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Vaccin anti hépatite B et sclérose en plaques

De la fumée sans feu

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En opposition avec tous les travaux effectués jusqu’à présent, l’étude publiée par l’équipe de Miguel A. Hernán dans la revue Neurology établit, pour la première fois, un lien entre le vaccin anti-hépatite B et le développement de scléroses en plaques. De faible niveau de preuve, cette étude ne remet cependant pas en cause la balance bénéfices/risques du vaccin.

Libération , Le Monde, L’Humanité, Le Figaro, 20 minutes... Dès la publication de l’étude de Miguel A. Hernán de l’Institut de santé publique de Boston (Etats-Unis) dans la revue Neurology, la nouvelle s’est répandue dans les médias comme une traînée de poudre : une étude démontrerait le lien entre le vaccin anti-hépatite B et le risque accru de développement d’une sclérose en plaques (SEP). A peine la polémique des années 1990 estompée, alors même que le ministère de la Santé s’apprêtait à communiquer sur la nécessité de relancer une campagne de vaccination, cette étude a réinstauré le doute .

 

L’étude du Dr Hernán est une étude cas/témoins, réalisée à partir des données d’une base anglaise anonyme, la General Practice Research Database (GPRD), où figurent les renseignements relatifs à la santé de trois millions de Britanniques suivis par un médecin généraliste. Les chercheurs ont sélectionné dans cette base toutes les personnes ayant eu un diagnostic de SEP entre janvier 1993 et décembre 2000. La date des premiers symptômes de la maladie – appelée « date index » – a été déterminée en recoupant les informations enregistrées dans la GPRD et celles transmises par les médecins traitants. Pour être inclus dans l’étude, les patients devaient par ailleurs être suivis depuis au moins trois ans dans la GPRD à la date index. Au total, 163 personnes atteintes de SEP répondaient aux critères établis.

 

Les témoins sélectionnés dans la même base (10 témoins pour 1 cas) devaient présenter des caractères comparables aux cas (âge, sexe, médecins traitants, etc.). De même, leur suivi dans la GPRD était d’au moins trois ans à la date index. L’équipe du D r Hernán a ensuite comparé l’exposition au vaccin anti-hépatite B des 163 cas de SEP à celle des 1 604 témoins durant les trois ans précédant la date index. Cette comparaison devait permettre d’explorer le lien entre la vaccination contre l’hépatite B et le risque augmenté de développer une SEP. A noter, l’étude n’incluait que des personnes âgées de plus de 18 ans.

Résultats

Sur les 163 personnes ayant développé une SEP, 11 (6,7 %) avaient reçu au moins une immunisation par le vaccin anti-hépatite B dans les trois ans précédant l’apparition des premiers symptômes de la maladie. Par comparaison, sur cette même période, seuls 25 (2,4 %) des 1 604 témoins s’étaient vus administrer au moins une injection du vaccin. Au total, les personnes ayant développé une SEP semblent donc avoir été trois fois plus souvent exposées au vaccin contre l’hépatite B que les témoins correspondant (odds ratio = 3,1, intervalle de confiance 95 % : 1,5 – 6,3).

 

Le nombre d’immunisations reçues (1 à 3), la consommation de tabac, l’âge, le sexe, l’expression clinique de la SEP, ne modifient pas ce résultat. Celui-ci est par ailleurs spécifique au vaccin anti-hépatite B, car les mêmes recherches effectuées avec les vaccins anti-grippal et anti-tétanique ne montrent aucun lien entre l’administration de ces produits et le développement d’une SEP.

 

Plus l’intervalle entre la date index et la date de l’immunisation augmente, plus le risque de développement d’une SEP semble s’accroître. En d’autres termes, dans l’hypothèse où le vaccin aurait effectivement un impact sur le risque de SEP, cet effet serait différé dans le temps, la traduction clinique n’apparaissant qu’après un délai de deux à trois ans. Au total, l’étude publiée par Miguel A. Hernán est donc le premier travail mettant en évidence un lien entre le vaccin anti-hépatite B et le risque de développer une SEP, dans un délai de deux à trois ans à compter de l’immunisation.

Un faible niveau de preuve

Afin de pondérer les résultats précédents et l’inquiétude qu’ils génèrent, il convient de souligner les limites de cette étude. En premier lieu, si la GPRD constitue une abondante source de données relatives à la santé de millions de personnes, les calculs « en bout de chaîne » portent finalement sur très peu de patients : 11 cas de SEP vaccinés (93 % des SEP de l’étude n’avaient jamais été vaccinés contre le VHB !) versus 25 témoins vaccinés. Ces chiffres faibles réduisent la valeur statistique de l’étude. En outre, l’auteur remarque lui-même que cette étude, malgré le lien qu’elle suggère, ne permet pas de dire si le vaccin accélère la survenue d’une SEP que la personne aurait développée de toute façon, ou s’il est véritablement à l’origine de la SEP. Un autre élément troublant est le caractère différé de l’effet constaté : durant la première année suivant l’immunisation, le risque de développer une SEP n’est pas augmenté selon les calculs du D r Hernán. Il faut attendre deux à trois ans pour trouver un lien significatif. Or, selon la revue Prescrire, trois ans, c’est un délai « bien plus long que le délai habituellement considéré comme compatible avec une cause déclenchante » (2).

 

Surtout, la méthodologie choisie – l’étude cas/témoins – est connue comme étant de faible niveau de preuve, car sujette à de nombreux biais (la sélection des témoins, la collecte des données, etc.). Ainsi, la fixation de la date index repose sur les documents et témoignages fournis par les médecins traitants ; or, les premiers signes de SEP (troubles légers de la vision, sensation de marcher sur du coton...) peuvent aisément passer inaperçus et ne pas avoir motivé de consultation chez le médecin généraliste. Certaines personnes – témoins ou cas – peuvent aussi ne pas avoir signalé à leur médecin qu’elles étaient vaccinées contre le VHB. Il n’est donc pas possible d’exclure l’éventualité de biais au niveau des données collectées. On le sait : seule une étude prospective de cohorte incluant des centaines de milliers de personnes pourrait démontrer avec un niveau de preuve acceptable l’existence d’un éventuel lien entre vaccin anti-hépatite B et SEP, et mettre un terme définitif à la polémique.

Les recommandations ne changent pas

Les résultats de l’étude de Miguel A. Hernán, à mettre en perspective avec toutes les études aux conclusions contraires déjà publiées sur le sujet, ne sont à eux seuls pas suffisants pour affirmer l’existence d’un lien entre vaccin anti-hépatite B et SEP. Si un tel risque existe, il ne concerne vraisemblablement que de très rares personnes et ne remet pas en cause le rapport bénéfices/risques du vaccin qui demeure très favorable à la vaccination. Miguel A. Hernán le dit lui-même ; en France, les associations membres du Collectif hépatites virales (Act up-Paris, Aides, Arcat, et Sida info service/Hépatites info service) l’ont aussi vivement rappelé. La réaction des autorités de santé françaises à l’annonce de cette étude a été pour le moins prudente, Philippe Douste-Blazy déclarant prendre cette étude « très au sérieux » et mobilisant toutes les instances à même d’émettre un avis d’experts sur la question : Comité technique des vaccinations (CTV), Commission nationale de pharmacovigilance, groupe européen de pharmacovigilance. Le jour même, le CTV maintenait à l’identique ses recommandations de vaccinations pour les nourrissons et les adolescents jusqu’à 13 ans, ainsi que pour les adultes exposés en raison de leur activité professionnelle ou de leurs pratiques sexuelles.

 

De même, le Comité sur la sécurité des vaccinations de l’Organisation mondiale de la santé s’est rapidement exprimé pour lever le doute : cette étude « n’apporte pas de preuves convaincantes d’un lien entre la vaccination et la maladie neurologique ».

 

Espérons donc que la parution de cette étude et la croyance qu’« il n’y a pas de fumée sans feu » ne sabrent pas définitivement la réputation du vaccin contre l’hépatite B. Et que le plan de relance de la vaccination, attendu avec impatience par les associations, ne soit pas enterré avant même d’avoir vu le jour. L’hépatite B touche environ 900 000 personnes en France et parmi elles, plus de 15 000 mourront de cirrhose ou d’un cancer du foie, faute d’avoir été vaccinées.

 

Corinne Taéron

 

(1) « Recombinant hepatitis B vaccine and the risk of multiple sclerosis : a prospective study », M. A. Hernán et al., Neurology, 14/09/2004 ; 63(5) : 838-42.

 

(2) « Les effets indésirables généraux des vaccins de l’hépatite B sont rares », revue Prescrire, septembre 2004, tome 24, n° 253, p 590-597.




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