Areca, vaste programme
Dernière création du réseau Alliance des recherches
sur le cancer (Areca), le pôle hépatite C et cancer
associe l’Arc et l’Inserm. Initié en 2000, Areca compte
déjà sept autres pôles répartis sur toute la France
et dédiés aux domaines de recherche suivants :
• biologie structurale et cancer à Grenoble, en partenariat
avec le Commissariat à l’énergie atomique ;
• protéomique et cancer en partenariat avec le CHU
de Toulouse ;
• micro-environnement tumoral en partenariat avec
l’université Paris VI ;
• optimisation thérapeutique in vivo en partenariat
avec l’université Paris VII ;
• fonction des gènes en partenariat avec le CNRS ;
• épidémiologie des cancers professionnels en partenariat
avec la Fédération nationale des accidentés du travail
et des handicapés (FNATH) ;
• immunothérapie allogénique du cancer en partenariat
avec l’institut Paoli-Calmette à Marseille.
A peine sorti de l’hépatite C désormais dévolue
à la nouvelle ANRS, l’Inserm « revient par la fenêtre ».
Voilà tout au moins ce que l’on pourrait penser de la
création, annoncée le 26 mai dernier, du pôle de recherche
commun, Hépatite C et cancer, entre l’Inserm et l’Association
de recherche contre le cancer (Arc). Impression que
dément immédiatement le directeur de l’Inserm, le Pr
Christian Bréchot, hépatologue : « Si le prolongement
du groupement d’intérêt public de l’ANRS a été l’occasion
du transfert des attributions de la recherche fondamentale
liées à l’hépatite C, l’Inserm continue de verser les
salaires des personnels qu’il détache à l’ANRS. Par
ailleurs, l’Inserm développe des partenariats nouveaux
dont le pôle hépatite C du réseau d’Areca (cf. encadré
ci-contre) avec l’Arc. » Pour le Pr Wolf-Henri
Fridman, directeur scientifique de l’Arc, le choix est
clair : « A chaque pôle, l’Arc identifie le partenaire
adéquat et, concernant l’hépatite C, l’Inserm s’est
imposé. »
« Rationaliser la recherche »
Une page tournée, donc, une autre ouverte. Et qu’attendre
du rapprochement entre ces deux géants de la recherche
fondamentale ? Pour Michel Lucas, président de l’Arc,
« ce projet, qui remonte à 2001, vise à structurer
les équipes qui travaillent sur le sujet pour rationaliser
la recherche, favoriser les échanges et développer les
possibilités dans une perspective de santé publique
avec, à la clef, l’ouverture de perspectives vaccinales
». Concrètement, en fédérant onze laboratoires de recherche
et services hospitaliers à travers la France autour
de l’hépatite C et de ses complications. En associant
ainsi des compétences d’hépatologues médecins et chirurgiens,
d’anatomopathologistes et de laboratoires de recherches
spécialisés dans la pathologie hépatique, le Pr Wolf-Henri
Fridman, entend « créer un réseau de pôles alliant
une spécifi cité de recherche fondamentale et cancer,
biologie structurale, fonction des gènes. Nous attendons
des retombées cliniques dans les cancers professionnels
et de nouvelles approches par l’immunothérapie ».
Techniques protéomiques
Dirigé conjointement par le Pr Pierre Bedossa au CHU
de Bicêtre (Paris) et le Dr Geneviève Inschauspé à Lyon,
le pôle se donne pour objectifs de mieux connaître la
succession des événements moléculaires conduisant aux
pathologies hépatiques. « On s’oriente, comme
l’énonce le Pr Pierre Bedossa, vers la recherche
par technique protéomique de biomarqueurs alliant cirrhose
et cancer pour fabriquer des anticorps permettant ainsi
une détection précoce de la pathologie. » Les techniques
protéomiques permettent de répertorier l’ensemble des
protéines présentes dans les cellules, tissus et sérum
et d’évaluer leurs modifications au cours de la maladie.
En effet, les protéines produites par les cellules hépatiques
sont le reflet le plus direct des modifications de la
fonction de ces cellules. Elles constituent donc un
excellent marqueur d’évolution de la maladie. L’objectif
est d’analyser les modifications moléculaires à l’échelle
des protéines à chaque stade de la maladie. Au cours
de sa première année d’existence, le réseau vise à cartographier
puis caractériser les modifications protéiques générées
par la maladie. Dans un second temps, seront sélectionnés
les meilleurs candidats au développement de tests diagnostiques
non-invasifs et d’outils thérapeutiques. « En parallèle,
rappelle le Pr Pierre Bedossa, nous développons sur
les trois prochaines années des candidats-vaccins en
vues d’avancées thérapeutiques. Ils seront successivement
produits, testés chez de petits rongeurs et évalués
d’un point de vue thérapeutique en dernière année.
»
Au-delà de l’initiative du pôle hépatite C du réseau
Areca, et de l’ambition de ses projets, les angles d’approche
suscitent l’intérêt : détection précoce et perspectives
vaccinales.
Alexandre Biosse Duplan |
Témoignage : Aline
La permanence d’écoute et counselling tenue
par Arcat (1) offre une vision réaliste du vécu
des personnes atteintes par la maladie de l’hépatite
C. Le JDs en rapportera, à l’occasion, des échos
à l’attention de ceux qui vivent la maladie, comme
de ceux qui la traitent
Nous aurions dû venir à la permanence tous les
deux, mon mari et moi. Mais il est à l’hôpital
psychiatrique. Aux deux tiers de son traitement
peg-interferon et ribavirine, il a « pété les
plombs ». C’est venu progressivement. Il s’est
refermé sur lui-même. Il n’a plus souhaité voir
ni ses collègues, ni ses amis.
Je devais partir quelques jours et cela a déclenché
sa crise. Au début il était simplement un peu
plus morose que d’habitude, tel que je le vois
depuis maintenant quelques mois. Mais, la veille
de mon départ, il a insisté toute la nuit pour
que je reste. Il me disait qu’il allait m’arriver
quelque chose, qu’on allait me faire du mal. Et
je suis restée. Pourtant, je lui dis depuis le
début de son traitement que ce sont ces médicaments
qui modifi ent son attitude. Il ne me croit pas.
Il a vu le psychiatre de l’hôpital, deux fois.
Mais cela n’a pas pris. Il l’a vu seul, alors
que je m’étais déplacée exprès pour l’accompagner.
C’est le psychiatre qui n’a pas souhaité ma présence.
Mon mari, lui, n’a rien dit. On ne l’a pas assez
prévenu des effets secondaires du traitement.
Ou il ne les a pas entendus. Cela n’arrive pas
à tous, mais lui, y a été sensible. On peut parler
de crises de paranoïa.
Maintenant que la crise est passée, je souhaite
qu’il continue son traitement. Pour guérir. Mais
pas seul.
(1) Le mercredi de 15 h à 18 h : Arcat, 94-102,
rue de Buzenval, 75020 Paris.
Métro Alexandre Dumas ou Buzenval.
Durée des entretiens : 45 minutes environ.
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