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Vaccin anti-VHB et sclérose en plaques
Des recommandations vaccinales reconduites
La commission d’experts réunie le 9 novembre dernier à l’instigation
de Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé, a rendu public un rapport
confortant la stratégie de vaccination contre l’hépatite
B : vacciner tous les nourrissons, les enfants avant l’adolescence,
et les adultes ayant un risque élevé d’exposition au virus.
Tout en prônant la prudence, en demandant des recherches complémentaires
et un renforcement de la surveillance.
Depuis bientôt dix ans, soupçonné d’être
la cause d’affections secondaires neurologiques, dites démyélinisantes,
comme la sclérose en plaques (SEP), le vaccin contre le virus de l’hépatite B
(VHB) fait l’objet en France d’une polémique et de procédures
judiciaires. Derniers rebondissements cet automne, avec le dépôt
d’une triple plainte contre trois ministres de la Santé et la
publication d’une étude révélant un lien statistique
entre le vaccin anti-VHB et le risque de développer une SEP. Le 24 septembre
dernier, six familles de personnes atteintes de cette maladie ont porté plainte
contre Philippe Douste-Blazy, secrétaire d’Etat à la Santé en
1994, l’accusant d’avoir donné de fausses informations,
exagéré les risques de transmission et minimisé les effets
secondaires, lors du lancement de la campagne de vaccination. Jean-François
Mattei et Bernard Kouchner sont aussi mis en cause pour ne pas avoir étendu
l’arrêt de la campagne systématique de vaccination dans
les écoles à l’ensemble de la politique vaccinale contre
le virus.
Une étude polémique
Quelques jours auparavant, la publication de l’étude Miguel
Hernán dans Neurology avait déjà relancé la
polémique (1). « La première et seule étude épidémiologique à retrouver
une association statistiquement significative entre la vaccination contre
l’hépatite B et la survenue de sclérose en plaques,
après une dizaine d’autres études non concluantes » commentait
l’Agence française de sécurité sanitaire des produits
de santé (Afssaps). Le Comité technique des vaccinations (CTV)
s’était réuni le 14 septembre en session extraordinaire
pour procéder à une analyse de l’article. Une précipitation
qui semble feinte pour le Dr Marc Girard, expert à la cour d’appel
de Versailles dans plusieurs affaires civiles concernant les complications
de cette vaccination : « Les résultats de Hernán étaient
pour l’essentiel disponibles l’an dernier. » Un
pré-rapport avait en effet été présenté en
septembre 2003 à la réunion de consensus qui avait donné lieu à de
nouvelles recommandations. Les experts n’avaient pas modifié leur
avis et avaient estimé que « les résultats de cette étude [devraient] être
réexaminés lorsque l’ensemble des données sera disponible
dans le cadre d’une publication complète. »
Chose faite à ce jour. L’étude a été réalisée
selon « une méthodologie correcte » reconnaît
l’Afssaps qui formule toutefois des réserves sur des biais potentiels
et conclut que « la prise en compte de l’ensemble des données
disponibles ne permet pas de conclure à l’existence de cette association.
Cependant, un risque faible ne peut pas être exclu chez l’adulte.
Ces conclusions doivent être considérées au regard du bénéfice
attendu de la vaccination contre l’hépatite B. »
Des experts auditionnés
Philippe Douste-Blazy a préféré s’en remettre
au même jury de la conférence de consensus de 2003 en le chargeant
d’auditionner une dizaine d’experts et faire « l’état
des lieux des dernières données disponibles » et « actualiser,
le cas échéant, les recommandations sur la vaccination contre
le virus de l’hépatite B ». Sous l’égide
de l’Afssaps, de l’Agence nationale d’accréditation
et d’évaluation en santé (Anaes) et de l’Institut
national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), une
réunion publique a été organisée précipitamment.
Demandant le « report de cette réunion organisée
sans le sérieux et le contradictoire nécessaires à une
véritable réflexion neutre et objective », le
Réseau vaccin hépatite B (REVAHB), qui regroupe des patients
atteints de SEP, a préféré boycotter ces auditions.
Au centre de cette réunion : les résultats de Hernán.
Annick Alperovitch, épidémiologiste à l’Inserm,
les a remis en perspective avec une dizaine d’autres études aux
conclusions contraires déjà publiées sur le sujet. Toutes
ces études cas-témoins s’étaient limitées à une
période de douze mois au lieu de trois ans. « Si l’on
regarde sur la même période d’un an, l’étude
Hernán n’est en rien différente des autres études
qui ne montraient aucun lien », précise-t-elle.
Ce qui a conduit la commission à conclure que ces nouvelles données « ne
sont pas de nature à remettre en cause le rapport positif entre le
bénéfice et le risque de la vaccination contre le VHB chez
les nourrissons, les enfants et les pré-adolescents. Chez les adultes
appartenant à un groupe à risque, le bénéfice
de la vaccination paraît rester supérieur au risque, même
en considérant un risque supérieur à trois, tel que
mesuré dans l’étude d’Hernán. » Elle
recommande pourtant la « reprise des données antérieures
pour une même durée d’observation [trois ans] » chaque
fois que cela est possible afin de confirmer ou d’infirmer les résultats
de l’étude Hernán. Il faut reconnaître qu’en
France, les données épidémiologiques manquent cruellement
sur le nombre de cas d’hépatite B et de SEP ou d’autres
affections démyélinisantes face à « l’insuffisance
des dispositifs et des infrastructures de surveillance et de recherche dans
le domaine de la pharmaco-épidémiologie en France ». Afin
de réévaluer régulièrement la balance bénéfice/
risque, les experts proposent donc de mettre en place des programmes de recherche
expérimentale et de recherche clinique « sur les interactions
potentielles entre vaccination contre le VHB et affections démyélinisantes
centrales. »
Autres données attendues, celles concernant les enfants et les pré-ados.
Bien que préliminaires, les résultats de l’étude
Kidmus, ont été une des raisons qui ont poussé les autorités
de santé à précipiter la réunion. Kidmus porte
sur une cohorte d’enfants ayant présenté, avant l’âge
de seize ans, un premier épisode « d’affection démyélinisante
aiguë centrale » pouvant traduire un début de SEP.
Ils « ne montreraient pas de lien entre la vaccination contre
le VHB chez le nourrisson, l’enfant ou le pré-adolescent et la
survenue ultérieure d’un premier épisode d’atteinte
démyélinisante aiguë centrale ». Cela serait,
selon la commission, « cohérent » avec
les données venant d’Italie, où 95 % des nouveau-nés
et nourrissons sont vaccinés depuis 1998. Un effort reste à faire
de ce côté en France où moins de 30 % des enfants
de moins de deux ans sont vaccinés alors que c’est à cet âge-là que
la durée de protection immunitaire est optimale.
Des recommandations reconduites
La Commission conforte donc ses recommandations tout en regrettant qu’elles « n’aient
pas encore été mises en œuvre un an après qu’elles
ont été émises. » Elle rappelle la nécessité de
vacciner les adultes exposés à un risque (professionnels de
santé, personnes usant de drogue par voie intraveineuse, personnes
hétéro ou homosexuelles ayant des partenaires sexuels multiples,
en contact avec un sujet porteur de l’antigène HBs, infectées
par le VIH, le VHC, patients hémodialysés chroniques, transfusés) ;
tous les nourrissons et les nouveau-nés de mère séropositive
au VHB ; et le rattrapage de la vaccination des enfants et pré-adolescents.
Les femmes enceintes doivent aussi se faire dépister pour l’antigène
HBs.
En considérant la gravité de cette maladie et la disponibilité d’un
vaccin efficace, le bénéfice/ risque est aujourd’hui sans
conteste en faveur de la vaccination. Il convient en pratique de « tenir
compte du bénéfice collectif pour le groupe considéré et
du bénéfice individuel pour chaque sujet. » Cependant,
rien ne justifiera de vacciner des adultes qui ne font pas partie d’un
groupe à risque. Quant à la vaccination des personnes ayant des
antécédents familiaux de SEP, même si aucun risque n’est établi,
les experts reconnaissent qu’il faut y porter une attention particulière.
Le présent rapport a été remis à la direction
générale de la Santé et à son ministre de tutelle.
Ce dernier n’a pour le moment pas pris de décision. Les associations
de patients attendent de lui un plan de relance de la vaccination. Les recommandations
pour sa mise en pratique ont déjà été émises
il y a un an.
Olivier Donnars
(1) « Recombinant hepatitis B vaccine and the risk
of multiple sclerosis », M. Hernán et all., Neurology, 63,
838, 2004. Lire l’analyse dans le JDS n° 170 de novembre 2004,
p. 16-17.
Source :« Vaccination contre
le virus de l’hépatite
B et sclérose en plaques : état des lieux »,
rapport d’orientation de la commission d’audition, Paris,
9 novembre 2004.
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