Page d'accueil Arcat
Association de recherche, de communication et d'action pour l'accès aux traitements - Membre du groupe SOS Logo Groupe SOS
Qui sommes-nous ?Nos actionsOffres d'emploiContact
Logo Arcat
Nos publications
Répertoire des essais thérapeutiques
Assurabilité
Adresses
Nos partenaires
CRAMIF
Ministère de la Santé
Union nationale des associations de lutte contre le sida
Ensemble contre le sida / Sidaction
Solidarité sida
ANRS
INPES
La Mairie de Paris
Région Ile-de-France
Département de Paris

Rôle des facteurs psychologiques et comportementaux
dans le traitement de l'hépatite C et/ou du sida

Quand dépression et drogues compliquent tout

[< Retour ]

Dépression, drogues et produits de substitution ont une influence très néfaste pour les patients atteints par l'hépatite C et/ou le sida. Mieux connaître ces effets et savoir les combattre : tel était un des thèmes du Congrès « VIH et foie » qui s'est tenu G Marseille en novembre dernier.

L'alcool favorise l'augmentation de la virémie

« L'alcoolísme est la première des drogues et la plus dangereuse », affirme le Dr Lançon. L'alcool favorise dans tous les cas l'augmentation de la virémie. Les taux de survie sont plus faibles chez les alcooliques que chez les autres. Il est donc essentiel que les structures et les services d'alcoologie soient étroitement associés aux activités des réseaux hépatite C. En effet les études sont très parlantes : qu'il s'agisse de VHB, VHC ou coinfection VHC/VIH, l'alcool accentue l'évolution vers la cirrhose qui est beaucoup plus rapide en particulier chez les patients de sexe masculin, et encore plus quand l'âge avance et que le taux de CD4 est inférieur à 200. Un patient contaminé à 20 ans fera une cirrhose 15 ans plus tard. Le risque d'évolution vers la chronicité de la maladie est multiplié par cinq. L'alcool est trop souvent considéré par les malades comme une autothérapie, comme un antidépresseur. Le problème, c'est qu'il n'existe pas de substitutif à l'alcool. Au-delà de 50 g/jour le malade prend un risque sévère. Ce rôle de comorbidité de l'alcool est mal apprécié par les malades, et par les soignants qui n'ont pas, la plupart du temps, d'information claire sur les quantités consommées. L'abstinence est indispensable en cas d'infection ou de coinfection virale.

 

L'impact des produits de substitution : buprénorphine ou méthadone

La buprénorphine et la méthadone sont potentiellement hépatotoxiques et ces effets sont sensiblement augmentés par la consommation d'alcool.

Méthadone et buprénorphine sont métabolisées par le cytochrome P450 (CYP), la méthadone par les CYP3A4, CYP2D6, la buprénorphine par le CYP3A. Compte tenu de ce métabolisme, des interactions avec les inhibiteurs de protéase, ou les inhibiteurs non nucléosidiques sont donc très probables. Les données actuelles montrent qu'il existe un risque de survenue de syndrome de sevrage lorsque le ritonavir, le nelfinavir, la névirapine et l'éfavirenz sont associés à la méthadone, nécessitant une augmentation de la posologie. Les interactions avec la buprénorphine sont moindres. Les concentrations d'AZT semblent augmenter de façon variable (jusqu'à 40 %) chez les personnes traitées par la méthadone et la buprénorphine. II est donc recommandé une attention particulière aux prescriptions d'antirétroviraux chez les patients recevant des produits de substitution.

En cas d'infection par le VHC, et a fortiori en cas de coïnfection VHC/VIH, la tâche des thérapeutes est compliquée par les rapports problématiques entre souffrances psychologiques et traitements. De plus, la dépendance aux drogues vient très souvent alourdir le lot des difficultés. Drogues au sens vrai du terme, puisque tabagisme et éthylisme s'inscrivent en priorité au tableau des obstacles de la prise en charge. Lors des rencontres « VIH et foie » de Sainte-Marguerite à Marseille les 17 et 18 novembre 2003, l'ensemble des conférences s'est fait le reflet des difficultés réelles du dispositif de prise en charge qui, visiblement, doit être renforcé. II apparaît, en effet, très insuffisant pour prendre en compte et faire face à l'ensemble du problème de santé que dépression et conduites addictives constituent.

Dépression et virus des hépatites

Les différentes études présentées par Jean-Pierre Bronowicki du CHU de Nancy et la conférence du psychiatre Christophe Lançon du CHU de psychiatrie de Sainte-Marguerite ont démontré l'existence d'un lien entre une fragilité psychologique (souvent aggravée par des conduites addictives), et l'infection du VHC pour un grand nombre de malades. Lors de l'infection par le VHC les patients peuvent être déprimés. La qualité de vie est détériorée et tous les systèmes sont perturbés. Et les études présentées démontrent que cette détérioration est plus importante chez les sujets souffrant de tabagisme ou d'alcoolisme et a fortiori chez ceux qui se droguent, ou sont sous traitement de substitution. Ces influences délétères sont importantes : chez plus de 10% des usagers de drogue(s), la probabilité de suicide est un risque élevé. Les besoins de prise en charge psychologique chez ces patients sont nécessaires et souvent mal estimés par les équipes soignantes qui manquent de formation psychiatrique et peinent à évaluer la dépression et l'impact «boostant» du traitement sur cette dernière. Les recherches ont mieux défini les facteurs (cf. encadré ci-contre) pouvant accroître les risques de dépression ou d'aggravation :
• antécédents de dépression;
• consommation/abus d'alcool ou de substances toxiques. « Même les fumeurs deviennent une population à risques », précise le D' Lançon;
• présence d'un trouble anxieux;
• antécédents familiaux de dépression ou de suicide.

L'irruption de la maladie et son cortège de stress accentuent les symptômes : perte de l'appétit, du sommeil, de la libido, fatigue, problèmes de concentration ou de mémoire, difficulté à prendre la moindre décision, retrait social, pensées suicidaires. Les conduites addictives sont également souvent mal appréhendées, car leur très importante influence est méconnue. Par exemple, une quantité d'alcool qui semble a priori « mesurée » est déjà dangereuse : 20 grammes d'alcool par jour augmentent la virémie (cf. encadré p. 23).

Le rôle délétère de l'interféron

II est aujourd'hui démontré que le traitement par interféron accentue la plupart des tendances dépressives. La fréquence de ces symptômes psychiatriques est élevée : de 7 à 17 %, voire 35 % si l'on inclut les manifestations d'irritabilité et d'anxiété (Prasad Set al, 1992).

 

D'autres effets secondaires encore plus sévères comme dépression grave, suicide, délire, psychose et rechute de toxicomanie ont été constatés. Le risque d'épisode dépressif majeur est de 11 à 40 % sous interféron. La survenue de ces symptômes graves doit conduire à l'arrêt du traitement.

 

Les manifestations psychiatriques de l'interféron doivent donc être systématiquement soupçonnées, dépistées et traitées sans délai, ce qui permettrait d'éviter dans la grande majorité des cas l'arrêt prématuré du traitement, synonyme d'échec thérapeutique. « Le risque de complication sévère doit être particulièrement bien pesé chez les patients n'ayant pas de prise en charge psychologique et non stabilisés. Chez les patients stabilisés les risques sont faibles », précise le D' Lançon. Des antécédents neuropsychiatriques doivent être recherchés avant le début du traitement et les fortes doses doivent être évitées chez les malades paraissant les plus fragiles.

Les solutions envisagées

Ce que l'on sait

Dr Lançon

 

Comorbidité psychiatrique chez les patients VHC (Zigante et al., 1999) :
78% d'antécédents psychiatriques
25% troubles de l'humeur
25% troubles anxieux
30% troubles addictifs
20% troubles de l'adaptation en rapport avec la pathologie hépatique

Tableau présenté par le Dr Lançon lors du Congrès « VIH et foie, coïinfections VIH et hépatites », qui s'est déroulé à Marseille en novembre dernier.

« Dans un premier temps et avant traitement, il est nécessaire de stabiliser l'état psychiatrique par un soutien psychologique et de traiter les dépendances, poursuit le docteur Lançon. Il faut ensuite, au cours du traitement, une évaluation régulière des effets secondaires neuropsychiques. Le soutien psychologique doit se poursuivre. Si les effets sont bien tolérés, le soutien psychologique suffit, s'ils sont mal ou très mal tolérés, il est indispensable d accentuer le traitement psychiatrique : soigner le patient avec des antidépresseurs et une psychothérapie. » (1) Musselman D et al.

Que penser des traitements préventifs ?
• « La prise en charge psychologique avant le traitement diminue, selon le Dr Lançon, les troubles de l'adaptation et les troubles anxieux. Le patient présente moins de risques. »
• La prescription d'antidépresseurs, avant le traitement antiviral, est conseillée comme le démontre une étude parue dans le New England Journal of Medicine (1) sur la paroxétine. La paroxétine prescrite 2 semaines avant le traitement a permis de diminuer significativement l'incidence de la dépression chez des patients traités par l'interféron. Au cours des 12 premières semaines les effets secondaires néfastes ne touchaient que 11 % des patients sous paroxétine contre 45 % dans le groupe témoin non traité. 11 sur 14 des patients traités ont pu poursuivre leur traitement.

« Il est indispensable de rester très vigilant à l'arrêt du traitement. Les complications psychologiques les plus dramatiques sont constatées après l'arrêt : pendant encore 4 à 6 mois, nous sommes dans une période dangereuse. Si le patient est "abandonné" psychologiquement après le traitement, cela peut le conduire au suicide. Il est donc primordial qu'il ait été prévenu et que son entourage soit informé du risque. Famille, amis et associations ont un rôle essentiel de soutien », conclut le Dr Lançon. L'information du patient semble donc fondamentale et la collaboration entre psychiatres et gastro-entérologues doit être constante.

Caroline Debèze-Prévo

 

(1) Musselman D et al




Arcat est membre de l'Unals, de la FNH-VIH, du TRT-5 et de Sidaction.

© 2001-2005 - Tous droits réservés.
Mentions légales