrouvé dans le sang.
Anticorps (AC) :
> AC anti-HBe : il apparaît dans le
sang après la disparition de l’Ag HBe,
lorsque cesse la réplication du virus ;
> AC anti-HBs : ce sont les « anticorps
protecteurs ». Ils apparaissent au moment
de la guérison de l’infection, après
disparition de l’Ag HBs. Ils peuvent persister
dans le sang jusqu’à dix ans après
la guérison. Ils sont aussi retrouvés
dans le sang des personnes vaccinées contre
le VHB ;
> AC anti-HBc : ils marquent le caractère
récent, chronique ou ancien de l’infection.
Enfin, la mesure de l’ADN VHB permet d’évaluer
la réplication virale et de confirmer un diagnostic
d’hépatite chronique.
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