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Hépatite B chronique

Le ténofovir est-il plus puissant
que l’adéfovir sur les virus résistants ?

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On savait déjà le ténofovir, un analogue nucléotidique de la transcriptase inverse (NtRTI) indiqué dans le traitement de l’infection à VIH, actif sur le virus de l’hépatite B (VHB). Les résultats d’une étude menée par des chercheurs allemands suggèrent aujourd’hui que ce médicament pourrait être plus efficace que l’adéfovir, indiqué dans le traitement de l’hépatite B chronique, sur des VHB résistants à la lamivudine (1). Discussion.

La lamivudine (3TC, Epivir®), analogue nucléosidique de la transcriptase inverse (NRTI), est le premier antiviral ayant obtenu une indication dans le traitement de l'hépatite B chronique. Particulièrement utile chez les patients ne répondant pas au traitement par l'interféron a, la lamivudine possède cependant des inconvénients : pour obtenir une suppression virologique durable, le traitement doit être pris pendant une durée prolongée (au minimum un an); cette prise prolongée de lamivudine favorise l'apparition de souches virales résistantes au médicament, permettant un rebond virologique et entraînant secondairement une progression de la maladie (2).

 

L'adéfovir (Hepsera®) est un analogue nucléotidique de la transcriptase inverse (NtRTI) qui a démontré son efficacité sur les virus résistants à la lamivudine; ce produit a récemment obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne pour le traitement de l'hépatite B chronique (3).

 

Une étude présentée au 54e Congrès annuel de I 'American Association for the Study of Liver Disease (AASLD) (Boston, Etats-Unis, du 25 au 29 octobre 2003) suggère aujourd'hui que le ténofovir (Viread®), développé pour et indiqué dans le traitement de l'infection à VIH, pourrait être plus efficace que l'adéfovir sur les VHB résistants à la lamivudine.

Un faible effectif de patients

L'étude incluait 55 patients (43 hommes, 12 femmes, âge moyen, 42 ans) atteints d'hépatite B chronique et présentant un virus devenu résistant à la lamivudine après un traitement prolongé (1 an minimum). Afin de comparer l'efficacité et la tolérance destraitements par l'adéfovir et le ténofovir, les patients étaient répartis en deux groupes:
• ler: 20 patients traités par l'adéfovir pendant 6 mois;
• 2nd: 35 patients recevant du ténofovir pendant 12 mois.

 

A noter que 20 de ces 35 personnes étaient coïnfectées VIH-VHB, et que 5 autres avaient subi une transplantation rénale. Les chercheurs ont porté leur attention sur trois critères : la charge virale plasmatique, la concentration de transaminases hépatiques (ALAT), dont la hausse signale généralement une inflammation du foie, et le taux de créatinine, indicateur d'une éventuelle souffrance rénale. Les résultats obtenus montrent une supériorité manifeste du ténofovir sur l'adéfovir en termes d'efficacité, pour une tolérance semble-t-il similaire. Ainsi, la charge virale plasmatique des patients traités par le ténofovir a diminué plus vite que celle des patients traités par l'adéfovir (- 5,1 log à 24 semaines avec le ténofovir contre - 3 log à la même date pour l'adéfovir). Au terme de 6 mois de traitement, près de 80% des patients traités par le ténofovir présentaient une charge virale indétectable, contre seulement 37 % des patients traités par l'adéfovir ! Des chiffres qui étonnent par l'importance de la différence d'efficacité entre le ténofovir et l'adéfovir. Chez les patients traités par le ténofovir, la concentration de transaminases a baissé plus vite que chez les patients recevant de l'adéfovir. Enfin, d'après les chercheurs, les taux de créatinine sont restés stables chez l'ensemble des patients des deux groupes, ce qui plaide en faveur de l'absence de toxicité rénale. Aucun effet indésirable sévère imputable aux traitements n'a d'ailleurs été observé au cours de l'étude. En outre, aucun patient n'a développé de résistance au ténofovir ou à l'adéfovir pendant la période de suivi (de 48 à 72 semaines). 

Trop d'approximations

Cette étude comporte cependant d'importantes faiblesses: les populations des deux groupes de patients ne sont pas randomisées et ne sont donc pas nécessairement comparables ; en outre, les résultats sont présentés avec des marges d'erreurs importantes... ce qui impose la prudence dans l'interprétation des données. En raison de ces insuffisances, cette étude ne permet pas de conclure à la supériorité du ténofovir. Elle entretient le doute qui court dans les services hospitaliers sur les intérêts thérapeutiques respectifs de l'adéfovir et du ténofovir dans le traitement de l'hépatite B chronique, mais n'apporte pas, a proprement parler, de résultat probant ou de donnée véritablement nouvelle. Regrettable. Seules des études prospectives, randomisées et à plus grande échelle permettraient de trancher. Mais qui, aujourd'hui, possède les moyens et l'envie de les réaliser ?

 

Corinne Taéron

 

(1) « A comparison of adefovir and tenofovir in the treatment of lamivudine-resistant hepatitis B virus (HBV) infection », Van Bömmel F., Wünsche T, Schürmann D., Reincke P., Mauss S., Wiedenmann B., Hopf U., Berg T, Charité Campus Virchow Klinikum, Humboldt-Universität zu Berlin, Abstract 246, 54th Congrès annuel de l'American Associa- tion for the Study of Liver Diseases. Boston, 25-29 octobre 2003.

 

(2) Au terme d'un an de traitementpor la lamivudine, environ un quart des patients présente un virus de génotype résistant au médicament; Ici résistance à la lamivudine concerne près de 70 % des patients au bout de 5 années de traitement.

 

(3) Hepsera® a obtenu une AMM en mars 2003. Le résumé des caractéristiques du produit est en ligne http://www.emea.eu.int/humandocs/Humans/EPAR/hepsera/

 




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